À l’occasion de leur assemblée générale, les sociétés coopératives régionales ont confirmé la vitalité d’un modèle en croissance, ancré dans les territoires et tourné vers l’avenir.
«Nous avons voulu placer cette journée sous le signe de la mutualisation », explique Jérémie Jacquart, président de l’Union régionale des Scop (Sociétés coopératives et participatives) et Scic (Sociétés coopératives d’intérêt collectif), à l’occasion de l’assemblée générale annuelle organisée le 25 juin au château de Montolivet, à Passins (Nord-Isère).
Ce rendez-vous a rassemblé près de 250 participants. Au-delà des votes statutaires, trois ambitions guidaient cette édition : « faire corps » en fédérant les acteurs, donner de la visibilité au fonctionnement du mouvement et valoriser les territoires à travers des entreprises ancrées localement.
Point d’orgue de l’événement, la passation entre Cyril Zorman, récemment élu à la présidence de la Confédération générale des Scop et Scic, et Jérémie Jacquart, à la tête de l’Union régionale depuis mars dernier, a symbolisé la continuité des engagements. La remise de trophées aux entreprises créées en 2025 a souligné la vitalité du réseau, avec 37 nouvelles structures accompagnées en Auvergne-Rhône-Alpes. Les créations ont été particulièrement dynamiques en Isère (12) et dans le Rhône (11).
D’autres initiatives ont émergé sur l’ensemble du territoire, à l’image de Kraken, bar à jeux à Bourg-en-Bresse (Ain), Systergo à La Ravoire (Savoie) ou encore l’Ecli Montessori à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie). Au total, 234 emplois ont été créés ou consolidés. Malgré le contexte économique, les entreprises coopératives d’Aura confirment leur dynamisme.
Fin 2025, elles sont 781, représentant 11 553 salariés, pour un chiffre d’affaires cumulé de 1,1 milliard d’euros, en progression de 37 % en cinq ans. Dans le détail, l’Ain compte 26 coopératives pour 318 salariés et 37 M€ de chiffre d’affaires. L’Isère en recense 124 pour 1 830 salariés et un chiffre d’affaires de 176 M€, tandis que les deux Savoie totalisent 48 coopératives, 1 084 salariés et 109 M€ de chiffres d’affaires.
Croissance confirmée
Avec un taux de pérennité de 89 % à trois ans et 79 % à cinq ans, le modèle se distingue nettement au-dessus de la moyenne nationale. Cette solidité repose sur la capacité du modèle à concilier démocratie en entreprise et performance économique, ainsi que sur les stratégies mises en place par l’Union régionale en termes d’accompagnement renforcé et d’outils financiers adaptés. La transmission constitue également un levier de développement.
En 2025, 35 % des créations sont issues de reprises ou de transformations en Scop ou Scic. Enfin, Jérémie Jacquart a rappelé le sens de cet engagement. Face aux crises contemporaines, le modèle coopératif apparaît comme une réponse fondée sur le partage du pouvoir, du savoir et de la valeur. « En renforçant les collectifs et en s’engageant, on redonne de l’espérance », a-t-il souligné, appelant à poursuivre cette dynamique collective au service des territoires.
Auvergne-Rhône-Alpes comptait 781 Scop et Scic fin 2025, dont 124 en Isère, 26 dans l’Ain, 25 en Savoie et 23 en Haute-Savoie, pour un total de 11 553 salariés.
Dans la continuité
« À la suite de l’élection de Cyril Zorman comme président national de la Confédération générale des Scop et Scic, nous avons engagé un processus démocratique qui a conduit à ma désignation comme nouveau président régional », explique l’Auvergnat Jérémie Jacquart. Ce changement de gouvernance s’est opéré dans des délais contraints. « Jérémie Jacquart a accepté de prendre cette présidence au pied levé », souligne le Lyonnais Cyril Zorman.
Élu le 5 mars, son mandat effectif a débuté à la fin du même mois. Cette transition s’inscrit dans une logique de continuité : il s’agit simplement d’assurer la fin de l’actuelle mandature dans de bonnes conditions, tout en préparant la suite. « L’idée est de remettre l’ensemble du mandat en jeu à la prochaine assemblée générale », précise encore Cyril Zorman. Une manière de conjuguer continuité, légitimité démocratique et préparation de la future gouvernance.
1,1 : En milliard d’euros, c’est le chiffre d’affaires généré par les entreprises coopératives de la région, en hausse de 37 % sur cinq ans.

Scop BTP : 80 ans et cap vers 2046
« Il faut connaître le passé pour comprendre le présent et imaginer l’avenir », introduit Nobouko Nansenet pour Wyswyg Architecture, lors de la présentation de la fresque réalisée par les coopératives du BTP, à l’occasion des 80 ans de leur fédération. Une journée dédiée à la réflexion sur les mutations du secteur et ses perspectives. Construite à partir de six grandes thématiques définies au niveau national – métiers, technique et technologie, économie et écologie, territoire, intercoopération et réglementation –, cette fresque se projette à l’horizon 2046. « Ce sont les objectifs sur lesquels nous avons travaillé collectivement », précise Nobouko Nansenet.
Dans cette dynamique, Gaël Perché, président de Quercus Coopération (Rhône), revient sur la création récente de cette Scic rassemblant 42 associés, dont 36 Scop du secteur ainsi que des acteurs comme Coorace. « L’intérêt est de réunir architectes, bureaux d’études, maîtres d’œuvre ou paysagistes pour bâtir des projets différemment et intégrer les futurs usagers dès la conception », explique-t-il, insistant sur la nécessité d’innover collectivement autour de matériaux et de méthodes nouvelles.

Pour Érik Dangremont, président de la Fédération nationale des Scop du BTP, les témoignages évoqués au cours de ce rassemblement « racontent une même trajectoire », celle d’un modèle coopératif capable de se réinventer. « Avoir 80 ans, ce n’est pas seulement un anniversaire, c’est la preuve d’une continuité et d’une capacité à s’adapter sans renoncer à ses valeurs », souligne-t-il. Aux côtés de la FFB et de la FNTP, la fédération accompagne aujourd’hui près de 2 000 entreprises.
Trois forces majeures ressortent de ces échanges : l’ancrage territorial, illustré notamment par Préfélectrique (Isère) ; la transmission, à travers des exemples comme CNE – Coopérative nouvelle d’électricité (Rhône), la menuiserie Proponnet (Isère) ou Ain Chauffage (Ain) ; et l’innovation sociale portée par Cabestan (Isère) ou sociétale, technique et environnementale avec Bâti Nature (Drôme).
Autant d’exemples qui montrent que les Scop n’accompagnent pas seulement les transformations du secteur : elles les anticipent. « Nous ne sommes pas seulement réunis pour célébrer un héritage, mais pour préparer l’avenir », conclut Érik Dangremont. Un avenir où les coopératives du BTP entendent jouer un rôle clé dans la transition écologique, l’attractivité des métiers et la construction d’un modèle plus durable.
Carole Muet








0 commentaires