Marie-Pierre Montoro-Sadoux : « Le sens de ma démarche, c’est servir »

par | 18 mai 2023 à 9H23


Marie-Pierre Montoro-Sadoux, 53 ans, est membre de l’UDI, première adjointe au maire d’Aix-les-Bains et vice-présidente de la région Aura, vice-présidente de l’agglomération Grand Lac et présidente du syndicat mixte Chambéry Grand Lac économie (CGLE). Un engagement politique exercé sans ostentation.


Comment êtes-vous entrée dans la vie publique ?

J’ai été élue maire en 1995 à Saint-Oyen 1, en Tarentaise, ma commune d’origine. J’avais 24 ans. Mon élection avait fait l’actualité parce que j’étais la plus jeune maire de France. Cela avait permis de mettre un coup de projecteur sur cette petite commune de 200 habitants. J’ai exercé deux mandats successifs de maire, soit treize ans, le deuxième mandat ayant été prolongé d’une année pour des raisons de calendrier présidentiel.

Cette vocation pour la politique, d’où vous vient-elle ?

J’ai toujours été intéressée par la chose publique. J’ai passé une maîtrise dans l’administration économique et sociale option collectivités territoriales de montagne. C’était la première promotion à l’université de Savoie. Mais j’ai aussi suivi les traces de mon papa : il était conseiller municipal depuis de nombreuses années, dans l’opposition. Nous échangions beaucoup sur les affaires communales. Il est décédé deux ans avant les élections. Ma grand-mère aussi avait siégé dans le même conseil municipal. En leur mémoire, j’ai voulu prendre le relais.

De la Tarentaise à la mairie d’Aix-les-Bains, vous franchissez ce cap en 2014…

Après mes deux mandats de maire, j’ai fait une pause familiale. Je ne me suis pas présentée en 2008. J’ai privilégié mes deux garçons, aujourd’hui âgés de 16 et 19 ans. Nous avons rejoint Aix-les-Bains en 2005 pour les besoins professionnels de mon mari. C’est une ville que je connaissais depuis mon enfance de par mon arrière-grand-mère qui s’y était installée. Renaud Beretti 2, un ami de mon beau-frère, m’a alors sollicitée pour le mandat de 2014.

Vous menez vos mandats avec beaucoup de discrétion. Cette réserve est-elle naturelle ou étudiée ?

Je ne sais pas si c’est de la discrétion mais cela vient beaucoup de mon éducation. Je me dis qu’il faut faire, agir et s’illustrer dans l’efficacité. Cela peut paraître un peu paradoxal mais être au devant de la scène, ce n’est pas quelque chose que je recherche, même si le rôle d’élue, forcément, fait appel à l’image et à la représentation. Le sens premier de ma démarche, c’est servir. C’est le modèle que m’ont inculqué mes parents.

Vous êtes première adjointe à Aix-les-Bains et spécialiste des finances publiques, avez‑vous un avis sur le rapport plutôt accablant de la chambre régionale des comptes (CRC) sur la gestion municipale ?

Ce rapport indique plusieurs choses. Concernant les marchés publics et la commande publique, la réglementation est très normée et complexe : on peut toujours trouver des choses à redire même si nos services font leur maximum. Nous avons traversé aussi une période compliquée, avec des collaborateurs qui sont partis. Les magistrats de la CRC l’ont pointé. Mais aujourd’hui, nous avons le nécessaire pour tout mettre en œuvre correctement : des agents ont été recrutés et formés et, sur ce volet-là, il n’y a plus aucune difficulté.
Il ne faut pas oublier non plus la crise inédite que nous avons vécue avec la pandémie de covid. Nos recettes ont fortement diminué, notamment à cause de la fermeture du casino : un manque à gagner de plusieurs millions d’euros. Le maire a tenu à proposer une politique offensive, plébiscitée par l’ensemble du conseil municipal, saluée et votée de manière unanime, y compris par les minorités. Son programme consistait à accompagner au mieux les acteurs du territoire. Ses décisions sont courageuses, mais, oui, en effet, cela impacte les finances de la ville.

Passons à votre présidence au sein du syndicat “inter-agglomération” Chambéry Grand Lac Économie (CGLE). Comment se porte le tissu économique ?

L’économie du territoire se porte bien. Nous avons toujours, en termes de créations d’entreprises, des chiffres très intéressants. Quelques entreprises, qui avaient manifesté le souhait de se développer, nous demandent toutefois des délais pour leur projet immobilier. En cause : la crise des énergies et l’augmentation des prix des matières premières. Nous avons volontiers accepté de retarder ces transactions, tout en sachant que, pour la collectivité, cela représente un surcoût lié aux taux d’intérêts variables qui alourdissent notre comptabilité. Mais cela fait partie du rôle de la collectivité.

Les entreprises subissent de plein fouet la raréfaction foncière. Comment la CGLE s’empare-t-elle de cet enjeu ?

Nous sommes en effet sur un territoire géographique très contraint et la loi nous impose de densifier au maximum. C’est une bonne chose, mais cela nécessite de travailler autrement. Les entreprises doivent réfléchir à la transformation de leur processus de fabrication pour réduire leur surface utile de travail. La densification, c’est la voie du futur. La requalification des zones aussi. C’est pour cela qu’à la CGLE, en décembre 2022, nous avons pris la décision de généraliser le bail à construction, pour que la collectivité conserve la maîtrise du foncier tout en permettant aux entreprises de s’installer, se développer et investir.

Comment votre bail à construction est-il accueilli par les dirigeants d’entreprise ?

Cela nécessite un temps de réflexion chez nos entrepreneurs. Mais, en fait, l’idée passe bien. Nous créons des villages d’entreprises où coexistent plusieurs PME sur le même tènement, avec un stationnement commun, des ateliers privatifs et des bureaux à l’étage. L’idée n’a pas séduit tout de suite, mais ces villages d’entreprises connaissent un vrai succès aujourd’hui. Cela permet de créer une sorte d’écosystème vertueux. La liste d’attente est très longue pour nos futurs villages.

Parlons de votre mandat à la Région : vous avez rejoint l’exécutif de Laurent Wauquiez aux élections de 2014…

J’ai fait partie de l’équipe régionale de Laurent Wauquiez dès le départ. Lorsque nous avons constitué l’équipe pour la Savoie, nous avons réuni des personnes représentant chaque territoire. J’avais été retenue pour le territoire de Grand Lac, aux côtés de Patrick Mignola et Émilie Bonnivard 3.

En tant que vice-présidente à la Région, vous êtes en charge de la famille, la jeunesse et les seniors. Quels sont les défis à relever ?

Il y en a beaucoup. Cette délégation est particulière : nous sommes sur de l’humain. C’était une volonté du président Wauquiez que mes délégations soient transversales avec celles de mes colistiers : lycées, transports, formation… Avec le Pass’Région, par exemple, mis en place au mandat précédent, les jeunes peuvent accéder à des services et des avantages d’une valeur de 600 euros. Parallèlement, nous avons créé le dispositif “Mission droits et devoirs” en 2018. Nous aimons faire comprendre aux jeunes qu’ils ont aussi des devoirs envers la société : s’ils donnent de leur temps – 35 ou 80 heures dans une association caritative –, la Région finance une partie du permis de conduire – 200 à 500 euros. En Savoie, le nombre de missions “droits et devoirs” s’élève à 217 depuis sa création, et 303 pour la Haute-Savoie. Ce dispositif sera élargi aux Ehpad à la rentrée 2024, à titre expérimental.

Que vous inspire le banquet luxueux organisé par Laurent Wauquiez en juin 2022 et qui fait l’objet d’une enquête judiciaire 4 ?

En effet, une action est en cours, c’est la raison pour laquelle je vais m’abstenir de commenter. Je pense simplement que les élus doivent faire attention à l’image qu’ils renvoient. Pour ma part, je suis confiante sur l’issue de l’enquête. Nos concitoyens vivent des moments difficiles. Je comprends que cela puisse renvoyer un sentiment de décalage, mais cela va à l’encontre de tout ce que le président met en place pour accompagner le pouvoir d’achat des familles.

Et donc… Laurent Wauquiez, futur président de la République, qu’en pensez-vous ?

(Rire) Vous avez lu un article de presse dernièrement ? C’est en effet dans ce sens que Laurent Wauquiez s’est exprimé dans un magazine, et c’est à lui que la décision appartient. Quoi qu’il en soit, il en a les compétences. Je le constate au quotidien : la région détient un potentiel économique équivalent à un État comme l’Irlande. Ce qu’il met en place, cela fonctionne, les résultats sont là.


1  Grand Aigueblanche depuis la fusion de Saint-Oyen, Aigueblanche et Le Bois en 2019.
2  Renaud Beretti était premier adjoint sous Dominique Dord, auquel il succède en 2018.
3  Patrick Mignola, ancien député MoDem, et Émilie Bonnivard, députée LR de la Savoie.
4  Le groupe écologiste a déposé un signalement auprès du procureur et de la chambre régionale des comptes.

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