Rhônergia : un nouveau barrage hydroélectrique à l’étude

par | 14 décembre 2023

Le barrage-usine hydroélectrique serait situé entre l’Ain et l’Isère. Il permettrait de répondre à la hausse croissante des besoins en électricité.

«Rhônergia, nouvel aménagement hydroélectrique sur le Rhône, entre l’Ain et l’Isère, que nous étudions à la demande de l’État, va entrer dans une phase décisive de dialogue et de débat avec le public », précisait Laurence Borie-Bancel, présidente du directoire de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) lors du lancement de la concertation préalable du projet, le 29 novembre dernier au siège de la CNR.

Inscrite dans la loi Aménagement du Rhône du 28 février 2022, l’étude de ce barrage intervient alors que la France fait face à un double défi. Celui de sortir de sa dépendance aux énergies fossiles pour lutter contre le changement climatique et augmenter ses capacités de production en électricité décarbonée pour renforcer sa souveraineté.

« L’usine hydroélectrique, d’une puissance avoisinant 40 mégawatts (MW), serait située entre les communes de Loyettes (Ain) et de Saint-Romain-de-Jalionas (Isère). Cet ouvrage, de type au fil de l’eau, produirait chaque année environ 140 gigawattheures (GWh) d’électricité verte, à 100 % renouvelable. Ce qui représente la consommation annuelle de 60 000 habitants, soit l’équivalent de la population d’une agglomération comme Bourg-en-Bresse », détaillait la présidente du directoire de la CNR.

Un projet de territoire

« Le barrage-usine au fil de l’eau, que nous étudions, est le dernier projet de cette nature envisageable sur le Rhône, mais également en France », poursuivait Laurence Borie-Bancel. Un projet de territoire en faveur de l’écosystème local avec des aménagements nécessaires sur environ 26 km, notamment liés à la constitution de la retenue d’eau (reprofilage et confortement des berges du Rhône, réaménagement du lit du fleuve, création d’une digue, rivière artificielle, etc.). Mais aussi de l’enjeu d’interface de ce projet avec le barrage de Cusset (Rhône), la proximité de la centrale nucléaire du Bugey et la paire d’EPR2 annoncée sur le site, le 19 juillet dernier par le président de la République.

« Nous travaillons depuis de nombreux mois en bonne intelligence avec EDF pour que, comme le souhaite l’État, les deux projets puissent voir le jour de manière coordonnée, dans la mesure du possible », expliquait encore la présidente du directoire de la CNR. Pour François Chaumont, délégué régional RTE, « Auvergne-Rhône-Alpes est la première région de production décarbonée, première région productrice d’énergie renouvelable. C’est là que près de la moitié du parc hydroélectrique français est située. Rhônergia viendrait compléter ce mix régional. Et à notre connaissance, ce serait le seul projet de barrage hydraulique, en France, de cette nature. » Pour équilibrer le réseau et répondre aux pics de consommation intrajournaliers « l’hydroélectricité est un moyen de production pilotable, flexible, prédictible. Ce qui fait sa force », complétait Olivier Le Berre, directeur de projet de la CNR.

330 : En millions d’euros, c’est le coût estimé des aménagements financés intégralement par la CNR. Un montant réévalué en 2023 en tenant compte de l’inflation.

Les acteurs du projet hydroélectrique Rhônergia © Carole Muet

Un débat à la hauteur de l’enjeu

Depuis le 1er décembre et jusqu’au 29 février 2024, la concertation préalable se déroule sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP). Elle a pour objectif de permettre aux citoyens, aux élus et aux acteurs économiques et associatifs des territoires concernés de s’informer et de s’exprimer sur le projet hydroélectrique.

Pour ce faire la CNDP a désigné quatre garants dont le rôle consiste à s’assurer de l’exhaustivité, de la sincérité, de la clarté de l’information fournie par les maîtres d’ouvrage du projet et du débat sur l’opportunité du projet, ses effets et ses alternatives.

« Le fait que nous soyons quatre est assez rare. C’est un signe de l’importance accordée par la CNDP aux projets et débats qui tournent autour de la politique énergétique, relevait le garant Jacques Archimbaud. Nous sommes indépendants du pouvoir politique et nous n’exposons pas de point de vue sur le fond du projet. Notre travail consiste à relever les questions qui ont été posées et les arguments exposés au cours du débat. »

Les discussions se feront en opportunité. « Les propositions sur les façons complémentaires de mener cette concertation sont également les bienvenues », ajoutait le garant.

Des réunions publiques, ouvertes à toutes et tous, sont accessibles en ligne. Chacune comprendra une première partie généraliste pour présenter le projet dans sa globalité et une autre axée sur une thématique particulière. Après la réunion du 5 décembre à Lagnieu, la deuxième se déroulera en Isère, à Saint-Romain-de-Jalionas, le 15 janvier avec, pour thématique, “le projet dans son environnement”. Une troisième qui portera sur les alternatives est programmée au mardi 23 janvier, dans l’Ain, à Saint-Vulbas. Les modalités de chaque rencontre sont précisées sur le site internet de la concertation.

C’est sur la base des études de faisabilité et du bilan de concertation que l’État décidera de poursuivre, ou non, l’étude de ce projet. Cette décision devrait intervenir d’ici mi-2024. Dans le calendrier prévisionnel, 2027 apparaît comme la date butoir pour une décision définitive et 2033, comme l’année de mise en service de l’ouvrage, si sa construction est confirmée. Le chantier durerait cinq ans et mobiliserait 300 personnes en moyenne par jour.

50 000 : En tonnes, c’est l’estimation annuelle de l’économie de CO2, réalisée grâce à l’ouvrage hydroélectrique.

Un projet de pont sur le Rhône

Vendredi 24 novembre, à Crémieu (Isère), les présidents des Départements de l’Isère et de l’Ain, Jean-Pierre Barbier et Jean Deguerry ont présenté aux élus, les résultats des études d’opportunité et de faisabilité d’un nouveau franchissement routier du Rhône.

Selon eux, « l’ouvrage ne devrait pas aboutir avant dix ans et notre devoir est d’anticiper les difficultés. La zone géographique à cheval entre l’Ain et l’Isère, située entre les ponts de Loyettes et de Lagnieu, va connaître dans les années qui viennent, un très fort développement ».

Sont en effet attendus, le projet d’extension du Parc industriel de la Plaine de l’Ain (Pipa), les projets de construction de deux nouveaux EPR à la centrale du Bugey et le projet de Rhônergia. Le nouveau pont devrait permettre de désengorger celui de Loyettes (Ain) – actuellement le seul ouvrage ouvert aux convois exceptionnels – et celui de Lagnieu (Ain). Chacun supportant quelque 14 000 véhicules/jour.

Jean Deguerry et Jean-Pierre Barbier © CD01
Jean Deguerry et Jean-Pierre Barbier, présidents des conseils départementaux de l’Ain et de l’Isère.

Carole Muet

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