Transpolis se dévoile pour son inauguration

Transpolis se dévoile pour son inauguration

Transpolis, ville laboratoire à l’échelle réelle des mobilités de demain, a été inaugurée, mardi 2 juillet. L’occasion de découvrir le site et ses différents acteurs.

Ville laboratoire à l’échelle réelle de la mobilité urbaine, Transpolis a été inaugurée, mardi 2 juillet. Sis à Saint-Maurice-de-Rémens, le site a été bâti, à l’initiative de partenaires publics et privés, pour 20 millions d’euros, sur 80 hectares de l’ancienne friche militaire des Fromentaux. « Il permet de tester de façon sécurisée, des infrastructures et solutions pour les véhicules autonomes et connectés, décrit Stéphane Barbier, son directeur commercial. Nous avons une ligne droite équipée d’un rail pour le crash test des barrières de sécurité et autres bornes défensives anti-intrusion. Des simulations numériques sont d’abord réalisées, puis ces tests permettent de vérifier que la réalité correspond bien aux projections virtuelles. Nous avons créé cette activité par reprise d’une société auparavant située à Saint-Exupéry. Nous avons reconstitué une autoroute d’un kilomètre et une route de campagne, avec des enchaînements de courbes et de virages, pour tester les systèmes autonomes et valider les dynamiques de confort de certains véhicules. Enfin, nous disposons d’une ville factice de 30 hectares, scénarisée avec des passages piétons, des feux connectés, etc. Il s’agit d’offrir des conditions proches du réel à nos clients. L’ensemble est équipé de la 5G et de 300 kilomètres de fibre optique sous la chaussée. »

Réseaux de télécommunications

C’est Bouygues Télécom qui s’est chargé de déployer la 5G sur le site, avec un débit de 12 mégaoctets. L’opérateur téléphonique y voit l’occasion d’expérimenter différents cas d’usage, en complément des 20 zones de test déployées à Lyon avec Ericsson. « Le réseau nous permet par exemple, de retranscrire en temps réel les images des caméras des navettes autonomes, de procéder à la levée de doute et de lancer l’alerte en cas de problème », cite Ulrike Becker, représentante de la direction de l’innovation chez Bouygues. « Recréer des situations dans un environnement maîtrisé suppose de les caractériser et pour cela, d’accéder à des capteurs synchronisés et à toutes leurs données », explique Dominique Fernier, président de la SAS Transpolis, quant à l’importance des réseaux.

Il n’existe, selon ses concepteurs, aucune autre plateforme en Europe, semblable en termes de taille et de complémentarité d’offre. Celle-ci s’articule en effet autour de quatre services majeurs qui sont le laboratoire de la mobilité urbaine à l’échelle 1, la modélisation et la simulation numérique, les sites d’essais, le conseil en facteurs humains et usages. L’objectif : Créer des synergies entre les mondes de la recherche publique et de la R & D industrielle, autour des véhicules, de l’énergie, des réseaux, des équipements de la route, des infrastructures, de l’internet des objets et des mobiliers urbains. « Les infrastructures ne sont possibles qu’à travers trois types d’intervenants : les pouvoirs publics qui sont les donneurs d’ordres, les industriels fabricants et les usagers. Si l’on ne travaille pas les uns avec les autres, on oublie des choses et l’on risque de créer des solutions qui ne seront pas nécessairement pérennes », estime Hélène Jacquot-Gimbal, directrice générale de l’Ifsttar (Institut français des sciences, des technologies de transports, de l’aménagement et des réseaux).

Transpolis, Navette Berthelet

Transpolis a ainsi associé, à sa création en 2011, huit partenaires majeurs, Adetel Group, Aixam, Colas, Eve System, l’Ifsttar, Volvo-Renault Trucks, Vibratec et Cara (ex-LUTB), cluster européen des solutions de mobilité. Depuis, sept autres actionnaires sont entrés au capital : Groupe Berthelet, Banque des Territoires, Fédération française de la carrosserie, Groupama Auvergne-Rhône-Alpes, Sequanta, Syndicat des équipementiers de la route, Vicat. À ces actionnaires s’ajoutent des partenaires technologiques tels que Bouygues Télécom, Acome, Ericsson, IPG Automotive, Lacroix City, Ojbenious, Selux, Sensys Networks et des partenaires institutionnels comme la Direction générale des entreprises, le Conseil régional, le Département, la Métropole de Lyon et la Communauté de communes de la Plaine de l’Ain. « C’est une œuvre collective, le produit d’une intelligence partagée entre ceux qui œuvrent sur le terrain, qui connaissent les besoins des usagers, les chercheurs qui sont là pour anticiper et les industriels. Nous avions besoin d’un outil commun. Aujourd’hui, il existe, savoure Dominique Fernier. Les territoires nous envoient des questions, des problématiques. Les industriels imaginent des solutions. Nous pouvons maintenant les tester et les caractériser, avant de les mettre en œuvre. » Quant à Gilles Le Carre, président du cluster Cara, il considère que « si Transpolis a pour vocation première les questions de sécurité, la plateforme représente aussi un terrain de jeu intéressant pour les systèmes décarbonés ». Le cluster a été avec l’Ifsttar, à l’initiative de cette plateforme. C’est lui qui s’est assuré de rassembler autour de la table, tous les acteurs nécessaires pour donner cours à ce projet.

Territoire d’innovation

« Nous avons besoin de bacs à sable comme celui-ci, confirme Karine Dognin-Sauze, vice-présidente de la Métropole de Lyon en charge de l’innovation, du développement numérique et de la mobilité intelligente. Nous sommes partie prenante depuis le début de Transpolis, où nous avons pu tester la navette autonome pour la desserte du stade de Décines. » Sandrine Castellano, conseillère départementale du canton d’Ambérieu-en-Bugey, se réjouit pour sa part de voir s’étoffer le nombre des structures d’innovation dans l’Ain et de constater que « de nombreuses entreprises du département participent à développer les solutions de demain ». Président de la Communauté de communes de la Plaine de l’Ain, Jean-Louis Guyader juge, pour sa part, essentiel « d’inscrire [son] territoire dans une perspective d’innovation ». « Cela a été un long combat pour nous. Nous sommes proches de la Métropole, mais nous ne voulons pas être un territoire périphérique. Si les centres de recherche sont en ville, les industries sont ici. Or, si la France est très performante dans la recherche jusqu’à la preuve de concept, elle n’est pas aussi bonne quand il s’agit de passer à l’industrialisation. Transpolis va nous apporter cette capacité. » Vice-président du Conseil régional, Étienne Blanc rappelle que la mobilité véhicules représente 100 000 emplois en région, avec des entreprises de dimension européenne, présentes sur tous les continents. « Ce qui se passe ici dépasse largement le cadre de nos frontières. La mobilité est un monde en pleine mutation. Des questions importantes et complexes, qui feront les solutions de demain, seront traitées ici. Il était important pour nous de ne pas rater le coche. » Le préfet Arnaud Cochet, enfin, salue le « caractère visionnaire de ceux qui ont imaginé cet outil, il y a 11 ans » et insiste sur le partenariat public-privé qui a associé, y compris, l’État et ses services, dans la naissance de ce projet.


Les entreprises qui utilisent Transpolis

Souvent parties prenantes de la structure comme partenaires ou actionnaires de la plateforme, diverses sociétés ont présenté les projets qu’elles expérimentent sur Transpolis.

Transpolis, mannequin cycliste

« Les mannequins de cyclistes et de piétons de Transpolis servent notamment aux tests Euro NCAP des systèmes d’assistance à la conduite et des systèmes de détection des véhicules autonomes, présente Philippe Vezin, directeur de recherche à l’Ifsttar. Cela permet d’expérimenter différents scénarios, un vélo qui fait une queue de poisson à une voiture, une voiture qui fait une queue de poisson à un vélo, le surgissement d’un piéton, etc. On peut ainsi comparer la réalité avec les simulations informatiques, en y adjoignant tous les instruments de mesure possibles et imaginables. » Plusieurs entreprises partenaires de la plateforme ont ainsi témoigné de l’usage qu’elles faisaient de ces outils, en présentant leurs projets.

Béton Vicat, camion toupie GNV + moteur électrique

Vicat développe actuellement une solution propre, pour la livraison de béton en ville, avec un véhicule porteur fonctionnant au gaz naturel et une toupie sur moteur électrique, ce qui permet de couper le contact du porteur sur les chantiers. « Par rapport à un diesel, le GNV permet de réduire les émissions de Nox et de particules de 75 %, note Jean-Baptiste Pastor, responsable logistique chez Béton Vicat. Les batteries se rechargent quand le moteur tourne, notamment en récupérant l’énergie des accélérations et décélérations. L’ensemble respecte les normes sur les niveaux de bruit, y compris la nuit. » Ce véhicule est équipé de détecteurs d’obstacles et ce sont ces derniers qui sont testés sur Transpolis.

Transpolis Renault Trucks

De la même manière, Renault Trucks a développé pour ses gammes T, C et K, des caméras et détecteurs à ultrasons pour alerter le chauffeur, des flasheurs en plus des clignotants et des haut-parleurs pour avertir les autres usagers des manœuvres. « Les espaces de circulation se réduisent en ville, avec les voies pour les transports en commun et des usagers vulnérables plus nombreux, explique Patrice Roeser, responsable développement des gammes construction. Parmi les questions de recherche figure la nécessité de ne pas suralerter le chauffeur, ce qui pourrait être contre-productif. »

Transpolis, projet Flowell

Fabricant de luminaires et d’éclairages publics à Miribel, Selux teste sur la plateforme, des systèmes de détection couplés à la lumière. « On peut imaginer modifier l’éclairage en fonction du niveau d’approche du tramway, pour l’information des usagers », cite Frédéric Piaud, directeur technique, comme application possible. Colas, pour sa part, utilise Transpolis, entre autres sites, pour développer le projet Flowell (photo ci-dessus). Il s’agit de dalles incrustées de LED pour renforcer la signalisation routière ou partager l’espace entre différents modes de mobilité. « Ce système pourrait rendre la route modulable, permettre de passer de trois voies entrantes le matin, à trois voies sortantes le soir, ou de créer une voie de stationnement à l’heure de l’entrée-sortie des écoles, présente Emmanuel Orlianges, responsable projet. Sur Transpolis, nous avons installé des lignes d’effet des passages piétons, pour voir si les véhicules autonomes les détectent et les interprètent correctement. »


Par Sébastien Jacquart

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