Relocaliser, une entreprise pleine de sens

par | 14 juillet 2022 à 8H39

Dans un contexte économique mondial compliqué, la question de la relocalisation se pose de plus en plus. Un point abordé lors de la onzième édition des rencontres des Ambassadeurs de l’Ain.

«Sans passion, point d’élévation », s’exclame Georges Blanc lors de l’ouverture de la onzième édition des rencontres des Ambassadeurs de l’Ain, le 7 juillet. Et ils sont pour le moins passionnés, tous ces chefs d’entreprise de l’Ain, qui ont réussi à relocaliser sur le territoire. « Il faut savoir que quand on délocalise, c’est toujours pour une question de coût. Il n’y a pas de bon sens derrière. La relocalisation, c’est l’inverse. On y ajoute du social, on crée des emplois, on baisse la taxe carbone en arrêtant de mettre des camions sur la route… Il y a tout une logique et la France s’y prête bien », explique Pascal Gelugne, président de Lindab France. Le groupe suédois, spécialisé dans la production de composants de ventilation, a investi 8 millions d’euros à Montluel et a robotisé son processus pour garder des coûts de production compétitifs.

Une partie de l’activité industrielle d’Infiplast est, quant à elle, délocalisée en Chine. « C’est le seul site que nous avons à l’étranger. Je l’ai développé, il y a un peu plus de quatre ans, pour accompagner des clients sur le marché porteur de l’automobile », explique Philippe Boulette Scola, président de cette société implantée à Oyonnax. Pour autant, en plein cœur de la crise sanitaire, c’est en France qu’il a développé son activité, dans le domaine de la santé. « Fournisseur de dispositifs médicaux depuis 14 ans, nous avons déjà une vraie expérience dans ce domaine. C’est ainsi que la Direction générale de la santé (DGS) est venue nous chercher pour nous demander de fabriquer des filtres de respirateurs pour les personnes en réanimation. » L’entreprise se lance alors avec un collectif pour développer le produit rapidement. Elle fournit finalement en dix semaines une machine automatisée et produit un million de pièces. Par la suite, elle s’engage à maintenir la production en France. « Cela nous permet également de participer à la souveraineté nationale, de poursuivre l’intégration de filière et, en l’occurrence, de sauver des vies. Cela a beaucoup de sens pour nous », ajoute Philippe Boulette Scola.

Un avantage financier

« Nous avons toujours eu l’habitude d’aller chercher tout ce dont nous avions besoin en Asie. Mais aujourd’hui, avec le coût du transport, du packaging et bien sûr la taxe carbone, nous avons une remise en cause totale. Nous ne pouvons plus agir comme nous l’avons fait pendant les dernières générations. Nous pouvons produire ici un filtre en neuf secondes, avec une conception 100 % française. Il est impossible au coût chinois, notamment avec l’augmentation de 40 % des salaires, de produire des filtres performants, aussi rapidement et si peu chers », s’exclame le chef de l’entreprise oyonnaxienne. Même son de cloche du côté de Lindab. « Il faut savoir que dans des pays comme la Tchéquie, les salaires ont doublé en 12 ans. Ce n’est pas le cas en France. Chacun peut réévaluer le coût de fabrication sur le territoire », renchérit Pascal Gelugne.

Destiné à la relocalisation

Et le département s’y prête tout particulièrement. « Ici, nous avons l’usine, du terrain… Nous nous sommes employés à choisir des entreprises locales, qu’il s’agisse des architectes, de la fabrication des bâtiments, mais aussi pour la partie électrique et les robots, etc. Quand les entreprises n’étaient pas aindinoises, elles provenaient de la région. Le département tombe sous le sens car il y a déjà un tissu industriel préexistant », précise-t-il.

Au-delà de l’avantage financier, la relocalisation c’est aussi la mise en avant du savoir-faire français. Début 2020, Mecabourg a créé un groupe de travail pour imaginer un produit propre faisant appel aux différents savoir-faire des adhérents. « Nous sommes six sociétés à nous être lancées et avoir créé Éco-mobilité de l’Ain. Nous nous sommes intéressées à Radior, une marque ancienne du début du vingtième siècle, libre de droit, avec laquelle nous voulons produire un vélo à assistance électrique », développe Christophe Druguet, président d’Éco-mobilité de l’Ain. Pour lui, tous les savoir-faire se trouvent dans l’Ain, nul besoin de chercher ailleurs. C’est également pour gagner en délais que la jeune société veut produire localement. « Nous n’avions pas prévu, à l’origine, de fabriquer la fourche nous-même, sauf que nous devions compter avec des délais de 18 à 24 mois. Aussi, nous avons repris la main sur cette partie de la production », ajoute-t-il.

« Pour notre part, nous fabriquons des accessoires de ventilation et cette ligne de production à Montluel désengorge notre usine de Tchéquie. Nous sommes ravis car cela nous permet également de maîtriser la ligne d’approvisionnement global et de redevenir maître de nos délais », renchérit Pascal Gelugne.

Demeure toutefois une contrainte majeure à la relocalisation : le manque de main-d’œuvre. Un problème souligné par l’ensemble des chefs d’entreprise. Pour le reste, l’accompagnement dont ils ont pu bénéficier auprès d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises leur a permis un retour sur le sol local plus simple.


1er

L’Ain est le premier département de France pour la part de l’emploi industriel (21 %) dans l’emploi total.

377

Le département accueille 377 zones d’activités.


Réindustrialiser la France

À l’occasion de la soirée des ambassadeurs, François Perrier, président du groupe Gerard Perrier Industrie et président de l’UIMM (La Fabrique de l’Industrie) de l’Ain, a livré quelques clés pour la réindustrialisation de la France. « Aujourd’hui, tout sort de l’usine et l’industrie est incontournable. La désindustrialisation, c’est une perte de souveraineté dans de nombreux domaines et cela entraîne un appauvrissement du pays. » Pour y remédier, selon lui, il faut se concentrer sur plusieurs grands axes.

Tout d’abord, il est nécessaire d’avoir de la compétence de qualité, en quantité et à un coût raisonnable. Pour cela, l’enseignement technique doit être développé. Il faut également une administration bienveillante, des procédures simples et des infrastructures. Enfin, sans une énergie fiable et compétitive, impossible d’envisager une réindustrialisation.


Joséphine Jossermoz

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