ACI Groupe, structure née en 2019, a déposé, tardivement, une offre pour la reprise de l’ex-fleuron du décolletage haut-savoyard, Frank&Pignard. Elle promet de conserver 160 à 185 emplois. Verdict vendredi 31 juillet 2020 à la barre du tribunal.
L’offre a été déposée très tardivement, la semaine dernière. Hors délais, même, reconnait Philippe Rivière, président d’ACI Groupe, qui estime du coup que son offre « peu de chances » d’être retenue in fine par le tribunal.
Cette candidature à la reprise porte sur l’ensemble de l’entreprise Frank&Pignard, placée en redressement judiciaire depuis le 2 juin 2020 et prévoit la conservation de 160 emplois sur les 365 (sur les origines des difficultés, l’histoire et les spécificités de Frank&Pignard, lire Eco Savoie Mont Blanc du 12 juin et du 3 juillet).
Et elle émane du groupe ACI, dont le siège social est situé à Lyon. Un groupe fondé l’an dernier par deux anciens cadres dirigeants de grands groupes : Philippe Rivière, passé notamment par le métallurgiste Aubert & Duval mais aussi par la direction d’une société de fabrication additive (Prismadd, groupe WeAre ; Montauban) et Patrice Rives, ancien d’Aérospatiale puis Airbus.
Grâce au soutien du fonds familial Gorgé (qui détient notamment Initial en Haute-Savoie et qui a été candidat à la reprise de Mavic), ACI multiplie les interventions depuis quelques mois :
-prise de participation dans la branche aéronautique de Novae (Reims) en janvier ;
-acquisition du groupe de mécanique de précisions MBG en février(MDV et Somer Rectification à La Ricamarie dans la Loire ; MPH dans l’Isère ; Payraud à Scionzier) en février
-rachat de AMS74 (ex-Jancau-Mecadex puis groupe DJ Meca) à Scionzier en mars
-reprise de Walor Saint-Pierre-en-Faucigny en avril (pour l’ex-LC Maître, c’est le cinquième rachat en 20 ans après Eurodec, Halberg, Altia puis Walor…)
Constituer un pôle multi-marchés
« Nous voulons constituer un groupe industriel positionné sur les grands marchés que sont l’aéronautique, la défense, le médical, l’automobile et l’énergie (nucléaire et hydrogène). Pour peser dans le secteur automobile et pouvoir discuter avec les équipementiers et les constructeurs nous devons atteindre une taille critique à au moins 30 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires, explique Phililppe Rivière. Avec Walor et AMS74 nous en sommes à 14 M€ avec une centaine de personnes. D’où notre offre pour reprendre Frank&Pignard, qui nous permettrait de grandir rapidement (NDLR : en 2019, F&P a réalisé environ 40 M€ de CA, un chiffre en chute libre depuis plusieurs années). »
Pourquoi ne pas s’être manifesté plus rapidement, alors ? « Frank&Pignard est un fleuron de la vallée de l’Arve : on pensait qu’il allait intéresser les gros décolleteurs du secteur », répond le dirigeant qui assure aussi s’être positionné « à la demande de l’écosystème de la vallée, qui savait que nous cherchions à nous développer ».
Frank&Pignard demeure, aux yeux de Philippe Rivière, une entreprise intéressante. « Elle a une riche histoire. Il y a, c’est vrai, un souci avec les bâtiments (NDLR : deux sites qui sont tous les deux sous utilisés aujourd’hui). Mais si l’outil industriel est un peu vieillissant, il reste de très belles machines et le personnel a de multiples compétences, en usinage mais aussi en forage, rectification, traitement des métaux… »
Socialement parlant, « nous proposons dans notre offre de reprendre 162 personnes. Mais je suis convaincu qu’il est possible de sauver au moins la moitié des emplois actuels (NDLR : plus de 180 donc). D’autant qu’il est possible de profiter des mesures gouvernementales actuelles pour mettre en place un plan de gestion des compétences et de formation et éviter des licenciements. Les rencontres que nous avons eu avec les salariés nous ont rassuré quant au climat social : les salariés sont très investis dans l’entreprise. »
« Frank&Pignard est un fleuron de la vallée de l’Arve : on pensait qu’il allait intéresser les gros décolleteurs du secteur. C’est pour cela que nous nous sommes positionnés, tardivement, à la demande de l’écosystème de la vallée, qui savait que nous cherchions à nous développer. »
Philippe Rivière, dirigeant du groupe ACI
S’il va défendre le dossier d’ACI jusqu’au bout, Philippe Rivière fait preuve d’un certain fatalisme. « Notre offre est tardive et l’autre candidat détient une partie du chiffre d’affaires de la société (NDLR : opérations de sous-traitance pour le compte d’Alpen’Tech et Akwel)*. Objectivement, notre offre a donc peu de chance de l’emporter. »
La décision du tribunal de commerce d’Annecy est attendue vendredi 31 juillet.








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