Les pépins des vins du Bugey

par | 16 mars 2022 à 8H30

En produisant le tiers seulement de sa récolte traditionnelle en 2021, l’AOC vit des heures difficiles, que des contraintes administratives toujours croissantes et des difficultés de recrutement accentuent…

Crise sanitaire, baisse drastique de la production, aléas climatiques, augmentation de la contrainte administrative, difficultés de recrutement, inflation… Le célèbre « Les emmerdes volent en escadrille ! » de Jacques Chirac sied au syndicat des vins du Bugey, qui traverse une période tourmentée. À lui seul, le chiffre de -62 % de la récolte en 2021, soit 9 269 hectolitres seulement contre 24 000 hl habituellement, fait frémir. L’explication se trouve dans l’épisode de gel d’avril dernier qui a ruiné la vigne. Le Bugey Blanc (méthode traditionnelle), avec -76 %, ou le Cerdon (méthode ancestrale), avec -67 %, figurent parmi les plus impactés… « Du jamais vu ! » déplore plusieurs fois le président Jean-Luc Guillon, lors de l’assemblée générale de l’AOC, débutée, le 14 mars, par une minute de silence aux viticulteurs disparus. On a connu assemblée plus joyeuse. Autre signe préoccupant, le vignoble a perdu une vingtaine d’hectares (441 ha au lieu de 460 l’année d’avant), le plus souvent en raison de l’absence de récolte. Bref, l’avenir est à repenser pour Jean-Luc Guillon qui, dans un souci de cohésion, se veut prévenant vis-à-vis de ses adhérents : « Le foncier reste relativement accessible. Des reprises d’exploitations vont arriver. Les nouveaux s’installent sur de petites surfaces, hors appellation. Discutez avec eux pour qu’ils y viennent ! »

Même quand tout pourrait aller pour le mieux, les viticulteurs sont confrontés au problème récurrent du manque de personnel. « Tout comme les artisans, nous avons énormément de mal à recruter ! On parle de huit millions de chômeurs, mais on voit venir dans nos exploitations des gens de Bulgarie, du Chili, du Pérou… On marche sur la tête ! » s’offusque Roland Bonnard, vice-président du syndicat. « Sans en avoir toujours les moyens, pour garder notre personnel, nous sommes contraints d’augmenter les salaires », renchérit Jean-Luc Guillon.

Comme toute profession, celle de viticulteur se complexifie, se dématérialise de plus en plus, ajoutant une couche au millefeuille administratif. « Déjà que nos contraintes ne cessaient d’augmenter, nous voilà à présent obligés d’utiliser des plateformes internet que nous ne maîtrisons pas ! Et que dire de cette TVA toujours pas harmonisée en Europe, alors que la libre circulation existe depuis bientôt 30 ans ? » lance, agacé, Eric Angelot, vice-président de l’AOC.

Enfin, autre sujet de mécontentement, l’assurance récolte, qui permettrait de pallier les aléas climatiques en garantissant un revenu minimum aux viticulteurs, n’est toujours pas de rigueur. Un pépin de plus pour le raisin bugiste, qui, espérons-le, ne découragera pas les huit nouveaux arrivants dans l’AOC, mais qui fait beaucoup réfléchir Eric Angelot, quant aux raisons qui l’ont poussé à embrasser un jour la profession : « Vivre avec la nature et produire du vin » … Loin de la « start-up nation », donc.


Bientôt SDF ?

Comme si cela ne suffisait pas, le syndicat des vins du Bugey va peut-être devoir déménager dès l’an prochain du 6 boulevard du 133e RI à Belley, où sont ses bureaux, sis dans une plateforme agri rurale qui abrite aussi la MSA, l’association des trufficulteurs ou une antenne du Centre de formation professionnelle et de promotion agricoles. La Région Auvergne-Rhône-Alpes qui a la gestion du bâtiment souhaite s’en soustraire. « Nous arrivons en fin de bail, sans connaître l’avenir de ce site ! Le problème, c’est que nous y avons un stock d’affaires important et que nous nous voyons mal déménager », explique Roland Bonnard, vice-président du syndicat.

Bien sûr, on imagine mal la Région laisser le syndicat sans toit, mais cette incertitude ajoute un caillou de plus dans une chaussure déjà bien remplie.


143

Le syndicat des vins du Bugey compte 143 opérateurs identifiés et habilités à produire des raisins ou du vin en AOC.

– 6 %

La surface du vignoble Bugey est passée de 469 ha en 2020 à 441 ha en 2021 (473 ha en 2019). Soit une baisse de 6 %.


Une idée qui ne manque pas de fraîcheur

En déficit d’image, l’AOC tente une initiative originale qui consiste à descendre des cuvées dans une grotte, pour mieux fêter leur remontée.

AG Vins du Bugey

« Depuis deux ans, nous accumulons les crises, sanitaire ou économique, la baisse des ventes, puis le gel et à présent le conflit en Ukraine et l’inflation qui l’accompagne. Bref, nos exploitations, si elles font preuve de résilience, sont mises à mal économiquement et parfois même physiquement. Mais les vins du Bugey souffrent aussi d’un manque de notoriété et d’image… » déplore Jean-Luc Guillon, président de l’AOC Bugey. Pour tenter d’y remédier, le syndicat fait preuve d’originalité en lançant, en 2022, “Cav’âge en Bugey”. Dès le 30 mars, huit personnalités parraineront huit cuvées sélectionnées pour vieillir dans les grottes du Cerdon à partir du 29 juin. Habillées aux couleurs des vins du Bugey, ces mêmes cuvées seront remontées des profondeurs en novembre 2022 ou 2023, pour y être dégustées et comparées par un comité de professionnels. S’ensuivra une soirée de gala avec projection de vidéos et un dîner cocktail qui se conclura par une vente aux enchères des vins au bénéfice de la fondation GoodPlanet. Créée en 2005 par le photographe et réalisateur Yann Arthus-Bertrand, la structure a pour mission de « placer l’écologie au cœur des consciences et de susciter l’envie d’agir concrètement pour la terre et ses habitants ».

À noter que la commission Promotion des vins du Bugey s’active à travers divers événements collectifs. C’est ainsi que l’AOC a pu être valorisée lors du Tour de l’Ain, de la Fête de l’agriculture, du Marathon Bresse Dombes, de la réception des anciens présidents d’Appellation d’origine des vins de qualité supérieure, des Glorieuses de Bresse et des premières Assises des départements de France qui se sont déroulées à Bourg-en-Bresse. De bons points pour la commission qui déplore toutefois de ne pas toujours être informée des initiatives promotionnelles des vignerons et ne pas pouvoir les relayer.


Eliséo Mucciante

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

Dans un contexte de forte contraction de l’activité, la profession du BTP observe une baisse d’environ 20 % du nombre d’appels d’offres dans l’Ain sur les huit premiers mois de 2026 par rapport à 2025.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

Plus de 20 M€ pour la mobilité dans le Genevois

Une convention entre le Département de la Haute-Savoie et le Pôle métropolitain du Genevois français entérine l'affectation de 20,2 M€ à deux projets liés aux transports en commun sur Annemasse. Martial Saddier, Président du Département de la Haute-Savoie, et Gabriel...

Une nouvelle page à écrire ensemble

Le voici. Ce premier numéro mensuel d’Eco Savoie Mont Blanc marque une nouvelle étape dans l’histoire de notre journal. Un moment important, préparé avec enthousiasme et porté par une conviction : dans un monde où l’information circule toujours plus vite, prendre le...

L’Etat affiche son soutien à l’industrie

La préfecture de Région vient de piloter un “Comité de l’administration régionale” consacré à l’industrie. Trois priorités sont affichées. Première région industrielle de France, avec plus de 500 000 emplois industriels, Auvergne-Rhône-Alpes dispose d’un tissu...

Guillaume Lachenal redevient le premier actionnaire de Miliboo

Dans un communiqué officiel, la marque annonce le rachat des parts du Groupe M6 et d’une partie des actions d'Auriga Partners par le dirigeant fondateur. Explications. Miliboo, la marque digitale d’ameublement, ouvre une nouvelle étape de son développement avec le...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé