Les communautés d’agglomération de Grand Lac et Grand Chambéry ont lancé une étude de préfiguration pour la création d’un syndicat qui permettrait de mieux coordonner leurs deux réseaux de transport.
D’ici une dizaine de mois, Grand Chambéry et Grand Lac devraient disposer des conclusions de l’étude relative à la création d’un syndicat mixte de transport. Créée par la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain) de 2000, cette structure permet aux autorités organisatrices de transport de se regrouper pour donner davantage de cohérence à l’offre de transport d’un bassin de vie. « Nous avons des retours d’usagers qui ne comprennent pas la discontinuité de service entre les deux agglomérations, qui ont chacune leur propre prestataire.
Notre objectif est de simplifier au maximum l’usage des transports en commun », explique Philippe Gamen, le président de Grand Chambéry. Si la démarche se concrétise, ce syndicat chapeautant les deux communautés d’agglomération assumera des compétences obligatoires (continuité des lignes, systèmes d’information identiques, billettique et tarification uniques) auxquelles pourraient s’ajouter des compétences supplémentaires, comme l’organisation des transports scolaires, la logistique urbaine ou la réalisation d’infrastructures de type pôles d’échanges multimodaux ou parkings de covoiturage.
Son périmètre pourrait également s’élargir à d’autres collectivités comme Cœur de Savoie, le conseil départemental ou la région, intéressée par le projet de TER métropolitain entre Aix-les-Bains et Montmélian via Chambéry.
2 € : c’est le coût, par trajet, du transport à la demande proposé les mardis et vendredis matin sur le territoire des 14 communes du Cœur des Bauges.
Ondéa accélère
L’aboutissement de ces projets pourrait changer la donne dans un secteur déjà en pleine mutation. Pour accompagner la montée en puissance de son réseau Ondéa (groupe RATP Dev), Grand Lac a voté une hausse de 0,2 % du versement “mobilité”, soit 0,8 % de la masse salariale des entreprises. Il a aussi revu à la hausse son budget annuel (+1,8 million d’euros) qui atteint désormais les 5,4 M€.
« À l’origine centré sur le transport des étudiants et collégiens, notre réseau propose, depuis le 4 juillet 2022, une alternative à la voiture à tous les habitants de Grand Lac », indique Florian Maitre, vice-président aux mobilités. Il est désormais structuré autour de trois lignes très cadencées (un bus toutes les 15-20 minutes) allant jusqu’aux grands parcs d’activités comme Savoie Technolac et Savoie Hexapôle (qui n’était pas desservi jusqu’à présent).
Un service à la demande reliant les 300 arrêts de bus scolaires vers des points d’intérêt identifiés (zones d’activités, cabinets médicaux, commerces…) a été lancé en complément. La fréquentation a quasiment quadruplé par rapport à l’année dernière. Ondéa est par ailleurs passé à la tarification sociale, afin d’offrir des prix plus accessibles pour les personnes dont les revenus sont bas. « En 2023, l’accent sera mis sur la sensibilisation des entreprises du territoire afin qu’elles incitent leurs salariés à venir au travail autrement qu’en voiture », continue Florian Maitre.
Fin de DSP à Grand Chambéry
Sur l’agglomération chambérienne, les mouvements sociaux survenus ces dernières semaines chez Keolis, chargé de l’exploitation du réseau de bus jusqu’en 2024, ont conduit la communauté d’agglomération à s’interroger sur son mode de gestion. « Le comparatif avec d’autres réseaux de taille similaire montre que notre offre est globalement satisfaisante. Mais si nous décidons, au printemps 2023, de repartir pour une délégation de service public, nous redéfinirons bien sûr notre cahier des charges afin d’intégrer des améliorations », précise Philippe Gamen.
Grand Chambéry, dont le budget “déplacements” (25 M€ par an) s’équilibre entre versement “mobilité”, recettes commerciales (5,5 M€) et dotation État-Région (1,6 M€), mène par ailleurs des réflexions techniques et financières sur le renouvellement progressif de sa flotte (environ 80 bus mis à la disposition de Keolis). D’ici 2024-2025, quinze véhicules « plus verts » devraient être achetés pour réduire la pollution générée par les transports en commun.
Annemasse Agglo voit vert
Filiale de RATP Dev et des TPG, TP2A, qui était déjà chargée de la mobilité d’Annemasse Agglo, a remporté, en juillet, le nouvel appel d’offres lancé par la communauté d’agglomération. « L’essor des mobilités douces (bus, tram, Léman express, voie verte) ne se traduit pas pour autant par une baisse du trafic automobile. Nous lançons des enquêtes pour comprendre les nouvelles habitudes des frontaliers et habitants du territoire », explique Alain Letessier, vice-président chargé de la mobilité.
Le réseau de bus annemassien s’améliore régulièrement avec, en particulier, la mise en place de services les dimanches et jours fériés. Pour 2023, son budget de fonctionnement s’élèvera à 9 M€ financés par la collectivité, un niveau de recettes plutôt élevé (30 %) et le versement “mobilité” payé par les entreprises (50 %). S’ajoute un investissement de 3 M€ pour l’achat de six bus électriques standards. L’objectif est d’avoir 50 % de bus verts à l’horizon 2030.
Grand Annecy passe la vitesse supérieure
Alors qu’elle lance les études pour son offre en site propre, la communauté d’agglomération s’attache à améliorer l’existant. En janvier 2022, les élus de l’agglomération annécienne ont donné le feu vert pour la réalisation des deux premières branches sur les cinq qui constitueront son réseau de transport en commun en site propre intégral (TCSPI). Un budget de l’ordre de 285 M€ est prévu sur le mandat pour ces 17,6 km de lignes entre Duingt et le centre-ville d’Annecy d’une part, le centre-ville et les Glaisins d’autre part.
En octobre, le bureau d’études Egis a été choisi pour déterminer le tracé exact de ces deux lignes, les espaces nécessaires, les terrains à acheter… « Je souhaite que l’on commence sur les secteurs les plus simples, afin de ne pas perdre de temps », précise Frédérique Lardet, la présidente du Grand Annecy.
En attendant, la tarification et l’offre (week-end, soirées, communes peu desservies) vont être retravaillés pour que les lignes existantes soient plus efficientes. L’enjeu est aussi d’améliorer la vitesse, déterminante pour inciter les gens à délaisser leur voiture. « Nous allons tous nous mettre autour de la table avec les chauffeurs de la Sibra, notre société publique locale, pour voir comment résoudre les difficultés constatées, notamment sur le centre-ville d’Annecy, en raison d’aménagements réalisés sans concertation », poursuit Frédérique Lardet.
En parallèle, Grand Annecy veut optimiser les infrastructures financées avec le Département, comme le doublement de la RD 3508, entre Gillon et l’hôpital. Il s’agirait, par exemple, de réserver ces voies “intelligentes” aux bus et au covoiturage aux heures de pointe, afin de fluidifier les déplacements pendulaires.
Les communautés de communes Fier & Usses et Pays de Cruseilles ont, par ailleurs, pris la compétence AOM (autorités organisatrices de la mobilité) et vont intégrer la Sibra via une évolution de la répartition des sièges et une évolution du capital. « C’est une grande avancée car nous allons pouvoir effacer les frontières et collaborer avec toutes les intercommunalités du bassin », se réjouit Frédérique Lardet.
Démarrage difficile pour Star’t
Alors que les ambitions du nouveau réseau Star’t étaient fortes, la pénurie de chauffeurs complique la mise en œuvre de la délégation de service public. Doubler le nombre de kilomètres parcourus chaque année (deux millions au lieu d’un) afin d’offrir de nouveaux services aux habitants. Les fortes ambitions de Thonon Agglomération, qui a récupéré en 2018 la compétence “transport”, se heurtent aux difficultés de recrutement rencontrées par son nouveau délégataire, le groupement RATP-Borini, lauréat du marché face à deux autres candidats (Transdev, SAT-Moventis).
« Alors qu’il pensait reprendre une partie des chauffeurs travaillant pour le précédent exploitant, il a dû repartir de zéro. Il a réussi à en embaucher trente-quatre, mais il en manque encore une dizaine pour assurer les services. La solution qui consiste à faire venir du personnel d’autres régions et à le former n’est pas simple compte tenu du coût de la vie et du logement ici », explique Cyril Demolis, vice-président chargé des mobilités et infrastructures de transport. La suppression de certains services, notamment pour les scolaires, a débouché sur des pénalités (71 500 euros au premier semestre) imposées au réseau Star’t, mais la communauté d’agglomération espère une amélioration rapide.
« Nous avons prévu d’investir 7,5 M€ par an, soit un doublement de notre budget, pour créer un vrai réseau, là où nous avions auparavant neuf contrats différents. Notre objectif est que chaque commune soit couverte avec au minimum une desserte quotidienne », ajoute Cyril Demolis. Thonon Agglomération a par ailleurs prévu d’investir 700 000 euros par an pour mettre aux normes, créer ou déplacer ses arrêts de bus. Le territoire en compte 750 qui ont été jugés non conformes, soit 85 à 90 % du parc total. Durant ce mandat, la collectivité a pour ambition de travailler sur les 156 répondant aux trois critères de priorité retenus : visibilité, fréquentation, proximité de services et/ou d’activités.
Sophie Boutrelle
Crédit photo : Didier Gourbin, Grand Chambéry








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