Restos du coeur : « c’est l’histoire d’un mec… » qui n’était pas là avant la Covid-19

par | 26 Fév 2021

Les constats que fait, en Savoie, l’association fondée par Coluche sont contrastés mais éclairent sur les personnes touchées et la crise à venir.

74 tonnes… C’est ce que le nouveau président des Restos du Coeur de Savoie, Didier Millous, compte collecter dans 54 grandes surfaces de Savoie les 5, 6 et 7 mars prochains, afin de financer la saison d’été. L’année dernière, il n’y avait que 61 tonnes de pâtes, riz, produits d’hygiène (plus 4 tonnes apportées par le Rotary). Si Didier Millous lance cet appel ambitieux à la générosité des consommateurs, c’est qu’il y a urgence.

« Dans un monde idéal, 25 % de ce qu’on distribue provient de l’aide européenne (FEAD), 25 % des achats de la structure nationale, 50 % des dons et ramasses en grande surface. Mais les fermetures à 18 h, l’augmentation du drive, les produits à date courte proposés par les magasins à leurs clients, les stocks mieux gérés… réduisent cette dernière partie », déplore-t-il, craignant de faire face, avec 358 bénévoles et deux salariés, à une augmentation des démunis à l’avenir. Au niveau national, les Restos du Coeur anticipent +25 % d’ici 2022.

« À Chambéry, 160 étudiants sont aidés. Ils étaient 18 il y a quelque temps. »

Didier Millous, président des Restos du Coeur en Savoie

Nouveaux publics

À Toulouse, Montpellier, Paris ou encore en Seine-Saint-Denis, on enregistre +40 % d’inscrits, par pur effet Covid. Un centre sur quatre subit une augmentation de 25 %, 10 % des centres plus de 50 %… La Savoie semble encore épargnée, « avec -5 % de personnes inscrites par rapport à l’année dernière », constate Didier Millous. À ce jour, il enregistre 200 000 repas cette année, contre 212 000 l’année dernière.

« Mais c’est un trompe-l’oeil, prévient-il. D’autres associations visant des populations spécifiques ont pris le relais. Certaines personnes dans le besoin sont effrayées par la Covid et ne viennent plus, ou sont rebutées par le système de drive mis en place – il n’est plus possible de rentrer dans les locaux. » Outre les familles monoparentales, de nouveaux publics sont accueillis, comme celui des étudiants qui ont perdu leurs petits boulots.

« À Chambéry, 160 étudiants sont aidés. Ils étaient 18 il y a quelque temps », compare le président des Restos, qui redoute l’effet de la nonouverture des stations sur les saisonniers. « Au niveau national, 50 % des personnes accueillies ont moins de 25 ans », rappelle-t-il. Cette population ne touche pas le RSA. Des travailleurs qui étaient précaires – ceux qui faisaient le ménage dans les entreprises, la plonge dans les restaurants… – s’ajoutent aussi à la liste.

Plus que de la nourriture

Au dépôt de la rue Paul-Girod, à Chambéry, commun avec la Banque Alimentaire, mauvaises et bonnes nouvelles alternent. Ainsi, l’impossibilité de faire les paquets cadeaux à Noël – qui rapportent 21 000 euros d’habitude – et l’investissement forcé dans deux camions déséquilibrent le budget. Mais la casse est limitée parce que les locaux sont proposés à titre gracieux par les collectivités en Savoie, contrairement à la Haute-Savoie où l’association, de taille similaire, souffre plus.

Même flou à l’échelle nationale : le concert des Enfoirés, qui rapporte 17 millions d’euros de billetterie d’habitude – 12 % du budget – s’est déroulé à huis clos. Mais les dons financiers privés ont augmenté de 55 %, ce qui va sauver la partie achat des Restos du Coeur. L’argent est le nerf de la solidarité pour l’“assoce” de Coluche qui s’investit aussi dans l’aide aux personnes accueillies : aide au droit à la justice (pensions alimentaires non versées…), soutien scolaire, montages de dossiers de microcrédit, prévention santé avec la CPAM, aide à la recherche d’emploi, cours de soutien en français, coiffure, ateliers estime de soi… selon les centres.

Pour aider les Restos du cœur Savoie : http://savoie.restosducoeur.org/

À l’heure de la 36e campagne des Restos du Coeur, 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, 5 millions ont recours à l’aide alimentaire.


Par Julien Tarby


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