La région en force au K de Düsseldorf

La région en force au K de Düsseldorf

Considéré comme le premier rendez-vous mondial de la filière plastique, le K est un incontournable pour les entreprises du secteur, particulièrement pour celles qui fournissent machines, périphériques ou matières premières. Aux nombreux exposants régionaux, s’est ajoutée pour la première fois à l’occasion de cette 21e édition, qui se déroulait du 16 au 23 octobre, une délégation d’Allizé Plasturgie Auvergne-Rhône-Alpes, composée d’une vingtaine d’entreprises adhérentes qui ont pu ainsi rencontrer leurs fournisseurs, se tenir au courant des dernières innovations ou encore, des débats qui secouent la filière. L’Éco était du voyage.

Avec plus de 200 000 visiteurs et quelque 3 400 exposants venus de 61 pays, dont une grosse moitié sont des constructeurs de machines et d’équipements et pas loin d’un quart des fournisseurs de matériaux et additifs, le salon K de Düsseldorf est considéré comme le premier rendez-vous mondial de la plasturgie. Un rendez-vous triennal, incontournable pour la majorité des acteurs. Aussi, pour faciliter la participation des entreprises régionales, Allizé Plasturgie Auvergne-Rhône-Alpes a rassemblé une vingtaine de ses adhérents qui sont venus grossir, les 16 et 17 octobre, les rangs des visiteurs (lire dans l’encadré ci-dessous, les raisons qui ont motivé l’organisation de cette délégation). L’occasion pour eux de se tenir informé des dernières évolutions technologiques, dans une période de forts bouleversements pour la filière, entre la montée en puissance de l’industrie 4.0 et un “plastique bashing” qui conduit à une évolution de la réglementation sur le recyclage et à l’interdiction de certains articles en plastique. Quoique pour nombre des visiteurs, le K est surtout prétexte à rencontrer leurs fournisseurs.

« Matière première, équipements, machines, tous sont rassemblés ici. Je viens à chaque fois. C’est le seul salon de la plasturgie auquel je participe, avec le FIP, à Lyon », indique François-Régis Jouffray, membre de la délégation Allizé Plasturgie et DG de Mafdel (Saint-Georges-d’Espéranche (38), 40 personnes, 8 millions d’euros de chiffre d’affaires), fabricant de courroies et de bandes thermosoudables pour les convoyeurs et les machines spéciales. « Le K permet d’avoir une approche globale de la filière et d’échanger sur nos problématiques », confirme Franck Sommaro, PDG de Thermoplast (Perrignier (74), 35 personnes, 6,4 millions d’euros de CA), entreprise d’extrusion plastique orientée vers la menuiserie, l’électricité ou le mobilier. « Nous en profitons pour rechercher des nouveautés susceptibles d’améliorer la calibration des outillages et les cadences, mais aussi d’apporter des économies d’énergie, notamment à travers des systèmes de chauffe et de refroidissement plus efficaces. »

Industrie 4.0

« Tous nos clients sont présents sur le salon. En deux jours, j’ai la possibilité de tous les rencontrer », relève de même Gilles Pernoud, président du Groupe Pernoud à Oyonnax (100 personnes, 11,6 millions d’euros de CA). Lui a rejoint la délégation Allizé-Plasturgie alors que son entreprise exposait par ailleurs, aux côtés de Plastipolis. Sur son stand, le groupe présentait son e-Tooling, un moule connecté qui permet, notamment, de faire de la maintenance prédictive. Cette innovation s’inscrit, pour le coup, pleinement dans deux des thématiques fortes de ce salon, l’industrie 4.0, mais aussi l’impact environnemental des plastiques. « Cet outillage plus performant permet de réduire le taux de rebut de l’ordre de 15 %. C’est donc moins de matière et moins d’énergie consommées. Nous tenons là, l’un des leviers les plus évidents pour réduire l’empreinte écologique de nos activités. »

Sise, Philippe Monnet, Salon K Düsseldorf
Philippe Monnet, dirigeant de Sise.

Connectivité des machines, échange, stockage et traçabilité des données, intelligence artificielle… Quantité d’exposants régionaux font de l’industrie 4.0, une réalité. Et particulièrement Sise (Oyonnax, 90 personnes, 13 millions d’euros de CA). « Ce sont des domaines dans lesquels nous sommes inscrits depuis longtemps à travers nos systèmes de gestion de production Cyclade, auxquels nous avons adjoint un système de gestion électronique documentaire, souligne le PDG, Philippe Monnet, dont la société produit également des thermorégulateurs et des systèmes de gestion séquentielle des busettes d’injection. Tous ces appareils interconnectés permettent de faire remonter les données de process de chaque pièce, d’analyser les causes des malfaçons et de connaître suffisamment bien le procédé pour réduire au maximum les rebuts et les temps d’arrêt, ainsi que pour améliorer la qualité. » Démonstration en était faite sur le stand Billon, tout au long du salon (lire ci-dessous l’encadré sur les collaborations et les démonstrateurs). Un salon que le PDG entendait mettre à profit pour dénicher de nouveaux partenariats commerciaux et technologiques, « notamment en termes de lecture de débits et capteurs de pression ».

La société Runipsys (Mery (73), 70 personnes, 18 millions de CA) aussi était présente avec un système d’injection séquentielle pour les moules. « Celui-ci intègre un dispositif hydraulique qui vient réguler, en plus du séquençage, la vitesse d’obturation. Nous sommes les seuls sur le marché à proposer cela », assure François Guihard, directeur des ventes à l’international. Et l’on trouvait encore, parmi les concurrents de Sise, la société Suisse HB Therm, dont la filiale française se trouve à Reyrieux (01) et qui vient d’élargir la gamme de ses thermorégulateurs.

Environnement

La société Aeroplast (Oyonnax, 120 personnes, 18 millions de CA) exposait avec l’intention de montrer son savoir-faire en micromécanique et mécanique de précision pour l’injection et la transformation de matières techniques de type PEEK. Mais son dirigeant, Fabrice Clémençon comptait également profiter du salon pour s’intéresser aux nouveaux procédés d’allégement de pièces, ou encore aux techniques qui permettent de garder la matière chaude dans les machines sans la dégrader, avec pour avantage de limiter les quantités de matière engagées pour la production des pièces. « Moins de matière, c’est moins d’énergie et moins d’émissions de gaz à effet de serre. »

Matières

Le K réserve parfois des surprises étonnantes. Venu notamment avec un système breveté de détection des métaux ferreux et non ferreux dans la matière, directement intégré à ses machines, Sébastien Diaz, DAF de la société Mo.Di.Tec (Vienne, 15 personnes, 5,2 millions de CA), indiquait ainsi pouvoir faire auprès de ses fournisseurs, sur le salon de la veille technologique sur… les aciers. Ce fabricant de broyeurs s’est en effet, fait une spécialité des modèles à vitesse lente, destinés au broyage des plastiques techniques durs, comme les matrices chargées de fibre de verre. On mesure mieux l’intérêt de la filière, au sens (très) large, pour ce salon international.

Mo.Di.Tec, Sébastien Diaz, Salon K Düsseldorf
Pour le fabricant de broyeurs Mo.Di.Tec, le K était notamment l’occasion de rencontrer ses fournisseurs… d’aciers.

Délégation : « Faire gagner du temps aux entreprises »

Pour conduire une délégation de ses entreprises adhérentes sur le K, Allizé Plasturgie s’est très largement inspiré de l’expérience et appuyé sur l’organisation d’un autre syndicat régional de la plasturgie, Plasti Ouest, qui en était à sa troisième participation et avait rassemblé près de 120 représentants de ses entreprises membres. « Venir individuellement au salon, c’est compliqué, explique Jacques Le Bouler, président de Plasti Ouest. Or, notre rôle de syndicat professionnel est de faciliter la vie de nos adhérents. Libérés des contraintes logistiques, ils ont l’esprit plus tranquille et peuvent profiter du salon, chacun selon ses objectifs et ses attentes. »

Une partie de la délégation Allizé Plasturgie sur le stand Plastipolis.
Une partie de la délégation Allizé Plasturgie sur le stand de Plastipolis.

En Auvergne-Rhône-Alpes, le contexte est un peu différent. « Notre territoire est plus proche de l’Allemagne. Nos industriels peuvent se rendre sur le salon par leurs propres moyens, note Benoît Dorsemaine, délégué général d’Allizé Plasturgie. En revanche, nous avons constaté que plusieurs d’entre eux n’y allaient pas, faute de temps pour s’organiser. Nous nous sommes donc proposé de préparer leurs rendez-vous à leur place, en fonction de leur activité et de leurs demandes. Nous réfléchissons à présent à étendre ce principe à d’autres événements. »

De plus, En 2016, Allizé Plasturgie avait dépêché sur le K, une délégation d’ingénieurs de sa matériautech, chargés de dresser un récapitulatif des nouveautés à ne pas rater sur le salon. Nombre des industriels qui ont bénéficié de ce compte rendu ont regretté de ne pas y être allé. C’est aussi pour cette raison qu’Allizé a conduit cette délégation.


“Plastique bashing” : « Un mauvais procès fait à la filière »

C’est peu dire que le plastique n’a pas vraiment bonne presse, en ce moment. L’économie circulaire était donc au centre de ce salon K, avec des espaces dédiés à cette thématique. Il y était question de recyclage ou encore de la recherche de matériaux biosourcés. « Plusieurs fournisseurs de matière première étaient intéressants à rencontrer, notamment autour des polylactiques qui, produits à partir de maïs ou, plus pertinent encore, à partir d’algues, deviennent compostables, note Thierry Falher, coordinateur des projets relatifs à l’économie circulaire chez IPC, le centre technique de la plasturgie et des composites. Les matériaux biosourcés représentent moins de 1 % des plastiques aujourd’hui. Mais, le marché est appelé à exploser à deux conditions : l’amélioration de leurs propriétés, notamment barrières, et l’organisation de leur recyclage. »

Sis à Saint-Pal-de-Mons, en Haute-Loire, Addiplast (110 personnes, 30 millions de CA) fait partie de ces fournisseurs qui planchent sur des matières « biosourcées, recyclées ou, demain, biodégradables ». « Nous proposons déjà des matrices chargées à 20 ou 30 % de fibres naturelles. Elles plaisent notamment à l’automobile pour qui elles représentent, outre l’aspect plus vert, une alternative plus légère aux matrices chargées de fibres de verre. Elles ont aussi un intérêt esthétique, qui séduit en particulier, le secteur de la cosmétique, note son président, Denis Chantegraille. Nous travaillons au développement des polymères de demain, en partenariats avec des chimistes japonais et européens. »

Billion techonolgie sandwich, Salon K Düsseldorf

Cependant, pour Alain Palisse, président d’Adduxi (Oyonnax, 360 personnes), le problème n’est pas tant le matériau que son usage, « en particulier sa collecte et son recyclage, qui relèvent d’une responsabilité citoyenne ». « Le plastique bashing est un mauvais procès fait à la filière, en tout cas en Europe. Peu de secteurs se sont autant remis en question que la plasturgie. J’attends de nos détracteurs qu’ils nous amènent des alternatives. Toute initiative qui permettra de résoudre certaines outrances, comme les mers de plastiques, sera bienvenue. Mais, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain », estime-t-il. « Les gens ne mesurent pas les bienfaits du plastique, abonde Franck Sommaro, PDG de Thermoplast. Le recyclage est une réalité de longue date dans notre secteur d’activité. » Un recyclage que Gilles Pernoud, dirigeant du Groupe Pernoud, juge plus pertinent que la matière biosourcée. « Il ne faudrait pas que celle-ci vienne concurrencer l’alimentation. Le problème de la matière régénérée est que ses caractéristiques sont moins stables. Il faut adapter le process à chaque lot et lever des craintes, côté client, sur le rendu final. Une approche interfilière est nécessaire. Si le médical a besoin de matière vierge, d’autres secteurs peuvent recourir à une matière primaire secondaire, comme l’électroménager ou l’outillage à main. »

En attendant, chez Billion (Bellignat, 250 personnes, 36 millions de CA consolidé), on faisait la démonstration de ce qu’il est déjà possible de faire, de longue date, grâce à la technologie sandwich. « Une technologie dont nous sommes les leaders », relève le président, Korbinian Kiesl. Un mug 100 % biodégradable était injecté sur place. Une biodégradabilité permise, notamment, par l’intégration d’une matrice chargée de coquilles de graines de tournesol, en partenariat avec FM Kunststofftechnik. « Ce gobelet a été présenté comme représentatif de l’économie circulaire devant la VDMA, la fédération allemande des constructeurs de machines », souligne Korbinian Kiesl. Encore une belle démonstration de force auvergno-rhonalpine.


Des collaborations et des démonstrateurs

« Le K n’est pas un salon habituel. Il a une audience mondiale, ce qui tend à le réserver aux équipementiers. Les petites entreprises n’y ont pas vraiment leur place. Pour nous, l’Allemagne, c’est plutôt le salon Fakuma, plus accessible pour une société de notre taille », estime Alain Palisse, dirigeant d’Adduxi. L’entreprise était donc installée, aux côtés de MIHB (Groissiat, 175 personnes, 30 millions de CA), sur le stand du fabricant de presses à injecter Billion. « Billion est un partenaire de longue date, présent dans nos locaux à Détroit, aux États-Unis », relève Alain Palisse qui voit dans cette collaboration sur le K, l’opportunité de promouvoir le territoire rhônalpin à l’international. « Nous avons toujours eu pour politique de permettre à nos clients de nous accompagner sur les salons et montrer leurs savoir-faire sur nos presses », confirme Korbinian Kiesl, président de Billion.

Billion, presse Vertis, Salon K Düsseldorf

Adduxi a ainsi contribué à développer un porte-outil surmoulé, produit sur la dernière presse verticale de Billion, Vertis. Distribué sur le salon, ce porte-outil était gravé d’un QR Code, contenant les informations de process de chaque pièce, grâce au savoir-faire de Sise, en matière de génération, stockage et traitement des données de production. « Les process intègrent de plus en plus d’intelligence artificielle. C’est une aide à la décision et une facilitation de la fabrication », commente encore le dirigeant d’Adduxi. Et Korbinian Kiesl d’ajouter : « L’industrie 4.0 n’est plus un enjeu pour nous. Nous la maîtrisons. »

Ce type de collaborations n’est pas exceptionnel sur le salon. Annecy Technology (Annecy-le-Vieux, 35 personnes, 9 millions de CA), qui se distingue par un savoir-faire métalloplastique à travers une activité de surmoulage des métaux, partageait par exemple son stand avec l’entreprise Raymond Dubasson (Cluse, 30 personnes). Un partenaire commercial qui lui fournit les pièces métalliques en décolletage. Cette collaboration s’inscrit dans la troisième thématique forte de ce salon : la plastronique.


Dossier réalisé par Sébastien Jacquart

A propos de l'auteur

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

ANNONCES LÉGALES : CONSULTEZ ET PUBLIEZ !

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

PUBLICITÉ

ARTICLES LES PLUS LUS

PUBLICITÉ