Les piscinistes noyés sous la demande

par | 1 avril 2021 à 8H00

La crise ? Quelle crise ? Les installateurs de piscines enregistrent une hausse record des demandes de clients qui, vaccinés des confinements, franchissent le pas grâce à des prix plus abordables.

« Notre carnet de commandes s’est rempli brutalement, ça m’a un peu surprise quand même ! » Marie-Pierre, assistante commerciale chez Collot Piscines, qui distribue à Belley, la marque phare Desjoyaux, n’est pas un cas à part. On pourrait faire le tour de chaque pisciniste de la région comme partout ailleurs, on entendrait la même chose. Le secteur nage à contre-courant d’une crise sanitaire qui risque de mettre sur la paille bon nombre d’entreprises et d’envoyer pointer aux Assedic des millions de salariés.

Les confinements, surtout le premier de mars 2020, ont obligé les Français à se claquemurer deux mois durant, et en toute fin, par des températures estivales. Privés de sortie et ensuite de vacances, ils ont eu le temps de rêver à cette pis­cine qui transformerait leur maison en petit Éden. Surtout qu’on est loin des folies qui n’autorisaient que les plus nantis à s’offrir ce luxe. Une étude Décryptis menée pour la FFP (Fédération des professionnels de la piscine et du spa) a montré que les piscines ne s’adressaient plus unique­ment aux populations ayant les plus hauts revenus. Désormais, 42 % des possesseurs de piscines enterrées ou hors sol fixes ont des revenus mensuels situés entre 1 500 € et 3 000 €, 38 % entre 3 000 € et 4 500 €, tandis que 20 % (seu­lement) gagnent plus de 4 500 € men­suels. Cette démocratisation a permis à la France d’atteindre les 3 millions de piscines familiales à la fin de l’année 2020, soit plus de 175 000 bassins dont 58 000 piscines enterrées en un an.

Sur six mois, à fin juin 2020, les ventes de piscines enregistraient une hausse de 8,5 %, malgré le coup d’arrêt en mars et en avril. L’année 2020 avait bien débuté avec un nombre de piscines vendues en hausse de 12 % en janvier et de 23 % en février par rapport au même mois de 2019. Le recul de mars (-27 %) et d’avril (-11 %), avait très vite laissé place à une reprise de 20 % en mai et de 43 % en juin 2020 par rapport à 2019. Notre pays est le deuxième le plus équipé au monde après les États-Unis. En outre, les confinements n’ont fait qu’accroître une demande déjà bien établie depuis plusieurs années déjà. « Il y a incontestablement un effet Covid et le fait que les gens ne peuvent plus partir aussi facilement en vacances, mais cela vient s’ajouter aux canicules répétées des dernières années qui ont poussé à vouloir une piscine chez soi », argumente Marie-Pierre.

« Un phénomène qui s’ajoute aux canicules »

Chargé de projet chez Bessard (Mondial Piscines) à Villars-les-Dombes, Xavier ne fait pas d’autre constat : « On tra­vaillait déjà bien, avant la pandémie, mais depuis, les demandes de clients n’ont fait qu’augmenter. On doit être à +15 % en ce moment et on a des chan­tiers jusqu’en 2022. »

68 % des entreprises veulent embaucher

Canicules répétées, démocratisation, effet Covid, cocooning, rarement un secteur aura connu si bel alignement de planètes. À tel point qu’il inquiète les professionnels qui redoutent un revers de médaille. D’abord, parce que l’essor se traduit par un besoin de main-d’œuvre croissant et que, comme par­tout ailleurs, ils peinent à recruter. « On a un an de commandes d’avance, mais on se limite volontairement à une tren­taine de piscines par an », déclare Marie-Pierre. Ensuite parce que cette crise finira bien par atteindre, une fois les aides de l’état passées, toutes les bourses. « On pense que le phénomène va encore durer quelques années mais qu’il précède aussi une récession économique qu’on essaye d’anticiper le plus possible en étalant nos chantiers », déclare Xavier.

D’après une enquête menée par la FFP, plus de neuf entreprises sur dix comptent renforcer leurs équipes d’ici la fin de l’année. 68 % veulent embaucher de nouveaux collaborateurs permanents, 34 % faire appel à des saisonniers et 22 % ont l’intention de former des jeunes en apprentissage. La Fédération va jusqu’à proposer sur propiscines.fr une bourse de l’emploi, afin de faciliter la mise en relation entre employeurs et candidats, qu’ils soient à la recherche d’un emploi ou d’un apprentissage. Les intéressés n’ont plus qu’à sauter…


42 %

C’est le pourcentage des possesseurs de piscines enterrées ou hors sol fixes qui ont des revenus mensuels situés entre 1 500 € et 3 000 €.

Technicien piscine : un profil recherché

Pisciniste ©Goodpics - stock.adobe.com

Actuellement, le profil de candidat le plus demandé des piscinistes est celui de technicien piscine, l’employé chargé de la construction, l’installation, l’entretien ou la rénovation des piscines, voire, des bains à remous, dans le cadre d’un usage familial ou collectif (privé ou public).

Pour devenir technicien, de nombreuses compétences sont nécessaires dans les domaines de l’étude de projet (modèle numérique), du génie civil, de l’hydraulique, de l’énergie ou encore de la chimie de l’eau. La majorité des emplois se situent dans des petites et moyennes entreprises et dans le secteur d’activité “construction, installation de piscines”. Les piscinistes aindinois recrutent eux aussi.

3 millions

C’était en France, à la fin 2020, le nombre de piscines familiales. L’Hexagone est le deuxième pays le plus équipé au monde après les États-Unis.


Ils ne connaissent pas la crise non plus

Associés aux confinements, bricolage et aménagement de maison font le bonheur des ventes de matériels d’outillage.

Bricolage © Aleksej - Stock.adobe.com

« Mon Dieu, quel bonheur, d’avoir un mari brico­leur ! » chantait le regretté Georges Brassens en 1955. Soixante-cinq ans après, sa chanson n’a pas pris une ride et le bricolage connaît un boom inattendu. Il le doit à ces nom­breux Français qui ont profité du confinement de mars 2020 pour se lancer à repeindre leur appartement ou refaire leur cuisine. D’ailleurs, l’une des surprises de l’été, c’est que le phé­nomène n’a pas stagné, au contraire ! Selon la Banque de France, les maga­sins de bricolage ont vu leur chiffre d’affaires grimper de 30 % au mois de juin par rapport à 2019. Et en juillet, leurs ventes ont également augmenté de 19 % par rapport à la même période en 2019, d’après la Fédération des Magasins de Bricolage. La demande pour s’équiper en outillage et maté­riaux a pris de court les professionnels du secteur. « Nous n’avons jamais vendu autant de peinture. Nous souffrons même de difficultés de réapprovisionne­ment ! » déclarait un responsable de la SAMSE, lors de la dernière assemblée générale au siège grenoblois.

Succès de la vente en ligne

Le bricolage passionne d’autant plus que, pour certains, faire soi-même, c’est aussi un moyen d’économiser et de profiter autrement. « On dépense moins d’argent en sorties… Du coup, on peut augmenter notre budget bricolage », témoigne cette cliente à la sortie d’une grande enseigne. D’autres, craignant un nouveau confinement, et ainsi la ferme­ture des magasins de bricolage, font le plein de matériaux afin de pouvoir s’occuper, le cas échéant.

Comme pour d’autres secteurs en vogue, le bricolage fait aussi le succès de la vente en ligne. Taille-haie, perceuse et autres visseuses/dévisseuses sont livrées directement dans les boîtes à lettres. Un succès que n’attendaient pas aussi fort Christian Raisson et Philippe de Chanville, deux anciens élèves de l’Edhec, qui ont créé en 2012 ManoMano. Leur marque est devenue la première place de marché du bricolage et du jardinage en ligne avec un chiffre d’af­faires de multiplié par deux en 2020, à 1,2 milliard d’euros. L’entreprise envisage de procéder à 350 recrutements pour atteindre un effectif d’un millier de personnes à la fin de l’année. Comme quoi, bricoler en affaires peut aussi avoir du bon.


Par Éliseo Mucciante

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