Experts comptables. Comme remède au chômage qui perdure, la profession a formulé différentes propositions à l’occasion des législatives.
« Tous les indicateurs confirment que la crise de 2008 est enfin derrière nous et la croissance au rendez-vous, constate Damien Dreux, président de l’Ordre des experts-comptables de Rhône-Alpes (lire le point de conjoncture ci-dessous). Pourtant, ce retour de l’activité ne se traduit pas sur les chiffres du chômage. » Aussi, l’Ordre a-t-il suggéré, au cours de la campagne des législatives, des mesures pour simplifier la vie des entreprises et favoriser leur développement.
« Nous plaidions déjà, avant les élections, pour un allégement du Code du travail. Les mesures annoncées aujourd’hui paraissent aller dans le bon sens, comme le contrat de projet qui permettra de sécuriser les embauches, observe encore Damien Dreux. La complexité du droit est l’un des freins à l’embauche les plus évoqués par les dirigeants de TPE. Et il serait bon que des accords d’entreprises puissent se négocier y compris au sein des plus petites d’entre elles. »
Traitement différencié
A titre plus personnel, le président des experts comptables de Rhône-Alpes considère que le maintien du chômage à un niveau élevé s’explique par trois phénomènes : la complexité, le numérique – qui, « pour l’instant, détruit plus d’emplois qu’il n’en crée » – et l’inadéquation des compétences disponibles avec les besoins exprimés par les entreprises. « Sans doute, celles-ci sont un peu trop exigeantes. Et cela laisse peu de chances aux jeunes diplômés », estime Damien Dreux qui propose des exonérations de charge sur deux ans pour le recrutement de jeunes aux sortir des études.

Damien Dreux, président de l’Ordre des experts-comptables de Rhône-Alpes.
Sur la fiscalité, les experts comptables considèrent que relever les seuils de franchise de TVA pour les micro-entreprises et auto-entreprises reviendrait à introduire une concurrence déloyale parmi les structures qui travaillent en B to C. La profession préférerait des mesures qui prennent davantage en compte le tissu économique. « Aujourd’hui, les PME doivent gérer trois taux d’impôt sur les sociétés différents. Il serait plus judicieux de ramener cela à un taux médian et de faire contribuer davantage les plus grandes entreprises, argue Damien Dreux. De nombreuses règles anti-abus, par exemple sur la constitution de holdings, devrait être limitées à certaines situations. Bref, il faudrait que l’administration ait une approche différenciée des TPE-PME et des groupes. »
La profession, qui a joué le jeu de la télédéclaration et semble avoir été entendue sur le prélèvement à la source, reporté d’un an, voudrait encore davantage de simplifications sur tous les aspects déclaratifs, avec la suppression d’un maximum de doublons. « Le temps gagné ainsi nous permettrait de mieux accompagner les entreprises, à travers des tableaux de bords, des conseils en ressources humaines et des conseils financiers », conclut Damien Dreux.
Pourquoi les TPE-PME en particuliers ?
« La France compte aujourd’hui 3,1 millions de TPE et PME, hors auto-entrepreneurs, soit 99,8 % du nombre total des entreprises. Cependant, les textes de lois sont pensés principalement pour les grands groupes, ce qui génère des mesures inadaptées pour ces dernières et complexifie leur gestion administrative », constatent les experts-comptables de Rhône-Alpes, citant la pénibilité comme mesure emblématique de ce phénomène.
« La crise est enfin derrière nous ! »
Conjoncture. L’analyse des comptes des TPE-PME confirme sur le début 2017, l’embellie amorcée en 2016.

L’investissement bat des records. Quatre départements sont à plus de 5 %, dont l’Ain.
« Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur des chiffres réels grâce aux entreprises que nous suivons tout au long de l’année », note Damien Dreux, président des experts-comptables de Rhône-Alpes. Avec Image PME, l’Ordre dispose d’un échantillon de 48 800 entreprises rhônalpines réalisant un chiffre d’affaires trimestriel moyen de plus de 128 000 euros pour évaluer la conjoncture régionale. « Nous avons confirmation d’une progression de l’économie. Le contexte est très favorable », peut donc affirmer le président.
La région affiche une croissance supérieure au national (3,4 % contre 2,7 %), notamment grâce à l’Ain qui, à +4,6 % sur le premier trimestre, compte parmi les quatre départements locomotives derrière la Drôme (5,2 %), la Loire (idem) et le Rhône (4,8 %). Du côté des secteurs, ce sont les services qui affichent la plus forte progression, avec +8,7 %, suivis de la construction, à +3,9 %. L’hébergement et la restauration, à moins de 1 % de progression, souffrent davantage. « Ceci explique la faible performance des départements de Savoie, dont l’activité est fortement liée au tourisme hivernal », note Damien Dreux. Au-delà des disparités entre secteurs d’activité, l’indicateur des experts-comptables relève également une moindre performance des TPE par rapport aux PME (+0,8 % contre +4,6 %).
Est-ce une cause ou une conséquence de cette embellie ? L’investissement, lui, bat des records à +7,4 %, surtout en comparaison avec le national (+0,6 %). « Quatre départements sont à plus de 5 %, dont l’Ain encore une fois », relève le président de l’Ordre des experts-comptables de Rhône-Alpes.
Les premiers chiffres d’avril, avec +3,3 % confirment la tendance à l’embellie générale. « Rhône-Alpes et l’Ain tirent très bien leur épingle du jeu, se réjouit Damien Dreux. On peut dire que la crise de 2008 est enfin derrière nous. » Pour les experts-comptables, tout cela laisse entrevoir d’assez belles perspectives de développement de l’activité pour l’année 2017.
Par Sébastien Jacquart







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