Non-ouverture des domaines skiables : un cataclysme pour la montagne

par | 22 janvier 2021 à 9H21

Le gouvernement a annoncé la fermeture prolongée des remontées mécaniques. Les professionnels reprochent une décision subie et la mise à mal de tout un écosystème. Réactions à chaud.

Télésièges et remonte-pentes resteront à l’arrêt au 1er février, avec une réouverture mi ou fin février hautement improbable. Après avoir tergiversé, l’exécutif a tranché, arguant une augmentation des nouvelles contaminations. Alors que cette période est vitale pour les stations de ski qui y réalisent 35 à 40 % de leur activité. Jean Castex l’a répété : « Pas question de privilégier les questions économiques sur la sécurité sanitaire. » Une décision incomprise, quand les acteurs de la montagne affirment avoir tout mis en oeuvre pour élaborer un protocole sanitaire sérieux, reconnu par les pouvoirs publics.

« L’HIVER 2020-2021 SERA UNE SAISON NOIRE, AVEC DES PERTES ABYSSALES POUR LE SECTEUR. »

Alexandre Maulin, président de DSF
Pour le président de DSF, le syndicat des opérateurs de remontées mécaniques, Alexandre Maulin, « les aides promises par l’État devront inclure tout le monde ».

« Au bout du rouleau »

Désormais, pour Alexandre Maulin, président de Domaines skiables de France (DSF), il n’y plus d’échappatoire possible : « C’est la consternation. Ça fait très mal. Pourquoi le ski a été visé, c’est incompréhensible. L’hiver 2020-2021 sera une saison noire, avec des pertes abyssales pour le secteur. » Il conclut, désabusé : « On arrive au bout du rouleau… Le gouvernement devra assumer ses choix et indemniser toutes les activités pour assurer leur survie. »

De son côté, Éric Brèche, patron de l’École du ski français (ESF), est très inquiet : « Si les moniteurs ont droit au fonds de solidarité, on oublie que la moitié ne sont pas éligibles parce qu’ils ont une autre activité. » Les recettes de l’ESF, de 300 millions d’euros l’an dernier, seront amputées de 270 millions. Le collectif des Entreprises de la Montagne, qui s’est créé pour affronter cette crise, évoque la perte de plusieurs centaines de milliers d’emplois saisonniers et d’activités essentielles à la ruralité de la montagne.

Antoine Fatiga, responsable CGT pour les saisonniers en Auvergne-Rhône- Alpes, parle de « véritable catastrophe » : « À ce jour, 40 % de saisonniers, tous secteurs confondus, n’ont pas été embauchés et se retrouvent sans ressources. » Et le syndicaliste d’ajouter : « Nous avons été contactés par plus de 200 d’entre eux dans une situation précaire. Seule solution : aller aux Restos du coeur. »

« Traverser la tempête »

Cette saison blanche aura des conséquences économiques et sociales sans précédent sur tout un écosystème. « Entre 15 et 30 % de dépôts de bilan sont à prévoir dans les commerces, magasins de sport, pharmacies, hôtels et restaurants sur nos territoires, si les indemnisations n’augmentent pas », assène Jean-Luc Boch, président de France Montagnes et de l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM). Et les filières qui en découlent sont tout aussi impactées (cf. Éco de la semaine dernière).

Réunis en collectif, les équipementiers de la montagne tirent, à leur tour, la sonnette d’alarme. « La non-ouverture des remontées mécaniques va nous faire perdre a minima 50 % de chiffre d’affaires à la fin de l’hiver. Et un retour à la normale n’est pas envisagé avant l’été 2022, car les stations ne pourront pas investir », constate Patrick Grand’Eury, le président du Cluster Montagne, pointant 450 adhérents en péril. Et de prévenir : « Si nos entreprises disparaissent, il ne se passera plus rien dans les stations de ski. » Même si, à moyen terme, il est persuadé que « la crise sera un accélérateur des changements ; mais dans les six à dix-huit mois à venir, il faudra traverser la tempête et limiter la casse ».

Pour cela, le salut des équipementiers, qui devraient être identifiés comme des entreprises fermées administrativement, passera par la prise en charge des coûts fixes, du chômage partiel, et par des aides à l’investissement. Pour les professionnels, l’État devra payer pour compenser l’arrêt total de leurs activités. Les quatre milliards par mois annoncés par Bruno Le Maire dépendent en partie de l’Union européenne, qui n’a toujours pas donné son feu vert.


Par Patricia Rey

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