« J’ai intégré l’industrie par dépit »

par | 10 Fév 2020

Éric Taberlet est devenu, en 2017, président du groupe allemand Pfeiffer Vacuum… qui avait racheté l’entreprise qu’il dirigeait (Alcatel-Adixen Annecy) et alors qu’il n’est même pas germanophone ! Mais ce n’est pas la seule particularité de ce Chablaisien « pur jus », qui rêvait de recherche fondamentale et d’astrophysique mais a dû se résigner à l’industrie avant d’être comblé… par le vide ! En fait, par les technologies du vide (vacuum, en anglais), la spécialité de Pfeiffer, qui fabrique principalement des pompes à vide et des détecteurs de fuite.

Cet article est un complément à l’interview publiée dans Eco Savoie Mont Blanc du 7 février 2020. Pour avoir accès à cet interview, c’est ICI : groupe-ecomedia.com/magazine-eco-savoie-mont-blanc-7-fevrier-2020/ .

Quel a été votre parcours ?

Je suis originaire de Morzine où j’ai passé mon enfance. Mon père travaillait à la société des remontées mécaniques, où j’ai moi-même travaillé pendant mes vacances scolaires ; et ma mère était au foyer. De cette enfance je garde un attachement profond au Chablais et à la montagne. J’ai passé mon Bac à Thonon, au lycée Saint-Joseph, puis j’ai entamé mes études supérieures à Chambéry.

Dans quel domaine ?

Maths-physique, pendant deux ans. Au départ, je me destinais à la recherche fondamentale : les sciences me passionnent. Mais, au vu de mes résultats, mes profs de l’époque m’ont poussé vers les écoles d’ingénieurs. J’ai passé le concours de l’INPG (NDLR : institut polytechnique de Grenoble) et j’ai été admis. Mais comme je me destinais toujours à la recherche fondamentale j’ai aussi passé un DEA puis un doctorat, avec une thèse sur la mécanique des fluides dans les écoulements de champs magnétiques.

Pourquoi n’êtes-vous pas devenu chercheur ?

J’ai essayé ! Je visais le département astrophysique du CNRS mais au milieu des années 1980, les robinets du crédit se fermaient : en 1985, il y a eu 5 postes d’ouverts au niveau national et… je suis arrivé 6e ! J’ai effectué mon service militaire, espérant un désistement entre-temps, mais il n’y en a pas eu. Du coup, j’ai intégré l’industrie. Par dépit, à l’époque…

Au mur de son bureau,un poster rappelle la passion d’Eric Taberlet pour l’astrophysique.

Directement chez Alcatel ?

Non. J’ai fait un passage chez Aérospatiale (aujourd’hui Airbus). Ça ne m’a pas beaucoup plu et j’ai appris qu’Alcatel Annecy cherchait un ingénieur en R&D, j’ai postulé et je suis tombé amoureux de cette boîte, que je n’ai plus jamais quittée ! (NDLR : l’usine, un temps rebaptisée Adixen, a été vendue par Alcatel à Pfeiffer Vacuum en 2011).

Vous y avez gravi tous les échelons…

Oui. J’ai dirigé la R&D en développant de nouveaux produits – les « pompes sèches » dans notre jargon – pour le marché alors émergent de la production des semi-conducteurs, qui est devenu ensuite notre premier marché. J’ai ensuite pris des responsabilités en marketing puis en production avant de prendre la direction du site d’Annecy en 2009, un peu plus d’un an avant la reprise de l’activité pompes à vide d’Alcatel par Pfeiffer Vacuum.

Pfeiffer emploie environ 700 personnes sur son site annécien,
hors intérimaires et prestataires sur site (sécurité, nettoyage…).
Photo : Pfeiffer Vacuum

Une reprise qui ne s’est pas très bien passée, au départ…

C’est vrai. Les trois premières années ont été compliquées. La direction du groupe voulait nous imposer un modèle qui n’était pas le nôtre. J’ai lancé plusieurs avertissements et en 2014 j’ai vraiment tiré la sonnette d’alarme. Heureusement, là j’ai été entendu. Il y a eu une réorganisation, j’ai repris les rênes du commercial, notamment vers l’Asie, nous avons regagné des parts de marché et il y a eu une belle embellie jusqu’en 2017, ce qui nous a permis d’investir pour mieux servir nos clients car pour survivre dans un marché très concurrentiel, nous devons être dans l’excellence industrielle, avec de la flexibilité, de l’automatisation, du lean… Ce qui nécessite des investissements.

Comment êtes-vous devenu président de Pfeiffer Vacuum ?

En 2017, il y a eu un changement d’actionnaire et le groupe Busch [NDLR : un autre acteur allemand des systèmes du vide] est devenu majoritaire. Madame Ayla Busch, sa représentante, est venue visiter le site d’Annecy et a été impressionnée par l’avance prise ici en matière d’organisation, d’automatisation… Peu de temps après, à la faveur d’une réorganisation, il m’a été proposé de prendre la présidence du groupe Pfeiffer-Vacuum.

Vous évoquez l’avance du site d’Annecy : le territoire, très tourné vers l’industrie et l’excellence industrielle avec Thésame, le pôle Mont Blanc industries, le Cetim-CTDec… a-t-il joué un rôle dans l’évolution de Pfeiffer Annecy ?

Oui. Il y a ici un esprit d’entreprise, un creuset favorable au développement. Avec des structures d’accompagnement très orientées vers l’industrie du futur. Sans oublier, les structures de formation adaptées aux besoins des entreprises, je pense notamment à l’ITII, de l’Université Savoie Mont Blanc, qui a formé beaucoup de nos ingénieurs. C’est évidemment une force d’évoluer dans cet environnement.

Vous avez intensifié, ces derniers mois, la présence de Pfeiffer Annecy sur les réseaux sociaux, c’est pour recruter plus facilement ?

Oui. Nous sommes à la pointe de la technologie – notre premier client est Samsung – mais nous ne le faisons pas assez savoir. Nous avons donc développé notre marketing sur cet aspect. En privilégiant les outils utilisés par les jeunes : moins d’écrits, plus d’écrans, y compris au sein de l’entreprise d’ailleurs. Il faut vendre l’entreprise pour séduire. J’étais, mi-janvier, à l’Élysée lors de la réception du Président de la République dédiée aux ETI et la question des compétences, de la difficulté des entreprises à trouver du personnel qualifié, a été évoquée. Il faut y travailler tous ensemble : État et collectivités, organismes de formation, entreprises. Il ne faut pas sous-estimer ce problème.

Le groupe construit actuellement un nouvel atelier pour la production des détecteurs de fuite. Un investissement de 10 millions d’euros. Mise en service prévue en fin d’année.

C’est pour cela qu’en 2017 Pfeiffer Vacuum figure parmi les cofondateurs de la Fondation de l’USMB ?

Oui, notamment. Plus largement, je crois beaucoup à l’ancrage territorial. Nous sommes un acteur économique important, avec environ 1 000 collaborateurs sur Annecy qui travaillent pour nous (salariés, prestataires, intérimaires) et de nombreuses retombées indirectes pour le territoire via la sous-traitance. L’environnement apporte à l’entreprise et l’entreprise doit aussi savoir donner si l’on veut que tout cela continue.

Cet article complète l’interview publiée dans Eco Savoie Mont Blanc du 7 février 2020, dans laquelle Éric Taberlet détaille le programme d’investissement international de 150 millions d’euros monde sur 2018-2020 du groupe Pfeiffer Vacuum et ses impacts sur le site d’Annecy, en cours d’agrandissement.

Photos (sauf mention contraire) : Eric Renevier

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