L’événement de mise en lumière de la Plastics Vallée s’est penché sur les problématiques environnementales et leurs impacts sur les filières locales.
Selon une étude de l’institut de l’économie circulaire, ce domaine emploie déjà près de 600 000 personnes en France. Une évolution de société qui impacte nécessairement les métiers au présent mais aussi au futur. Le sujet a été abordé à l’occasion du nouvel événement économique de la Plastics Vallée, Ec’Haut-Bugey, les 8 et 9 novembre (lire ci-dessous). Si tous les secteurs d’activité sont touchés par la transition écologique, la table ronde du 8 novembre a évoqué plus particulièrement les filières bois et plasturgie. Justement, selon Caroline Saillard, responsable des politiques emploi et compétences chez Polyvia, les nombreuses études qui traitent du futur des métiers ne montrent pas de créations, mais plutôt une évolution.
Évolution des métiers
Des propos approuvés par Yvan Riva, PDG d’Ag Plast : « Si l’on reste centré sur les entreprises du territoire, je ne pense pas qu’il se créera des métiers dédiés à l’économie circulaire dans le futur. Mais cela ne signifie pas que cette thématique n’engendrera pas de nombreux emplois associés. Les métiers vont surtout évoluer et s’enrichir. Dans le marketing, par exemple, au lieu de vendre un produit comme aujourd’hui, on vendra surtout une utilité, un usage. Et des forces d’accompagnement devront être mises en place pour suivre ce mouvement. »
Un outil d’attractivité gâché ?
De plus, cette forme d’économie devient un atout supplémentaire pour l’attractivité des entreprises. « La nouvelle génération est très sensible à ce sujet. Aujourd’hui, quand on s’adresse aux jeunes, il faut savoir leur parler d’avenir et de transition écologique. Mais notre communication pèche en omettant ce qui est déjà un sujet de préoccupation », déplore Caroline Saillard. « Il faut expliquer aux jeunes qu’on ne fait pas seulement des sacs en plastique jetables, mais que la plasturgie intervient dans de nombreux domaines. »
Ces difficultés de communication ne se limitent pas au futur salarié ou au jeune en formation. Les entreprises doivent également convaincre les familles qui peuvent avoir une certaine perception de la filière ou encore, les prescripteurs de l’orientation et de l’emploi. Il faut prouver que des parcours sont possibles dans les filières locales, que les jeunes peuvent s’y réaliser et y évoluer. « Nous devons montrer qu’il y a plein de possibilités. L’image traditionnelle du bûcheron avec la chemise rouge à carreaux est bonne, mais plus suffisante. Heureusement, de nouveaux métiers émergent dans le bois, notamment à travers les enjeux de traçabilité et ses outils très techniques, les exploitations forestières et leurs grosses machines… Aujourd’hui, on peut tout faire dans le bois. Il faut le faire savoir aux jeunes, les intéresser aux métiers », assure Nathalie Mionetto, chargée de territoire Nord-Est de l’institut technologique FCBA. Si les acteurs des filières sont conscients de l’attractivité que l’économie circulaire peut représenter, tous s’accordent à dire qu’ils ne communiquent pas assez.
600 000
L’économie circulaire emploie déjà 600 000 personnes à travers la France.
900
Ec’Haut-Bugey a rassemblé 900 personnes les 8 et 9 novembre.
Ec’Haut-Bugey, un nouvel événement à suivre
Ils étaient 900 à défiler dans les allées de Valexpo les 8 et 9 novembre, pour ce nouvel événement économique organisé par Haut-Bugey agglomération et baptisé tout simplement : Ec’Haut-Bugey. Les visiteurs ont pu assister à plusieurs tables rondes sur l’économie circulaire, thème phare de l’édition, choisi dans la perspective de la création prochaine de la Cité des plastiques, attendue pour 2024. Plusieurs conférences et mini-conférences sur des sujets variés ont été organisées, sans oublier les visites d’entreprises et de sites de formation de la vallée, en partenariat avec AEPV (Acteurs économiques de la Plastics Vallée). L’occasion également de prendre part à un job dating, d’échanger au village de l’économie circulaire, mais aussi de découvrir le salon Reep, destiné à faciliter les rencontres entre les étudiants et les sociétés du Haut-Bugey. L’événement pourrait devenir biennal.
La R&D au service de l’économie circulaire
Loin d’être basé uniquement sur le recyclage, ce modèle économique aspire à fusionner avec l’innovation.
Au-delà de leurs impacts sur les métiers, l’économie circulaire et l’économie collaborative induisent une approche différente de la production et beaucoup d’innovations. Un sujet mis en avant lors d’une autre des tables rondes d’Ec’Haut-Bugey. « Au travers de projets que nous avons déjà réalisés et qui fonctionnent au quotidien, on mesure tout ce qu’il est possible de faire en matière d’économie circulaire. Par exemple, nous avons mis en place un système d’intelligence artificielle pour une PME qui fabriquait des caméras de précision. Cet outil analyse en continue des images de haute précision des radars satellites pour détecter les bateaux qui dégazent leurs cuves en mer. Le dirigeant de l’entreprise a eu une prise de conscience : pour lui, son métier de demain n’était plus de fabriquer des cellules de détection mais plutôt d’aider des clients à repérer ces pratiques en mer », explique Fayçal Rezgui, CEO de Cynapps, pour qui le piège est de devenir expert dans son domaine et de ne plus innover. « On pense savoir, mais on a des œillères. Or, l’innovation c’est la rencontre de différents domaines d’activité. Il faut alors oser sortir de son expertise et de sa zone de confort. Il y a tout à découvrir de l’autre côté. »
Des machines permettent d’aller plus loin techniquement pour l’environnement, mais aussi pour l’humain. « Quand on dit que tous les métiers ne sont pas télétravaillables, c’est un état d’esprit que l’on peut peut-être changer. Aujourd’hui, sur le bassin d’Oyonnax, certaines entreprises cessent de fonctionner en trois huit car elles ne parviennent plus à trouver du personnel dans ces conditions. Dés lors, ne serait-il pas envisageable de sortir de ce mode de production grâce à des machines de plus en plus perfectionnées qui permettent un pilotage à distance ? D’arrêter d’être proche de la machine pour faire de la supervision ? L’humain n’est plus asservi à son outil… Ou en tout cas, il ne devrait plus l’être », songe Jean Chaillet, directeur opérationnel chez Polyvia formation continue. Et celui-ci d’insister sur le fait que la machine doit être au service de l’humain.
Attention toutefois à ne pas adopter un raisonnement trop technologique, avertit Fayçal Rezgui. « Cela pourrait conduire à créer des métiers éhpémères, qui n’existeront plus demain ou qui se retrouveront face à des contraintes très fortes. »
Joséphine Jossermoz








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