Matières premières : les entreprises face à la pénurie

par | 18 novembre 2021 à 8H00

Lors du petit-déjeuner des grandes initiatives organisé par la CPME, la relocalisation a été évoquée comme une solution.

«Le problème évoqué ici, ça fait trente ans qu’on le connaît », a déclaré Thierry Burdeyron, président M2B informatique, mardi 9 novembre, lors du soixante-cinquième Petit-déjeuner des grandes initiatives de la CPME. Le problème en question ? La pénurie de composants et la hausse des prix. « L’évolution des coûts va très vite. Quand je chiffre un PC le lundi, il vaut 500 euros, le jeudi 600, déplore le chef d’entreprise. Les Chinois font les prix, ils s’en moquent, ils sont tout seuls. Si on ne se remettait pas en question tous les six mois, ma boîte ne serait plus là. » Face à ce constat, Florian Arot, vice-président de la section industrie de la CPME, encourage les industriels de l’Ain à travailler leurs prix pour ne pas perdre leurs marges dans les mois à venir. D’autant que les entreprises chinoises ont pour consigne de prioriser leur pays, selon Nathalie Perousset, dirigeante de la société BEP’C Conseil, spécialisée dans le sourcing.

Solution : relocaliser ?

Face aux pénuries, la relocalisation apparaît comme une solution plébiscitée par les élus comme par le grand public, et même les entreprises. « Je suis confrontée depuis huit mois environ à de fortes demandes de relocalisation en Europe, essentiellement de la part d’entreprises de négoce qui font fabriquer leur produit en Asie », a précisé Nathalie Perousset. La cheffe d’entreprise constate toutefois deux problèmes majeurs à ce retour en Europe : la perte du savoir-faire d’abord, mais aussi une méconnaissance du tissu industriel européen. « Très chahuté depuis 2008, celui-ci a connu de nombreuses modifications. En s’approchant des pays de l’Est, on peut avoir des surprises. Le coût de la main-d’œuvre a doublé, tout comme le coût de l’énergie. Et surtout, le marché est au plus offrant. Il y a très peu de fidélité de la part des fournisseurs. » Si le coût d’une relocalisation peut inquiéter, elle se veut rassurante : « Sur les vingt dernières années, l’industrie s’est énormément mécanisée et le prix de la main-d’œuvre s’est amenuisé. On peut trouver de très belles opportunités en localisant. Devant la hausse des prix, il faut peut-être faire des choix stratégiques en ne relocalisant pas tous les produits tout de suite. »


L’artificialisation des sols, une contrainte supplémentaire

La lutte contre l’artificialisation des sols pourrait également compliquer la vie des chefs d’entreprise souhaitant relocaliser. « Sur la plaine de l’Ain, quand la communauté de communes développe une nouvelle zone économique, elle la commercialise en six mois. Il est impossible de trouver tout de suite 1 000 m2 avec un bâtiment dans la plaine. Je ne sais pas comment nos politiques peuvent annoncer un grand mouvement de relocalisation en France, sans vouloir construire sur de nouvelles zones », s’inquiète Florian Arot. Un avis que ne partage pas Pierre Convert, président de la FBTP : « Je suis moins inquiet pour les usines que pour le logement neuf. Nous avons tous vu la crise des gilets jaunes. On construit des maisons à 50 km et derrière, on fait une population de malheureux car il faut payer deux voitures et les pleins d’essence qui vont avec. Ce n’est plus tenable. Il faut rapprocher les gens des centres-villes. Pour l’industrie je pense que le modèle est un peu différent, on a beaucoup de friches industrielles à rénover et de zones d’activités à remplir. »


Joséphine Jossermoz

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