En service depuis 130 ans, le pont permettant à la voie ferrée de franchir l’Arly à Albertville a été remplacé par un ouvrage deux fois plus lourd, pour répondre aux spécifications techniques internationales. Engagé en janvier 2023, cet investissement de 8,5 M€ s’achèvera en décembre 2024.
Chaque année, SNCF Réseau remplace un ou deux ponts dans la région Alpes (Ain, Isère, Haute-Savoie, Savoie). La spectaculaire mise en place du nouveau viaduc permettant à la voie ferrée Saint-Pierre-d’Albigny–Bourg-Saint-Maurice de franchir l’Arly, au niveau d’Albertville, s’inscrit dans le cadre de son programme de « régénération ».
En service depuis 1891, l’ouvrage historique avait été complété en 1969 par une passerelle piétonne. Malgré les travaux de réparation et remise en état réalisés régulièrement au niveau de son tablier, de ses appuis et fondations, il arrivait en bout de course.
Sa longueur (80 m) et sa configuration (une culée à chaque extrémité et une pile centrale dans le lit de la rivière) sont identiques à celles du nouvel ouvrage. En revanche, ce dernier est plus large (une dizaine de mètres au total, grâce à une extension de 1,50 m de part et d’autre) et plus lourd (500 tonnes).
« L’ancien pont en pesait 200 seulement. La différence s’explique notamment par la mise en œuvre d’une structure pleine, alors qu’elle était auparavant ajourée. Elle nous permet de répondre aux spécifications techniques internationales en vigueur et celles à venir dans le futur », détaille Julien Kempf, pilote d’opération pour SNCF Réseau.
6 : c’est le nombre d’entreprises figurant au sein du groupement retenu pour le marché de travaux : Razel-Bec (mandataire) intervient aux côtés de Bianco, Franki Fondation, Baudin, Freyssinet et DVF. SNCF Réseau a, par ailleurs, fait appel à Colas Rail, Bouygues Énergies & services ainsi qu’à Alp’Pages Environnement.
8,5 millions d’euros d’investissement
Entièrement financé par le gestionnaire d’infrastructures ferroviaires français, cet investissement de 8,5 M€ a fait l’objet d’une phase d’études lancée en 2017. Le chantier s’est engagé en janvier 2023 avec des travaux préparatoires et le renforcement des appuis (culées et pile). L’année 2024 est quant à elle dédiée à l’assemblage et au remplacement du pont.
Le groupe Baudin Chateauneuf a conçu et préfabriqué le tablier neuf, qu’il a ensuite acheminé via cinq colis de 16 m de long. « Nous avons établi notre base chantier sur une partie du parking du magasin Carrefour Market, avec lequel nous avons signé une convention d’occupation. C’est là que les colis étaient réceptionnés et que le pont a été assemblé à partir du mois de février », poursuit Julien Kempf.
Fluctuante selon les étapes de travaux, l’emprise de chantier a été gérée de manière optimale. Jusqu’au dernier moment, l’entreprise Bianco a, par exemple, stocké les sommiers (les pièces horizontales en béton armé placées entre les appuis et le viaduc) sur son siège de Marthod (73), à une poignée de kilomètres d’Albertville.
Fin des travaux en décembre 2024
La reprise des liaisons ferroviaires au terme de l’opération coup de poing réalisée fin août (voir ci-dessous) ne signe pas la fin du chantier, qui se poursuit avec le démantèlement du pont de 1891. Ce dernier va être progressivement poussé vers la rive droite de l’Arly pour être découpé.
Les opérations mobilisent une vingtaine de compagnons en moyenne, avec des pointes atteignant une centaine de salariés. Elles devraient être achevées en décembre 2024, selon un calendrier intégrant les risques de crue et les contraintes environnementales liées à l’interdiction de travailler dans le lit mineur de l’Arly du 1er octobre au 31 mars, afin de ne pas perturber la faune piscicole. Des mesures compensatoires sont mises en œuvre pour limiter l’impact écologique pour les habitats d’oiseaux et de reptiles.
Sur la même liaison Saint-Pierre-d’Albigny–Bourg-Saint-Maurice, SNCF Réseau étudie le remplacement d’un autre pont ferroviaire, entre Cevins et Rognaix, à l’horizon 2025-2026. À la différence du chantier albertvillois, très horizontal, celui-ci sera nettement plus vertical, en raison de la présence d’une ligne à haute tension.
Opération coup de poing
Jeter le nouveau pont au-dessus de l’Arly, depuis la rive droite, et le faire riper à la place de l’ancien, a fait l’objet d’une opération coup de poing qui s’est déroulée entre le 22 et le 26 août. Les travaux, qui comprenaient la dépose et la réinstallation de la signalétique, des caténaires, des rails, ont nécessité la coupure de la circulation ferroviaire.
Ils se déroulaient au dessus de la voie sur berge qui a également dû être fermée pour des questions de sécurité. Pour limiter leur impact dans le temps, ils ont mobilisé trois équipes qui se sont succédé jour et nuit, déroulant un planning millimétré, demi-heure par demi-heure.
Sophie Boutrelle
Crédit photo : Maxime Brochier








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