Économie circulaire : le vrac de moins en moins encombrant

par | 16 décembre 2021 à 7H27

Si toutes les industries gèrent leur vrac d’un bout à l’autre de la chaîne, elles sont désormais amenées à le faire dans le cadre de l’économie circulaire.

«Vrac Tech Mâcon, c’est l’événement idéal pour mettre en relation l’offre et la demande de l’univers du vrac, dans un environnement convivial », explique Philippe Dutheil, directeur du salon Vrac Tech, dont la 5e édition vient d’avoir lieu à Mâcon. On n’y songe guère mais, le vrac, partie intégrante du quotidien d’une usine à tous les stades, méritait bien un salon interfilières dédié aux professionnels.

D’ailleurs, plus de 300 exposants ne s’y sont pas trompés en garnissant les rangs du Parc des expositions, parmi lesquels de nombreux industriels aindinois, à l’image de CMTPI, fournisseur des convoyeurs à bandes ; Degottex Industrie, concepteur et installateur des lignes de convoyage de vrac ; ou Goyon, qui accompagne les projets de fabrication industrielle… Une quinzaine de conférences ont rythmé cette édition avec des thèmes tournant souvent autour de la sécurité (stocker des matières ou des produits peut être dangereux, à l’image des silos), de l’optimisation des flux ou, plus en vogue, de l’économie circulaire.

Sur ce dernier sujet, l’Afnor avait dépêché de Paris, Anne Benady, responsable du secteur Environnement/Économie circulaire, « pour explorer cette nouvelle forme de production et de consommation qui s’attaque à tous les niveaux de la chaîne de valeurs », en tenant compte des outils normatifs mis en place par l’Afnor. Un document publié en 2018 par l’Animateur du système français de normalisation a été distribué aux industriels présents, les invitant à mener des projets d’économie circulaire en s’assurant qu’ils contribuent bien à cette économie en évitant les transferts d’impacts négatifs.

« La France n’est pas en retard sur les autres pays, en revanche, elle a une vision de l’économie circulaire très axée sur le développement durable et pas tournée uniquement sur le recyclage. Elle est à visée plutôt positive, mais pas seulement économique », explique Anne Benady. Pour corroborer ses dires, la responsable a cité quelques cas concrets d’entreprises qui ont changé de modèle en proposant des services en économie « de la fonctionnalité » (lire l’encadré), à l’image de Pandobac, une société de Rungis qui a remplacé les emballages des marchandises alimentaires par des bacs réutilisables, solution à la fois écologique et économique.

« Vu l’urgence planétaire, vu comme nous surconsommons les ressources qui ne sont pas infinies, il est indispensable de changer de modèle économique et de basculer du modèle linéaire actuel vers un modèle circulaire qui consomme le moins de ressources possible et les exploite le plus efficacement », renchérit la représentante d’Afnor. Les industriels n’étant pas les moins vertueux, ils l’ont écoutée avec intérêt. « Il existe une plus grande sensibilité générale. C’est pour cela qu’il y a un besoin de normes et de définitions de cadres communs. On recense beaucoup d’initiatives mais, désormais, il faut s’assurer que ces dernières sont réellement vertueuses. Certes, il y a un investissement à faire, mais à terme, on sera gagnant ! » conclut Anne Benady.

Vrac Tech Anne Benady
Les conférences ont rythmé le salon, à l’image de celle d’Anne Benady, responsable du secteur Environnement/Économie circulaire à l’Afnor.

Économie de la « fonctionnalité »

L’économie de la fonctionnalité est un modèle économique en émergence qui offre une alternative crédible pour les entreprises désireuses de s’inscrire dans le développement durable. Pour l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), c’est un élément essentiel de la vision sur la transition écologique, énergétique et sociale. Elle accompagne les mutations économiques de l’économie circulaire. L’économie de la fonctionnalité établit une nouvelle relation entre l’offre et la demande qui n’est plus uniquement basée sur la simple vente de biens ou de services.

Par exemple, on passe de la vente de chaudières et d’énergie à des solutions de confort thermique et d’efficacité énergétique ; de la vente de compresseurs industriels à des solutions de fourniture d’air comprimé et d’efficacité énergétique…


En chiffres

  • 5 : après trois éditions au Mans, la 5e édition de Vrac Tech s’est déroulée à Mâcon pour la deuxième fois, dans le cadre de l’alternance entre les deux villes.
  • 300 : exposants inscrits
  • 3 000 : visiteurs attendus
  • 7 000 m2 : surface d’exposition
  • 15 % : exposants étrangers

Une tendance boostée par la Covid-19

Le vrac est un mode de consommation de produits présentés sans emballage qui a le vent en poupe. Le client se sert seul, selon les quantités qu’il souhaite. Sacs en tissus, bocaux en verre… Il peut soit apporter ses propres contenants, soit s’en procurer en magasin.

Vrac alimentaire

Il y avait le vrac industriel, il y a désormais le vrac commercial. « Avec 140 épiceries spécialisées dans la vente en vrac, la France est le premier pays au monde sur ce secteur », annonce le Réseau Vrac. Le vrac, c’est tout ce qui concerne les produits secs (céréales, graines, farines et féculents) du placard.

Le marché en France a représenté 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2019, soit une croissance de 41 % sur un an. Même s’il reste encore un marché de niche (Réseau Vrac espère porter sa part à 3 % en 2022), des grandes surfaces aux magasins dédiés, le mode d’achat de ces produits connaît un essor sans précédent.

« On date l’apparition du vrac aux années 1980, dans les magasins bios. En 2005, une première offre discount est lancée dans une grande surface. Ensuite, sont apparus des magasins dédiés au vrac. En 2013, on comptait deux épiceries vrac. Aujourd’hui, elles sont des centaines, dont 60 épiceries ambulantes qui se rendent sur les marchés et dans les territoires moins urbains. L’année 2017 a été charnière, avec l’accroissement du mouvement zéro déchet et la création, en 2016, de l’association “Réseau Vrac”, notamment. En 2019, 88 % des magasins bios sont équipés d’un rayon vrac et 70 % des enseignes de la grande distribution comprennent un rayon vrac également », révèle le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, sur son site ; dans l’article « Le vrac gagne du terrain dans l’Hexagone ».

Historiquement, les produits d’épicerie sont les plus vendus : les amandes, le riz, les pâtes… Depuis un an, le vrac non alimentaire et le liquide se développent de plus en plus. Les principaux distributeurs sont aujourd’hui le réseau Day by Day (59 magasins), les magasins bios (45 %) dont 88 % sont équipés d’un rayon vrac, et enfin les grandes surfaces alimentaires qui occupent les 50 % restants.


Éliséo Mucciante

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