Odile Dubreuil est la présidente du conseil régional Auvergne Rhône-Alpes de l’Ordre des experts-comptables. À quelques semaines du congrès régional, elle met, elle aussi, l’humain au cœur de ses préoccupations.
L’Ordre tiendra son congrès régional les 29 et 30 novembre. Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?
Notre congrès régional se tiendra, pour la première fois, à Bourg-en-Bresse. Les congrès régionaux remontent à 10 ans, à peine, et cela nous tient à cœur de tourner dans les 12 départements. Pendant la crise sanitaire, nous étions vraiment en webinaire tout le temps. Nous avons essayé d’informer au maximum nos confrères, mais il a fallu le faire en ligne et décaler un maximum de présentiels. Nous avons pu en retrouver l’an dernier, en adaptant la date du congrès régional, qui s’est déroulé en Savoie, en septembre.
Cette année, le thème retenu portera sur “l’humain au cœur de nos préoccupations”. On espère entre 600 et 700 personnes (experts-comptables et collaborateurs) et nous attendons que chacun reparte avec des outils pragmatiques à mettre en place dans son cabinet, pour faciliter le management, faciliter les relations, la communication, éviter les non-dits et trouver des solutions pour conseiller les clients, parce que c’est toujours notre finalité.
Comment se porte la profession… et son Ordre, en Auvergne-Rhône-Alpes ?
L’Ordre des experts-comptables a été créé par une ordonnance de 1945. C’est une institution nationale qui est placée sous la tutelle du ministère de l’Economie et des Finances. L’Ordre a pour rôle d’assurer la représentation, la promotion et le développement de la profession.
Le conseil régional rassemble 2 600 experts-comptables, dont 101 dans l’Ain, 151 en Savoie, 267 en Haute-Savoie, 328 en Isère et 985 dans le Rhône ; et 17 000 collaborateurs, pour 3 000 cabinets. La moyenne d’âge est de 49,7 ans. Il y a 30 % de femmes. Nous comptons une centaine de nouveaux professionnels chaque année. En termes de recrutements, nous n’avons pas à nous plaindre, notre profession se porte bien. Les cabinets se transmettent tout-à-fait correctement car leur transmission est préparée à l’avance et intègre les nouveaux experts-comptables.
Quelles conséquences sur les entreprises, les experts-comptables observent-ils, de la crise sanitaire et de l’inflation ?
L’année 2021 et le début de 2022 n’ont pas été catastrophiques. Loin de là. Il ne faut pas oublier que pendant plus de 2 ans, les entreprises, même si elles souffraient, étaient sous “respirateur artificiel” grâce à toutes les aides du gouvernement. Grâce à ces subventions et à l’échelonnement des dettes, elles ont pu tenir correctement. De ce fait, nous avons plutôt arrêté des bilans corrects. J’ai échangé récemment avec les présidents des tribunaux de commerce de Grenoble et de Chambéry : nous partagions le même constat. D’ailleurs, ils sont en activité très partielle dans le sens où le nombre de procédures collectives aujourd’hui reste bien inférieur à 2019, avant le covid. D’un point de vue santé économique, les départements de Savoie, Haute-Savoie et Isère se portent un peu mieux que les autres. Et d’après les dernières statistiques, bien qu’en-dessous des Savoie et de l’Isère, la situation reste correcte aussi pour le département de l’Ain.
Vous avez évoqué l’importance des aides, mais les prêts garantis par l’Etat (PGE) arrivent à échéance. Est-ce que votre profession observe déjà un impact sur les entreprises ?
Sur le terrain, j’observe différentes situations. D’une part, les entreprises déjà vulnérables avant même le 15 mars 2020 ont été maintenues à flots, artificiellement et de manière un peu fictive. Elles auraient dû, structurellement, aller “dans le mur”, mais ont finalement été soutenues par les mesures d’aides exceptionnelles. Si ces entreprises-là, ne sont pas gérées autrement ou ne bénéficient pas de conditions de marché plus favorables qu’avant, on peut s’attendre à des dépôts de bilan. D’autres présentaient une situation saine au 15 mars 2020, mais se sont pris la crise de plein fouet avec des fermetures administratives plus ou moins longues. Pour celles-là, tout dépend du changement qu’elles opèrent aujourd’hui. En tant qu’experts-comptables, nous sommes là pour les épauler et les conseiller. Nous essayons de voir au cas par cas, de faire du sur mesure avec ces entreprises, qui sont souvent des TPE.
Au-delà des comptes, l’expert-comptable a de plus en plus un rôle de conseil ?
Exactement. Nous sommes là si les entreprises ont besoin d’aide pour redéfinir leur modèle économique, de manière à l’adapter aux nouveaux besoins du marché, aux nouvelles manières de consommer, aux nouvelles mentalités liées à la façon de travailler ou encore au nouveau type de management. Sans parler de la prise en compte de l’inflation, de la carence et de la hausse des matières premières. Tout cela est revu dans un business plan global que nous pouvons les aider à établir.
Les entreprises se retrouvent avec des remboursements importants à effectuer alors que nous sommes dans une période inflationniste, ce qui change la donne. La dernière phase d’inflation aussi forte que nous ayons connue remonte à 1985. Il faut aussi s’adapter à ce nouveau contexte, par exemple en continuant à échelonner les dettes. Les Urssaf y sont plutôt favorables : il vaut mieux échelonner une dette et la payer, plutôt que de faire défaut. Bref, nous dans une période complexe, mais il y a des solutions. Et les chefs d’entreprise ne doivent pas rester seuls. Pour y faire face, il faut parfois savoir accepter de se faire aider et les experts-comptables sont aussi là pour ça.
Et en matière de recrutement et de main-d’œuvre, quelles sont vos préconisations ?
Comme je l’ai souligné, les mentalités ont changé. Si l’entreprise n’adapte pas son management à ses équipes, elle n’arrivera pas à fidéliser ses salariés. Elle rencontrera également des problèmes de recrutement. J’ai le cas d’un coiffeur qui me disait avoir réadapté ses horaires parce qu’avec le télétravail, les gens ne fonctionnent plus de la même manière : il est ouvert jusqu’à 21 heures et travaille avec plusieurs équipes. Ainsi, les salariés ne se retrouvent pas à faire trop d’heures. Bien que l’on soit parfois “sur le fil”, il y a toujours des solutions. Mais je le répète, il faut accepter de se faire conseiller, de se faire coacher, ne pas avoir peur de se remettre en question et de changer ses pratiques pour avancer et, du même coup, aller mieux économiquement.
La facture électronique va devenir obligatoire entre les entreprises : c’est un changement important ?
Oui, c’est un grand “chantier”. Il va falloir être prêts pour 2024. À l’échelon national, une gigantesque opération a commencé. Nous allons dans tous les départements expliquer aux confrères les besoins et le fonctionnement de cette facture électronique. Nous mettons en place des séances d’information et de formation à destination des cabinets. Elle nous oblige à revoir notre process. C’est une obligation fiscale et nous, experts-comptables, nous sommes déjà très numérisés, très digitalisés. Nous travaillons beaucoup sur l’intégration de données. Le papier n’existera plus. Le côté positif, c’est que cela va nous permettre d’aller plus loin dans le conseil et d’avoir du temps disponible. Nous devons nous former continuellement et nous seront opérationnels lorsqu’il le faudra.
Bio express
- Naissance : Née à Saint-Etienne (Loire)
- Famille : Mariée, deux enfants.
- Études : A fait une école supérieure de commerce et passé un diplôme d’expertise-comptable (DEC)
- 2020 : Élue présidente du Conseil régional des experts-comptables Rhône-Alpes.
- 1er janvier 2021 : Élue présidente du nouveau Conseil régional des experts-comptables Auvergne Rhône-Alpes, après la loi Pacte et la fusion des régions.
Carole Muet








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