La vice-présidente du conseil régional à l’économie, membre du conseil de surveillance d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, et le responsable de l’agence dans l’Ain détaillent leur approche du développement économique et de la relocalisation sur le territoire. Interview.
La Région a confié à une agence, Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, son développement économique. Pourquoi ce choix d’une association, plutôt que d’un service intégré ?
Stéphanie Pernod : Si la Région a souhaité créer Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, lorsqu’elle a récupéré la compétence de l’économie, c’est avec la volonté d’avoir une implantation dans les territoires et une gouvernance public-privé. C’est pourquoi nous avons une coprésidence à la tête de l’association, avec Laurent Wauquiez pour le conseil régional et, aujourd’hui, Florent Menegaux, PDG de Michelin. Là où il existait déjà des structures d’accompagnement des entreprises, elles ont été reprises et mutualisées, notamment les fonctions supports confiées au siège. Nous souhaitons travailler en priorité à l’accompagnement des entreprises industrielles et en proximité avec les territoires.
Peut-on aborder tous les territoires de la même façon ?
Stéphanie Pernod : Non, selon que l’on soit dans l’Ain ou dans le Cantal, l’approche ne peut pas être la même.
Thomas Colombari : L’offre est la même, en revanche. Nous intervenons en développement économique, en appui à la recherche de financements, à l’intégration de réseaux, au recrutement et à la formation ; en soutien à l’innovation, notamment par la mise en relation avec les 10 pôles de compétitivité et 12 clusters que compte la région ; en accompagnement à l’international, à travers des missions économiques régionales ou des missions sectorielles à l’étranger et le financement de VIE (volontariat international) à temps partagé. Nous avons deux cibles, les entreprises déjà implantées et celles qui veulent venir. Mais, nous n’arrivons pas avec notre catalogue. À l’écoute du dirigeant, nous allons prioriser nos missions d’accompagnement, en fonction de son projet, là où se trouve la plus-value. On ne peut pas tout faire, les chefs d’entreprise n’ont pas le temps. Nous devons cibler.
Stéphanie Pernod : Nous voulons être un guichet unique, une porte d’entrée. Nous faisons bénéficier les entreprises de l’information de l’ensemble de nos partenaires, avec pour enjeu qu’elles puissent être accompagnées. Mais, il ne s’agit pas de tomber dans l’offre de service. Entrer par l’agence donne l’avantage d’une vision globale du projet qui va permettre d’orienter le chef d’entreprise vers l’accompagnement le plus pertinent pour développer sa structure. Il arrive que l’agence apporte simplement un conseil. Celle-ci est d’ailleurs de plus en plus sollicitée sur cet aspect.
L’antenne de la Haute-Savoie vient d’être inaugurée à Cluses, le 1er décembre. Pourquoi si tard ?
Stéphanie Pernod : Nous avions une responsable de site depuis la création, en 2017, en relation avec les associations qui portaient pour nous des prestations sur le département. Et nous avions un partenariat avec le SNDec – son syndicat national – pour accompagner le décolletage. Avant de créer une antenne locale, il a fallu déterminer quelles missions relevaient d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises et lesquelles étaient plus spécifiques au Département. Un audit a été réalisé pour définir les orientations stratégiques. Et nous avons discuté avec le conseil départemental qui finance des actions répondant aux besoins propres du territoire.
C’est pour cette raison que la Région ne subventionne plus Thésame et Mont-Blanc Industries ?
Stéphanie Pernod : Mont-Blanc Industries a été dissoute. La question ne se pose plus. Pour le reste, comme indiqué, l’agence reprend un certain nombre de compétences, tandis que ce qui est spécifique au territoire relève du Département.
Mais, ces structures faisaient de l’accompagnement collectif. Qui va prendre le relais ?
Stéphanie Pernod : À chacun ses missions. L’accompagnement collectif, c’est plutôt le rôle des pôles et clusters, que nous finançons. La demande des entreprises porte quand même davantage, aujourd’hui, sur leurs projets propres.
Et quelle est l’articulation entre Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises et les intercommunalités ?
Stéphanie Pernod : L’articulation se fait davantage au niveau du conseil régional que de l’agence, avec pour principale préoccupation, actuellement, le foncier disponible.
Quel lien entre Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises et le plan de relocalisation de la Région ?
Stéphanie Pernod : La Région donne la ligne. L’agence est son bras armé sur les territoires. Nous avons établi un plan de relocalisation doté de 1,2 milliard d’euros, avec les mêmes cibles que pour Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises : l’implantation et le développement d’entreprises déjà implantées. De la même manière, notre ambition ne se limite pas à apporter un financement, mais un accompagnement. Nous recevons d’ailleurs à égalité, des demandes de subsides et des demandes de mise en relation, de solutions de formations… Le but est de consolider et créer 30 000 emplois industriels, mais aussi de favoriser les domaines jugés stratégiques (industrie du futur et production industrielle, BTP, numérique, santé, agriculture, agroalimentaire et forêt, énergie, mobilité et systèmes de transport intelligent, sport, montagne et tourisme, NDLR). Le dispositif se veut administrativement simple, pour une réponse sous 15 jours. Oui ou non, le projet rentre dans les critères ? Si oui, voici les points que nous pouvons accompagner. Un accompagnement inscrit dans la durée, par exemple sur deux ans, d’abord avec une aide à l’implantation, puis un appui à la formation.
Quels sont les atouts de la région, en termes de relocalisation ?
Thomas Colombari : C’est la première région industrielle de France, avec un réseau de sous-traitants dans différents domaines, la plasturgie, la mécanique, etc.
Stéphanie Pernod : Nos réseaux ferroviaires, aéroportuaires et routiers nous placent parmi les destinations européennes prisées. C’est une vraie chance pour nous. Nous nous situons au 4e ou 5e rang européen. Et c’est un enjeu que de maintenir cette position. Si nous gagnons des entreprises, c’est souvent grâce à une tradition industrielle et une vraie politique d’accueil. Nous ne finançons évidemment, que les entreprises qui se développent ou s’installent en Auvergne-Rhône-Alpes et privilégions les entreprises familiales et les activités qui participent à notre souveraineté.
Quelles sont vos craintes d’un possible retournement de conjoncture, face à la crise énergétique ?
Stéphanie Pernod : Des entreprises parlent de quitter non pas la France, mais l’Europe. À notre échelle, nous sommes également freinés par des questions de normes, notamment en matière de financements des entreprises par les établissements publics. Des règles que tous les pays européens ne respectent pas de la même manière.
Zoom sur…
Aura Entreprises : L’agence compte 150 personnes (5 pour l’antenne aindinoise), pour 10 000 entreprises accompagnées par an (500 depuis Bourg-en-Bresse), 22 000 emplois créés depuis 2019 et 250 implantations abouties depuis sa création en 2017 (5 à 8 par an dans l’Ain).
Le plan de relocalisation : Depuis le lancement de son plan de relocalisation en décembre 2021, la Région affirme avoir identifié et accompagné 190 projets pour 5 306 emplois, dont 25 projets pour 564 emplois dans l’Ain, 15 projets pour 917 emplois en Haute-Savoie, trois projets pour 100 emplois en Savoie.
Sébastien Jacquart








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