L’association d’insertion de Saint-Pierre d’Albigny déménage pour ouvrir une recyclerie. Objectif : aider plus de personnes.
Penchées sur leurs machines à coudre professionnelles, les couturières de Fibr’Ethik plaisantent joyeusement tout en fignolant leurs travaux. Ici, une sacoche de vélo aux couleurs chatoyantes est en train de naître sous les doigts de fée d’une quadragénaire. Là, ce sont des tours de cou en toile de parapente bleu ciel qui sont minutieusement préparés pour un événement.
Sur la table toute proche, une autre femme choisit méticuleusement les bâches de récupération qui composeront sa prochaine création. Car, chez Fibr’Ethik, toute pièce est non seulement unique, mais elle est également issue de matières récupérées auxquelles une nouvelle vie est offerte. Chaque réalisation redonne aussi un peu de confiance à celles et ceux qui sont accompagnés par la structure d’insertion de Saint-Pierre-d’Albigny.
« LE BUT EST DE CONSTRUIRE UN PROJET PROFESSIONNEL INDIVIDUEL. »
Olivier Viry, directeur
10 personnes de plus d’ici 3 ans

L’association, créée en 2010, a pour vocation de remettre en selle les chômeurs du territoire. Quatre-vingt-quatre d’entre eux sont déjà passés par un de ses trois ateliers pour un accompagnement de deux ans maximum. Un tiers des salariés travaille pour l’activité de maçonnerie (elle représente 30 % environ du chiffre d’affaires) ; un tiers pour le secteur espaces verts (50 % du CA), et, depuis 2014, le dernier tiers oeuvre dans l’atelier d’écomaroquinerie (20 % du CA).
« On a commencé avec trois salariés en insertion, détaille Olivier Viry, le directeur, et, en 2019, nous en avons accueilli vingt, avec huit salariés permanents. » Des chiffres qui devraient faire un bond dès 2021, avec l’ouverture d’une nouvelle activité, la recyclerie : « On projette d’embaucher vingt-huit salariés en insertion et dix permanents. » Pour ce faire, Fibr’Ethik a dû déménager dans des locaux plus grands qu’elle est en train d’aménager. De 200 m2 de bureaux et 500 m2 de stockage, elle passe à 950 m2 au total, dont 450 m2 de bureaux et d’atelier couture.
« Et d’ici deux ans, la communauté de communes, dont nous sommes locataires, construira notre futur magasin de 400 m2 dans le prolongement du bâtiment principal », annonce le directeur. De quoi envisager l’accompagnement de dix personnes supplémentaires d’ici trois ans. Jeunes sans diplômes, hommes et femmes ayant de gros freins à l’embauche (trous dans le CV, pas de permis de conduire, pas de formation, etc.), seniors peu qualifiés à quelques années de la retraite… constituent le public de Fibr’Ethik.
L’association, qui en accompagne trente par an – avec un taux de sortie positive de 7 pour 10 –, les aide d’abord à retrouver confiance en eux, puis construit avec eux un projet d’insertion. « Tous sont salariés au Smic, indique Olivier Viry, et la structure reçoit une aide au poste de l’État, d’environ 80 % du salaire. »
L’atelier couture recycle déjà une tonne de matières récupérées par an.
Revaloriser les personnes et les objets
L’objectif n’est évidemment pas de faire des profits. Avec un chiffre d’affaires de 260 000 euros en 2019 et 100 000 euros de plus escomptés en 2021, il s’agit essentiellement d’aider les personnes à retrouver le chemin de l’emploi. Si la future recyclerie – qui permettra de revaloriser les objets dont la population ne veut plus (meubles, vaisselle, bibelots, électroménager…) – donnera plus de souplesse à l’association (avec la possibilité, pour les salariés en insertion, de passer d’un atelier à l’autre), elle signifie aussi des dépenses supplémentaires. « Les aménagements intérieurs de ces locaux nous coûteront entre 150 000 à 200 000 euros, pour lesquels nous avons 150 000 euros de subventions. Mais nous n’avons aucune capacité d’investissement… », conclut le directeur.
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Par Sylvie Bollard








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