Les premières assises départementales du logement dressent un tableau alarmant du manque d’habitat social dans l’Ain.
« La production de logement social a commencé à diminuer en 2017. Si l’on a observé une augmentation de 8 % à l’échelon national l’an passé, ce n’est pas le cas dans l’Ain, qui a atteint son niveau le plus bas depuis 2006. Entre 2018 et 2021, une baisse de 63 % a été enregistrée. C’est colossal », s’est exclamée Cécile Bigot-Dekeyzer, préfète de l’Ain, lors des premières assises départementales du logement (lire encadré ci-dessous), le mercredi 19 octobre à Saint-Vulbas. Quand l’on sait que 66 % des Aindinois ont droit à un logement social et que le département ne compte que 47 000 habitats de cette catégorie sur 318 000 au total, soit un peu moins de 15 %, l’événement était attendu.
Cet état des lieux du territoire a été également l’occasion d’évoquer les leviers de la réussite pour une relance de la production lors d’une table ronde. Une nécessité puisque la loi “Solidarité et renouvellement urbain” de 2000 impose aux communes de plus de 3 500 habitants et faisant partie d’une agglomération de plus de 50 000 habitants, de disposer d’au moins 20 à 25 % de logements sociaux par rapport à l’ensemble des résidences principales. Dans l’Ain, sur les 20 communes concernées, seules 11 respectent ce taux minimum.
Réutiliser les friches
À Villeneuve, non concernée par cette loi, le taux de logements sociaux est justement très faible, avec seulement huit habitats de ce type sur un total 639 résidences. Aussi, David Pommier, le maire, fait-il aménager une friche agricole. « Sur ces 18 000 m², nous aurons une partie activité, 23 nouveaux logements et enfin une zone aménagement. L’un des bâtiments présents sur le site à l’origine sera préservé pour que les services communaux puissent s’y implanter », précise-t-il. « Avec les évolutions réglementaires, on ne peut plus consommer de foncier nu. Notre objectif, certainement partagé par tous, opérateurs, bailleurs ou communes, est de remettre sur le marché ce type de foncier de sorte que se développe ensuite de belles opérations », a ajouté Bernard Perret, directeur de la Semcoda.
Du côté de Polliat, c’est une friche industrielle qui a été rachetée par la municipalité pour lutter contre le taux fatidique, s’élevant à seulement 8,3 % d’habitats sociaux. « Sur ce terrain notre ambition était double. Nous voulions construire une maison de santé pour accueillir de nouveaux professionnels de santé. Et bien sûr, il fallait bâtir des logements sociaux. Ain habitat a construit 12 logements dans la première tranche, dont deux en location. Un permis a déjà été délivré pour une deuxième tranche de dix logements », a évoqué Bernard Bienvenu, maire de la commune.
Rénover et redynamiser
À Trévoux, il ne s’agit pas seulement d’une opération mais d’une rénovation globale de la ville. « Tout est parti de l’écoquartier des Orfèvres. Nous avions sur ce secteur des logements assez éloignés, séparés de la ville par des terrains libres ou d’anciennes fermes. La commune a commencé à réaliser des acquisitions foncières en 2009. Nous nous sommes mis autour de la table avec les bailleurs sociaux pour évoquer les différents problèmes de la ville, comme cet immeuble que nous devions racheter, puis en reloger ses habitants. Dans les quartiers est, nous avions un ancien foyer de demandeurs d’asile aux coûts de démolition astronomiques, sans aucune possibilité de reconstruire dans le plan local d’urbanisme, mais aussi près de 100 appartements et 70 pavillons rendus impossibles à louer par leurs fortes déperditions énergétiques et leur vétusté. Dynacité possède la moitié des logements sociaux de la commune, donc c’est un partenaire important. D’autres bailleurs ont des parcs un peu plus petits, mais nous avons travaillé tous ensemble pour trouver des solutions à ces problèmes, comme un prix du rachat du foncier négocié en échange d’une modification du PLU. Dynacité s’est engagé à une rénovation phonique et thermique de 170 logements », a expliqué Marc Péchoux, maire de Trévoux. Un travail de titan qui a permis de redynamiser la ville et de relouer nombre d’habitations.
Ce type d’actions pourrait se généraliser dans les années à venir pour lutter contre les passoires énergétiques. Car le besoin en logements sociaux ne passe pas seulement par de nouvelles habitations, mais également par la rénovation du parc existant. Or, 22 % de celui-ci a été construit avant 1970. Toutefois, seulement 25 % du parc est énergivore quand les logements des propriétaires le sont à 45 %. Le chiffre monte même à 51 % pour les locations privées. Les bailleurs sociaux investissent néanmoins massivement dans la rénovation pour permettre à leurs locataires, ne possédant que de faibles revenus, de réduire leurs dépenses énergétiques. Un programme qui n’effraie pas Marc Gomez, sous sa casquette de président d’Aura HLM : « Les bâtiments qui consomment le plus sont déjà inscrits dans nos plans de stratégie patrimoniale. Il n’y aura plus de logements énergivores dans l’Ain en 2034, nous sommes prêts. »
695
En 2021, 695 agréments ont été délivrés pour la construction de logements sociaux dans l’Ain, contre 1 412 en 2018.
15 116
C’est le nombre de demandes de logements sociaux effectuées en 2021. Plus de 40 % d’entre elles provenaient de familles monoparentales.
À propos des premières assises du logement
Pour maintenir un niveau de logements sociaux en adéquation avec une démographie dynamique et les quelque 6 000 nouvelles arrivées sur le territoire chaque année, le conseil départemental a mis en place un plan de relance de la construction qui s’appuie sur les connaissances et la maîtrise des intercommunalités et des communes pour élaborer un diagnostic des besoins et des contraintes. Sept conférences du logement ont ainsi eu lieu de mai à juin 2022, en amont des toutes premières assises départementales du logement le 19 octobre. Si elles visaient à présenter des réalisations exemplaires, issues de différentes communes du département, ces assises étaient également l’occasion d’organiser des échanges entre bailleurs sociaux et élus, au travers de trois ateliers portant sur l’opportunité des logements sociaux pour redynamiser les centres-villes, mais aussi pour permettre une densification douce, sans oublier le défi de l’approche environnementale.
Joséphine Jossermoz








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