Plus d’un an après le début de la crise, le numérique semble avoir pris son envol dans les entreprises de l’Ain, particulièrement demandeuses sur le sujet.
«La montée en puissance du numérique est évidente, mais ne date pas d’aujourd’hui, s’exclame Frédéric Bortot, élu à la CCI de l’Ain. Le vrai changement réside dans le fait que, désormais, tout le monde sait que c’est possible. »
« Les chiffres sont très parlants. Nous avons énormément de demandes. De 2017 à aujourd’hui, nous avons eu 1 700 entreprises en contact sur ce sujet pour des demandes courtes, collectives ou encore, approfondies, des suivis dans la durée ou, au contraire, ponctuels. Sur la seule année 2020, 680 demandes ont été comptabilisées. On a noté une très franche accélération, certainement liée au manque de choix de cette période », poursuit Thierry Tollon, responsable du service développement du commerce.
Selon Stéphane Rostaing, président du Medef de l’Ain, la crise a accéléré le processus de transition digital d’au moins cinq ans. « La vente par internet, notamment, a pris de l’ampleur, tout comme le click & collect. On voit que les gens s’habituent à ce mode de consommation. Même si nous reprenons une activité en présentiel, ces services vont demeurer. Ils obligent d’ailleurs à avoir un outil numérique adapté en amont pour “récolter” les commandes. »
Nouvelles organisations
Le numérique, c’est indéniable, est un atout pour les entreprises. Gain de temps, d’argent, de visibilité, ses avantages sont nombreux.
« Toute une partie de la transition digitale est liée à l’événementiel. Ce n’est pas encore très conscient, mais l’arrêt de ce secteur a provoqué l’apparition et la mise en place d’événements et de salons virtuels. Un phénomène très intéressant pour les entreprises, s’exclame Stéphane Rostaing. Admettons, par exemple, que des salons à Paris ou en Allemagne m’intéressent, je vais y aller pour pouvoir rencontrer des gens. Mais si j’ai le même genre d’événement au Chili, pour deux ou trois jours, je ne ferai pas le déplacement. Désormais, il est possible de se mettre en relation avec le salon virtuel qui complète le physique. Je pourrai rencontrer de nouveaux clients ou fournisseurs par ce biais, tout en économisant beaucoup de temps et d’argent. » Même de simples rendez-vous vont désormais dans ce sens. Combien de rencontres se feront à l’avenir par webcam interposée, pour éviter le temps de trajet ?
« À présent, faire 100 kilomètres pour un rendez-vous semble un peu aberrant. La visio, nouveau mode d’échange, accélère et améliore la communication », ajoute-t-il.
Pour Frédéric Bortot, le web sert aussi de vitrine numérique. « Il permet de montrer ce que l’on sait faire et ce que nos clients sont susceptibles de trouver chez nous. Ces marketplaces servent à nous faire connaître, pour ensuite attirer le client en boutique. »
Un outil avant tout
Aujourd’hui, pour les entreprises, le numérique n’est pas seulement essentiel, il est obligatoire. « Si l’on veut être dans le marché et rester connecté avec ses clients, cela devient nécessaire. Bien sûr, on trouve toujours quelques exceptions, mais globalement, une partie conséquente de la population est dans cette mouvance. Les entreprises qui n’ont pas fait les efforts pour cette transition, risquent d’en ressentir les conséquences à la fin de la crise. A contrario, le fait d’avoir maintenu le contact avec ses clients sera certainement payant », commente Stéphane Rostaing.
“À présent, faire 100 km pour un rendez-vous semble un peu aberrant.”
Stéphane Rostaing
« Le numérique est avant tout un outil. On entend souvent des messages clamant qu’il faut faire du numérique. C’est un peu comme si on disait qu’il fallait faire du tournevis. Pour des vis c’est bien. Pour des clous, ça fonctionne moins bien. Avant de “faire” du numérique, il faut bien penser à l’objectif de l’entreprise et comment cet outil peut s’y insérer. Mais aussi quels moyens mettre en œuvre », développe Thierry Tollon.
Poursuivre les efforts
À la CCI, la crainte est de voir tous ces efforts retomber comme un soufflé une fois la crise passée.
En effet, lors du premier confinement, de nombreuses entreprises se sont lancées dans une stratégie numérique. Abandonnées pendant l’été, les tentatives de digitalisation – et son perfectionnement – ont repris pendant le deuxième puis le troisième confinement. « Quid si en septembre nous avions à nouveau une recrudescence de la covid et une fermeture des commerces ? Que se passera-t-il, une fois les aides de lancement passées ? Est-ce que l’on aura profité de cette expérience pour définitivement asseoir le numérique dans la stratégie d’entreprise ? Jusque-là nous avons travaillé dans l’urgence. Mais il faudra une modification du comportement des utilisateurs dans la durée. C’est un travail de longue haleine », achève Frédéric Bortot.
1 700
Depuis 2017, près de 1 700 entreprises sont rentrées en contact avec la CCI de l’Ain pour des demandes concernant la transition numérique.
680
L’an passé regroupe à lui seul 680 demandes, soit 40 % des demandes des quatre dernières années.
Aides à la transition numérique
Les aides à la transition numérique se regroupent en trois catégories. La première d’entre elles passe par l’accompagnement des entreprises. « Le soutien public est très important sur les structures d’accompagnement. Francenum.gouv.fr a sorti par exemple une liste des opérateurs numériques », explique Thierry Tollon. CCI et Medef proposent bien sûr des ateliers et des webinaires sur le sujet.
À cela s’ajoutent les subsides financiers divisés en deux parties. Les aides destinées aux collectivités, utilisées par ces dernières pour aider les commerçants à mettre en place des outils mutualisés de numérisation, comme des marketplaces. Enfin, l’entreprise peut compter sur des aides directes, comme le chèque numérique de Francenum d’environ 500 €, mais aussi sur des subsides similaires de la Région.
Joséphine Jossermoz








0 commentaires