Covid-19 : les producteurs locaux cultivent de nouveaux canaux de vente

par | 11 décembre 2020 à 8H57

Face à la crise sanitaire Covid-19, les producteurs locaux sortent des sentiers battus pour trouver des débouchés et des clients.

Le marché du jeudi matin, à Aime, est devenu le point de rendez-vous favori des agriculteurs fédérés au sein de l’association Une montagne de producteurs. Ils sont une douzaine à avoir décidé, au printemps 2020, de travailler ensemble. « Tout est parti d’une demande de la mairie d’Aime, sollicitée par des habitants qui souhaitaient l’ouverture d’un magasin de producteurs. La chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc a organisé une réunion d’information qui a fini de nous convaincre », raconte Charlotte Fattet, la présidente de l’association.

S’ils envisagent, pour fin 2021, l’ouverture d’un point de vente en Haute- Tarentaise, les associés ont déjà décidé de faire stand commun au marché. Pour couvrir les frais de l’association, une commission de 10 % est prélevée sur leurs ventes. Le taux est fixé à 22 % pour les “dépôt-vendeurs”. « Ce sont des producteurs locaux dont nous vendons les produits afin de compléter notre offre, mais qui ne sont pas associés », précise Charlotte Fattet. Une nouvelle étape vient d’être franchie avec le lancement d’un drive fermier reposant sur des points de retrait dans les fermes.

Point de rassemblement

À Annecy-le-Vieux, Aline et Cédric Dussollier développent “Aux douceurs de la ferme”. L’exploitation laitière vend une partie de son lait à la coopérative de Villaz et transforme l’autre partie en yaourts, crèmes desserts et glaces. « Pendant le premier confinement, beaucoup de clients venaient nous voir à la boutique. D’autres exploitants étaient en difficulté car ils n’étaient pas en mesure de recevoir du public. Nous les avons donc invités à venir sur notre parking durant les heures d’ouverture de notre point de vente », explique Aline Dussollier.

Le succès a été tel que l’opération se renouvelle pour cette fin d’année, et s’élargit même à des producteurs locaux de mets plus festifs, comme le foie gras et les escargots. « Notre démarche est totalement gratuite, mais il est sûr que l’élargissement de l’offre attire davantage de monde. Au bout du compte, tout le monde s’y retrouve », poursuit l’agricultrice. Elle vient, par ailleurs, d’investir dans un distributeur qui permettra aux clients d’accéder en permanence à différentes gammes de produits alimentaires.

De nouveaux marchés

Spécialisée dans la production d’oeufs de poules en plein air, la Fermette d’Émeline a ouvert ses portes en février 2020 à Val d’Arc (73). « Je suis engagée dans une démarche totalement transparente, respectueuse des circuits courts et du bien-être animal. Mes poules disposent de 20 000 m² pour gambader, et nous avons prévu l’ouverture d’un sentier pédagogique », souligne Émeline Vincent-Lévèque, sa créatrice, obligée de composer avec la crise sanitaire et la grippe aviaire. La vente auprès des particuliers s’organise avec un système de libre-service reposant sur la confiance : les clients se servent et posent l’argent dans une boîte.

La Fermette d’Émeline, à Val d’Arc, compte deux bâtiments en mesure d’accueillir chacun 2 500 poules, dans le respect du bien-être animal.

En revanche, pour compenser l’absence de débouchés du côté des restaurants, Émeline Vincent-Lévèque se tourne vers les marchés et d’autres professionnels comme les boulangeries. Les grandes et moyennes surfaces offrent également des débouchés potentiels pour les producteurs locaux. « Le travail que nous avons effectué pour partager les listes des acheteurs d’un côté, des agriculteurs de l’autre, a porté ses fruits. Même si la marge de progression reste faible pour certains produits déjà très implantés, comme le fromage », note Cédric Laboret, le président de la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc.

Le référencement en grande distribution influe peu sur les prix, semblables à ceux pratiqués par les grossistes. En revanche, il implique des évolutions pratiques à différents niveaux, comme les codes-barres et les emballages. Pour les produits qui n’ont ni l’un ni l’autre, il faut franchir le pas. Mais des enseignes ont déjà fait savoir qu’elles souhaitaient travailler dans la durée avec des agriculteurs du territoire.

Distribution : les artisans aiguisent leur art

Issu de savoir-faire qui se transmettent de génération en génération, l’artisanat d’art français est une vitrine d’excellence mais son chiffre d’affaires s’effondre. « Beaucoup de créateurs sont des passionnés qui travaillent seuls. Il est très difficile de les fédérer voire même de les amener à effectuer les démarches pour décrocher les aides auxquelles ils pourraient prétendre », se désole Alain Mossière, le président de la chambre des métiers et de l’artisanat (CMA) 74. Après la fermeture de leurs boutiques et ateliers durant les deux confinements, ils subissent l’annulation en chaîne des marchés, marchés de Noël et autres salons.

Noor Bahmed, la créatrice d’Hooa, travaillait auparavant à la CMA 73 où elle accompagnait les artisans d’art.

La CMA 74 espère bien que les Journées européennes des métiers d’art en région d’Annecy, annulées en avril 2020, pourront se tenir en avril 2021. Elle réfléchit aussi, avec les collectivités, à l’ouverture de « boutiques » mutualisées qui accueilleraient les artisans d’art du territoire. À Chambéry, 19 créateurs ont pu présenter ensemble leurs oeuvres dans une boutique éphémère. L’opération est portée par la Ville, Cristal Habitat et la CMA 73.

« Beaucoup de créateurs sont allés se plonger dans de grandes plateformes de vente en ligne généraliste, au risque de se noyer dans la masse », observe Fabien Jacques, coordinateur des actions de financement chez France Active Savoie Mont-Blanc. « Quant à la vente en ligne, elle est difficile sans fichier client et sans clientèle établie. »

Hooa valorise le savoir-faire français

Lancée fin juin 2020, la plateforme Hooa développe à la fois une place de marché et un espace ressources. « Nous Distribution : les artisans aiguisent leur art fédérons déjà une trentaine de créateurs sur l’ensemble du territoire national et recevons quotidiennement des demandes. Notre ambition est d’aller très vite à l’international », explique Noor Bahmed, sa créatrice. Hooa, qui se rémunère avec un abonnement mensuel modique et un pourcentage sur les ventes, vise, d’ici deux ans, un chiffre d’affaires de 200 000 euros. Implantée à Chambéry, la société s’appuie sur une équipe de trois personnes et un réseau de partenaires.

Stéphanie Leclerc a quitté la région parisienne pour créer, à Jongieux (73), “Savon bulle de douceur”.

Savon bulle de douceur

Stéphanie Leclerc a quitté la région parisienne pour créer, à Jongieux (73), “Savon bulle de douceur”. Ses savons et shampoings secs sont fabriqués de manière artisanale, à froid, avec le lait de ses chèvres. Face à la baisse de ses ventes, elle est allée taper à la porte de grandes et moyennes surfaces de la région qui ont accepté d’accueillir sa production. « Mais pour vendre, il faut être présent et expliquer aux clients les spécificités de mes produits », explique la créatrice, qui vient aussi d’investir dans un site de vente en ligne. Dans ses projets encore, le développement de la clientèle des comités d’entreprises et des professionnels.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

4807,47 mètres, c’est l’altitude 2026 du mont Blanc, soit 1,88 mètre de plus qu’en 2023 et 27 centimètres au-dessus de la mesure historique de 1894.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

La Frontière en chiffres 2027

100% en ligne, feuilletez directement votre hors-série La Frontière en chiffres 2027 sur ordinateur, tablette ou smartphone. Réservé aux abonnés. Feuilletez l'édition ECO Savoie Mont Blanc : Feuilletez l'édition L'Extension : Le saviez-vous ?Vous pouvez afficher la...

Votre magazine ECO de l’Ain Octobre 2026

100% en ligne, feuilletez votre magazine ECO de l'Ain n°01 d'octobre 2026 sur ordinateur, tablette ou smartphone. Réservé aux abonnés. Le saviez-vous ? Depuis notre liseuse en ligne, vous pouvez consulter la publication en plein écran, télécharger le document au...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé