Que ce soit pour faire le dos rond en attendant des jours meilleurs ou pour financer leur besoin en fonds de roulement pour la reprise, différentes solutions s’offrent aux entreprises. Tour d’horizon.
La France va rester confiné jusqu’au 11 mai, ainsi que l’a annoncé le président de la République, lundi 13 avril. Les entreprises contraintes à la fermeture comme celles qui, en cascade, ont vu leur activité se réduire, vont donc devoir continuer de ronger leur frein. Une question, déjà prégnante, devient alors obsédante : comment trouver la trésorerie nécessaire pour faire face ? Valentin Doligé, membre du conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, et Laurence Piganeau, de Bpifrance Création, ont tenté d’y répondre lors d’un webinaire, vendredi 10 avril.
« On observe toujours une inertie assez forte, un décalage entre le financement de ses fournitures et de sa production, puis les rentrées d’argent. A l’inverse, quand l’activité se réduit, on continue de recevoir des paiements, tandis que les charges diminuent, rappelle l’expert-comptable. C’est ce que vivent pas mal d’entreprises aujourd’hui, mais cette situation n’est pas pérenne. Il faut donc établir un plan de trésorerie, essayer de se projeter sur les mois qui viennent, sans faire d’hypothèses trop complexes. »
Mesures de report
En attendant la reprise (qu’il faudra financer) deux grandes familles de mesures permettent aux entreprises de trouver un bol d’oxygène. Les premières, dite « de report », concernent un certain nombre d’échéances fiscales et sociales. « Attention, alerte Valentin Doligé, il ne s’agit pas de mesures d’annulation. Ces échéances, vous devrez y faire face plus tard. Et l’on ne sait pas encore comment ces reports vont se dénouer, en une seule fois ou de manière étalée. » La TVA, de surcroît, n’est pas concernée. « Une mesure récente permet toutefois d’en faciliter la déclaration, pour les entreprises qui aurait des difficultés à le faire au réel. Celles-ci peuvent s’orienter vers un acompte représentant 80 % du montant de TVA du mois précédant. Cet acompte peut même être ramené à 50 %, pour les structures qui rencontrent une forte baisse d’activité. »
Eau, électricité, gaz… Un certain nombre de charges d’exploitation sont également reportables. « Les loyers relèvent nécessairement, d’un accord avec le bailleurs, souligne l’expert comptable. Quant aux échéances bancaires à moyen terme, les microcrédits, les prêts d’honneurs, leur report est assez systématique. Si ce n’est pas le cas, il convient de vous rapprocher de vos partenaires bancaires. » Valentin Doligé appelle, par contre, les entreprises à activer tous les leviers à leur disposition pour régler leurs fournisseurs. « La chaîne client fournisseur doit continuer à vivre et ne doit pas se gripper. Si demain, on assiste à un gel du crédit interentreprises, on court droit à la catastrophe. D’ailleurs, si vous avez des difficultés à vous faire payer, vous pouvez saisir le médiateur des entreprises. »
Les outils de financement
Une deuxième famille de mesures permet d’apporter de la trésorerie, à l’image de la possibilité de demander un remboursement anticipé de certaines créances fiscales, comme le Crédit impôt recherche. Bpifrance, pour sa part, a mis en place les Prêt Rebond et Prêt Atout. Ces derniers s’adressent aux entreprises qui disposent d’un premier bilan de 12 mois minimum. Ils servent à financer l’augmentation du besoin en fonds de roulement (BFR) et des besoins de trésorerie, en lien avec la crise sanitaire, dans la limite des fonds propres de l’entreprise. Le Prêt Rebond s’élève de 10 000 à 300 000 euros sur sept ans, avec un différé de remboursement de deux ans, le Prêt Atout de 50 000 à 5 000 000 euros, d’une durée de trois à cinq ans, avec un différé jusqu’à 12 mois. Les experts-comptables, eux, propose un prêt pour financer le BFR jusqu’à 50 000 euros, à travers un dossier unique de financement, transmis à plusieurs banques simultanément.
Le Prêt garanti par l’Etat
La plus emblématiques de ces mesures, c’est le Prêt garanti par l’Etat (PGE). A quelques exceptions, comme les SCI, il concerne tous les types et toutes les tailles d’entreprise. Porté par les banques, avec l’Etat comme co-apporteur, son montant peut représenter jusqu’à trois mois de chiffre d’affaires (avec 2019 comme année de référence) ou jusqu’à deux ans de masse salariale, pour les entreprises innovantes ou de création récente (depuis le 1er janvier 2019). Il est assorti d’un différé de remboursement d’un an, puis d’un amortissement pouvant aller jusqu’à 5 ans, au choix de l’entreprise. Le coût de la garantie de l’Etat, qui porte sur 90 % du montant, est minime (0,25 % la première année), le taux appliqué par les banques estimé entre 0,1 et 0,2 %. « C’est la solution structurante qui devrait nous permettre de sortir de cette situation, celle qui présente le meilleur rapport coût-bénéfice », estime l’expert-comptable qui invite les entreprises à mobiliser toute leur énergie sur ce dispositif, « le seul de nature à vous permettre de passer durablement ce cap ».
Au jour du webinaire, quelque 20 milliards avaient déjà été sollicités pour un montant moyen de 140 000 euros. « Pour en bénéficier, il faut se rapprocher de ses conseillers bancaires habituels. Les premiers retours indiquent que les banques jouent le jeu et distribuent massivement ce PGE. Si cela devait ne pas être le cas, rapprochez-vous de votre expert-comptable et essayez de passer par-dessus votre conseiller. Sinon, il reste possible de consulter d’autres banques ou de saisir le médiateur du crédit. »
Pour estimer leur besoin, Valentin Doligé suggère aux entreprises de se fixer une ligne d’horizon, par exemple 6 mois. « On s’attend en effet à vivre des mois perturbés au moins jusqu’en août. Il vous faut donc évaluer vos pertes d’opportunité et vos pertes de marge brute sur la période, mais également tenir compte des charges que vous n’aurez pas à sortir (par exemple, grâce aux mesures de chômage partiel, NDLR). Il s’agit de ne pas arriver devant la banque avec une demande trop importante. » Le PGE reste en effet un prêt, qu’il faudra rembourser.
Par Sébastien Jacquart








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