Le télétravail s’impose durablement dans nos vies et semble bon pour le climat : moins de trajets, donc moins d’émissions. Mais la réalité est plus nuancée. S’il réduit bien les déplacements domicile-travail, il modifie nos habitudes de mobilité.

Le télétravail s’est installé durablement sur le marché du travail français : en 2023, près d’un salarié sur cinq télétravaille au moins un jour par semaine. Le télétravail diminue les déplacements pendulaires : les émissions liées aux trajets domicile-travail des salariés qui télétravaillent au moins deux jours par semaine diminuent d’environ 420 kg d’équivalent CO2 par an. Cela représente environ 15 % de l’empreinte carbone moyenne d’un Français estimée en 2021 par le cabinet spécialisé Carbone 4.
« Le télétravail réduit les émissions de carbone, mais entraîne des effets rebonds. »
Faut-il augmenter la proportion des télétravailleurs ou le nombre de jours de télétravail ?
Mais alors, serait-il bénéfique d’augmenter la proportion des télétravailleurs ? Ou le nombre moyen de jours de télétravail ? Pour répondre à ces questions, partons d’un modèle économique théorique qui prend en compte : la distance des travailleurs aux centres d’emploi, leurs choix d’accepter ou non des offres d’emploi en fonction de leurs caractéristiques, leurs choix de mobilité entre véhicules thermiques ou véhicules électriques.
Cette approche théorique confirme les effets positifs du télétravail sur les émissions de carbone. Le télétravail réduit le nombre de trajets et entraîne une segmentation géographique : ceux qui habitent relativement loin des centres d’emploi seront très largement télétravailleurs, ce qui réduit d’autant plus les kilomètres parcourus.
Mais des effet rebonds se dégagent. D’une part, le télétravail permet à des travailleurs éloignés de revenir plus facilement sur le marché du travail car les déplacements pendulaires pèsent moins sur le budget du ménage. Mais, l’accroissement du nombre de personnes en emploi crée des émissions supplémentaires. D’autre part, de nouveaux comportements émergent. Certains télétravailleurs utilisent parfois leur voiture pour des activités supplémentaires, en marge des jours de télétravail : accompagnement des enfants, loisirs, courses, etc.
D’autres choisissent de s’installer plus loin de leur lieu de travail, profitant de la flexibilité du télétravail. Ces déménagements peuvent rallonger les distances parcourues les jours où ils se rendent au bureau. Ces changements d’habitudes compensent partiellement les gains environnementaux initiaux. Un autre effet rebond concerne la transition vers le véhicule électrique : il devient moins rentable d’investir dans un véhicule électrique lorsque les déplacements sont moins nombreux. Ainsi, compte tenu des effets rebonds, nous montrons qu’il est préférable qu’il y ait un peu moins de télétravailleurs mais qu’ils télétravaillent davantage.
Le télétravail n’est qu’un des leviers de la réduction carbone
Ce modèle permet également de simuler différentes combinaisons de politiques publiques. Télétravail et taxe carbone pour financer l’adoption du véhicule électrique annulent l’effet environnemental du télétravail, mais en réduisant les coûts de transport, cette combinaison de politiques publiques aide à rendre la taxe carbone plus acceptable socialement.
Le télétravail apparaît donc comme un levier crédible pour réduire les émissions de CO2 dues au transport, mais travailler à la maison n’est pas une solution magique. Cette nouvelle organisation du travail n’est qu’une petite pièce d’un puzzle plus large de la transition écologique, où les comportements et les politiques publiques devront également évoluer. Parallèlement, ces résultats ne devront pas nous dispenser d’une réflexion sur la sobriété et les émissions liées aux nouveaux usages numériques professionnels à domicile.
Le sujet vous intéresse ? Venez à la conférence !
Ce sujet sera présenté et débattu lors d’une conférence gratuite et ouverte à tous du cycle Amphi pour tous et toutes de l’Université Savoie Mont Blanc. Rendez-vous jeudi 6 novembre, à 18 h 30, au cinéma La Turbine, à Cran-Gevrier (Annecy), ou mardi 18 novembre, à 18 h, à la présidence de l’USMB, 27, rue Marcoz, Chambéry. Plus d’infos : https://www.univ-smb.fr/event/amphis-pour-tous-et-toutes-mobilites-et-empreinte-carbone-le-teletravail-est-il-la-solution/
Pour aller plus loin : https://theshiftproject.org/publications/mondes-virtuels-reseaux-double-contrainte-carbone/
Bérangère Legendre et Sarah Le Duigou, enseignantes-chercheuses à l’Institut de recherche en gestion et économie (Irege) – Institut d’administration des entreprises (IAE Savoie Mont Blanc), irege.univ-smb.fr
Photo à la une de Tim van der Kuip sur Unsplash









0 commentaires