Le fondateur du groupe Duqueine, spécialiste dans la construction de pièces en carbone pour l’aéronautique, livre son expérience pour réussir à exporter, dans une période peu propice.
« Même si l’export peut constituer pour les PME un levier stratégique de la reconquête de chiffre d’affaires, il peut aussi faire peur. On ne connaît pas toujours les outils existant alors qu’en France, on a un accompagnement fort », a relevé Bertrand Glaizal, directeur du développement des entreprises à la CCI de l’Ain, en ouverture des 4e “Audaces de dirigeants” organisées en visioconférence dans le cadre des rendez-vous de la Team France Export Auvergne Rhône-Alpes. « L’objectif de la CCI de l’Ain, en tant qu’interlocuteur de proximité des entreprises, c’est de vous faire connaître l’ensemble des dispositifs d’appui pour vous aider à en bénéficier », a indiqué Bertrand Glaizal aux dirigeants présents. Notons que les mesures du plan de relance de l’industrie mises en place par l’État et ses opérateurs, tel que le chèque Relance export, comprennent un volet dédié aux entreprises exportatrices ou celles qui veulent le devenir…
De 2000 francs à… 1,2 milliard d’euros
Fondateur et président du groupe Duqueine, spécialiste dans la conception et la fabrication de pièces et sous-ensembles en matériaux composites hautes performances dans les secteurs de l’aéronautique, de l’industrie et des sports et loisirs, Gilles Duqueine était invité à faire part de son expérience. Partie en 1982 de rien, ou presque, sa société est actuellement composée de plus de 800 collaborateurs répartis sur cinq cites dans le monde dont Rhône- Alpes. Une véritable saga qu’un livre ne suffirait pas à résumer… « Après l’armée, je voulais entreprendre quelque chose, mais avec zéro franc et zéro compétences, hormis une passion dévorante pour les voitures de course. J’ai alors créé naïvement “Automobile de course Duqueine” avec un capital de 2000 F, en commençant dans le sous-sol de mes parents par dessiner et construire des voitures de course avec l’idée de les fabriquer en carbone, produit d’avenir. Un an après, j’ai bâti la première mondiale d’une coque carbone. Parallèlement, j’ai commencé à recevoir des sollicitations pour fabriquer des pièces pour l’aéronautique, secteur toujours en quête de matériaux plus légers et résistants. Cela a été un long chemin, progressif, en autofinancement, passionnant et un peu compliqué, mais on a réussi », confie Gilles Duqueine.
En 2006, son groupe réalisait entre 7 et 8 M€ de CA et il a fallu, pour se développer, racheter une société qui avait ses entrées au rang 1 auprès d’Airbus, le donneur d’ordre incontournable en Europe. « Airbus réfléchissait comment construire un A360 en composite, et nous, à chaque fois, on lui apportait la solution. C’est comme ça qu’on a réussi à décrocher des appels d’offre. Avec la société que j’avais reprise, on réalisait 20 M€ de CA. À 4 h du matin, le 19 décembre 2009, on s’est mis d’accord avec Airbus sur une commande prévisionnelle de 800 avions pour un marché de 1,2 milliards », se souvient Gilles Duqueine.
Commercialement, rester très actif
Cette stratégie, basée sur l’aéronautique, qui s’est montrée gagnante pendant 20 ans, a néanmoins démontré récemment sa fragilité. Comment s’en sort Duqueine ? « Cette crise était impossible à imaginer et même à intégrer dans une analyse du risque. C’est dur, mais on n’est pas si inquiet car on sait que ça redémarrera dans 3, 4 ou 5 ans. J’ai réuni tous mes cadres en leur expliquant si on avait été bon sur la croissance (24 % en 2019), on pouvait être bon sur la décroissance. »
Quels conseils donner aux dirigeants pour résister ? « Commercialement, il faut rester très actif : même dans cette période trouble, il peut toujours y avoir des opportunités. Si on est un peu malin et opportuniste, on peut saisir des business que d’autres sont peut-être en train de perdre. Nous, nous essayons de capter d’autres secteurs en proposant de nouveaux produits. J’ai investi et me suis donné deux ans pour que ça se transforme en marché. J’ai toujours envie d’entreprendre et d’avoir des objectifs élevés. Même dans cette période où l’on est à moins 60 % d’activités, on entreprend. »
Le message semble être passé, même à distance. Logique, quand on travaille pour l’aéronautique.

3 140 M€
En 2018, avec 3 140 M€ les produits informatiques, électroniques et optiques représentaient la première part des exportations de l’Ain (32,2 % de la part de l’exportation du département et 49,3 % de la région).
1 220 M€
En 2018, avec 1 220 M€, les produits chimiques, parfums et cosmétiques représentaient la deuxième part de l’export pour l’Ain (12,5 % de la part du département et 12 % de la région). Les produits manufacturés divers, avec 1 043 M€ (10,7 % du département et 31 de la région) se classaient troisième.
Source : Direction générale des douanes et droits indirects – 2018
Un programme taillé sur mesure
« Ambition région international – accélérer ma croissance à l’international », est un programme d’accompagnement à destination des PME de la région Auvergne Rhône-Alpes.
Le Medef Auvergne Rhône-Alpes et l’OSCI, en partenariat avec la Team France Export, la Région Auvergne Rhône-Alpes et les Conseillers du commerce extérieur ont organisé un webinaire à destination des entreprises sur le thème : « Export distanciel : comment s’adapter pour être performant à l’international et quelles solutions de financement ? ». Cet événement avait pour objet de partager, grâce aux interventions de trois experts de l’international et de deux dirigeants, les enseignements liés à la crise du COVID-19 sous l’angle de l’export distanciel et de comprendre la nouvelle donne internationale pour être plus performant.
Pour ce faire, chargée de mission international au Medef Auvergne- Rhône-Alpes, Antonine Gard a présenté “Ambition Région International–accélérer ma croissance à l’international”, programme d’accompagnement à destination des entreprises, notamment, des PME de la Région Auvergne- Rhône-Alpes, financé à 70 % par la Région.
Quand un dirigeant veut booster sa croissance à l’international, quand il recherche de l’aide pour mettre en place un projet international plus ambitieux pour faire face aux enjeux actuels de l’international, ce programme lui permet de : 1° s’inscrire dans un parcours pragmatique, sur-mesure en cohérence avec ses attentes et défis. 2° Mettre en place des actions concrètes et ciblées avec des “experts terrain”. 3° Être challengé, coaché et accompagné dans cette phase d’accélération.
Les patrons se voient proposer un parcours d’accompagnement en immersion (découverte entreprise, environnement, enjeux) et en déploiement international (mentoring, ateliers et workshop personnalisés). 70 % de la prestation globale peuvent être pris en charge.
« C’est un programme qui va donner toutes les chances de transformer l’essai international grâce aux bons réflexes et aux bons outils », assure Antonine Gard.

Cinq mesures pour relancer l’export
Le Plan de relance des exportations françaises comporte cinq mesures gouvernementales dont bénéficient les PME et ETI. Il s’appuie sur Team France Export et l’ensemble de ses partenaires publics et privés : un chèque relance export qui prend en charge jusqu’à 50 % des dépenses d’une prestation d’accompagnement à l’international pour les PME et ETI françaises ; un chèque relance VIE d’un montant de 5 000 euros pour intégrer un jeune talent et développer un marché à l’international ; la digitalisation des prestations avec plus de 200 rencontres d’affaires digitalisées ; un renforcement de l’offre d’information et de veille sur les marchés étrangers et un renforcement des outils de financement export et une assurance prospection adaptée et rénovée comprenant un volet accompagnement.
Par Éliseo Mucciante








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