Un centre de données pourrait s’implanter à Blyes, sur le Parc industriel de la Plaine de l’Ain. Un projet qui divise habitants, élus et administrations au vu de ces enjeux multiples.
C’est un chantier qui ne ressemble à aucun autre. Sur cinq hectares du Parc industriel de la Plaine de l’Ain, à Blyes, la société H&DC Participations veut ériger un bâtiment de 40 000 m² sur trois niveaux, dédié au stockage de données et à l’intelligence artificielle. La mise en service est prévue pour 2029. Une demande d’autorisation environnementale a été déposée auprès des services de l’État par la société Pipa-DC1, déclenchant une consultation publique électronique depuis le 6 juillet. En quelques semaines, une cinquantaine de contributions ont déjà été déposées.
Un appétit énergétique hors norme
Les chiffres du projet donnent le vertige. L’infrastructure développera une puissance de 130 MW — raccordée à RTE pour 195 MW — et fonctionnera 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Sa consommation électrique équivaudra à celle d’une ville de 100 000 habitants. Pour éviter toute coupure, 74 groupes électrogènes seront installés en secours, nécessitant le stockage de plus de 2 300 tonnes de fioul et près de 1 000 tonnes d’huiles végétales, juste en dessous du seuil de classement Seveso. En toiture, 108 groupes frigorifiques assureront le refroidissement des serveurs.
La question qui cristallise toutes les tensions est celle de la nappe phréatique. Le porteur de projet revendique une technologie sobre en eau : seulement 2 140 m³ par an prélevés sur le réseau, via un circuit de refroidissement fermé. Mais dans le même dossier, Pipa-DC1 sollicite l’autorisation de pomper jusqu’à 250 000 m³ annuels dans la nappe phréatique de la plaine, selon les besoins du futur exploitant qui n’est pas encore désigné.
La Direction départementale des territoires de l’Ain l’a souligné dans son avis : ce pompage potentiel conditionne la viabilité économique du projet. Or la nappe de la plaine de l’Ain jouxte le site Natura 2000 de la basse vallée aindinoise et de la confluence Ain-Rhône. Les risques d’assèchement et d’incidences sur ce périmètre protégé sont réels.
La colère des habitants
Du côté des habitants de Blyes, la colère est palpable. Ils pointent les 4,4 millions de tonnes de CO2 projetées sur cinquante ans de fonctionnement, les nuisances sonores des groupes électrogènes ou encore, les risques sanitaires liés aux émissions dans l’air. La plantation de 183 arbres envisagée en guise de compensation carbone est jugée dérisoires face à l’ampleur des émissions. Le mot « aberration » revient en boucle dans les contributions en ligne.
En face, Jean-Louis Guyader, président du Syndicat mixte du Pipa, assume une position tranchée. Pour lui, refuser ce type de projet, c’est laisser les données françaises partir aux États-Unis. « La souveraineté numérique de nos industriels, ça compte », martèle-t-il. Le comité syndical a accepté en 2025 la cession de 52 000 m² pour 3,6 millions d’euros hors taxes. Le président tient néanmoins à distinguer ce projet d’un data center géant : 130 MW contre 400 MW pour les infrastructures comparables en construction ailleurs en France.
Sur la question de l’eau, il est catégorique : tout pompage massif dans la nappe aurait entraîné un refus de sa part. « Notre accord repose sur la sobriété hydrique et le respect des règles issues de la consultation publique. » À la clé : 350 emplois directs et indirects, et des rentrées fiscales pour le territoire.
La réunion publique se tient le 29 septembre à la salle du Prieuré de Blyes. La consultation en ligne se clôt le 6 octobre. Ce sera ensuite à la préfecture de l’Ain de statuer sur l’autorisation environnementale.
Thibault Jeanpierre







Laisser partir un tel projet aux USA ne me paraît pas raisonnable, c’est une grande opportunité pour la France et pour notre territoire.
Je rejoins la position de JL Guyader à ce sujet
il y a longtemps que nos données sont partis à l’étranger!!! soyez réaliste! quel monde vous allez laisser à vos enfants/ et ou petits enfant??? réfléchissez un peu!!! pénurie d’eau, bruits, dommages nuisibles. cela vaut il le coup?
Les données voyagent de data center en data center il n’y a pas de données typiquement françaises.
Ce projet est une catastrophe environnementale, avec tres peu d’emplois, et quelques miettes de retombées financières rapidement transformées en optimisation fiscales
On continue à « marcher sur la tête ». Bientôt l’eau sera de plus en plus rare. et ces projets de data Centers en consomment énormément. sans compter les pollutions diverses , y compris sonores. Voir l’article ci-joint: https://reporterre.net/Un-bruit-constant-en-Virginie-les-riverains-des-data-centers-paient-le-prix-fort-de-l-IA
Il est très bizarre de demander l’autorisation de pomper 250 000 M3 quand on prévoit 2 140 de consommation. Compte t’il revendre l’eau ? Au Vu du changement climatique cela va devenir une denrée rare et cher. Écologiquement est il judicieux de construire t’elle structure dans l’Ain .
A quel prix vont ils payer l’eau ? L’eau potable est un bien commun qui se rarefie de plus en plus. Il en faudra pour développer le territoire !