Le gouvernement a annoncรฉ la fermeture prolongรฉe des remontรฉes mรฉcaniques. Les professionnels reprochent une dรฉcision subie et la mise ร mal de tout un รฉcosystรจme. Rรฉactions ร chaud.
Tรฉlรฉsiรจges et remonte-pentes resteront ร lโarrรชt au 1er fรฉvrier, avec une rรฉouverture mi ou fin fรฉvrier hautement improbable. Aprรจs avoir tergiversรฉ, lโexรฉcutif a tranchรฉ, arguant une augmentation des nouvelles contaminations. Alors que cette pรฉriode est vitale pour les stations de ski qui y rรฉalisent 35 ร 40 % de leur activitรฉ. Jean Castex lโa rรฉpรฉtรฉ : ยซ Pas question de privilรฉgier les questions รฉconomiques sur la sรฉcuritรฉ sanitaire. ยป Une dรฉcision incomprise, quand les acteurs de la montagne affirment avoir tout mis en oeuvre pour รฉlaborer un protocole sanitaire sรฉrieux, reconnu par les pouvoirs publics.
ยซย LโHIVER 2020-2021 SERA UNE SAISON NOIRE, AVEC DES PERTES ABYSSALES POUR LE SECTEUR.ย ยป
Alexandre Maulin, prรฉsident de DSF

ยซย Au bout du rouleauย ยป
Dรฉsormais, pour Alexandre Maulin, prรฉsident de Domaines skiables de France (DSF), il nโy plus dโรฉchappatoire possible : ยซ Cโest la consternation. รa fait trรจs mal. Pourquoi le ski a รฉtรฉ visรฉ, cโest incomprรฉhensible. Lโhiver 2020-2021 sera une saison noire, avec des pertes abyssales pour le secteur. ยป Il conclut, dรฉsabusรฉ : ยซ On arrive au bout du rouleauโฆ Le gouvernement devra assumer ses choix et indemniser toutes les activitรฉs pour assurer leur survie. ยป
De son cรดtรฉ, รric Brรจche, patron de lโรcole du ski franรงais (ESF), est trรจs inquiet : ยซ Si les moniteurs ont droit au fonds de solidaritรฉ, on oublie que la moitiรฉ ne sont pas รฉligibles parce quโils ont une autre activitรฉ. ยป Les recettes de lโESF, de 300 millions dโeuros lโan dernier, seront amputรฉes de 270 millions. Le collectif des Entreprises de la Montagne, qui sโest crรฉรฉ pour affronter cette crise, รฉvoque la perte de plusieurs centaines de milliers dโemplois saisonniers et dโactivitรฉs essentielles ร la ruralitรฉ de la montagne.
Antoine Fatiga, responsable CGT pour les saisonniers en Auvergne-Rhรดne- Alpes, parle de ยซ vรฉritable catastrophe ยป : ยซ ร ce jour, 40 % de saisonniers, tous secteurs confondus, nโont pas รฉtรฉ embauchรฉs et se retrouvent sans ressources. ยป Et le syndicaliste dโajouter : ยซ Nous avons รฉtรฉ contactรฉs par plus de 200 dโentre eux dans une situation prรฉcaire. Seule solution : aller aux Restos du coeur. ยป

ยซย Traverser la tempรชteย ยป
Cette saison blanche aura des consรฉquences รฉconomiques et sociales sans prรฉcรฉdent sur tout un รฉcosystรจme. ยซ Entre 15 et 30 % de dรฉpรดts de bilan sont ร prรฉvoir dans les commerces, magasins de sport, pharmacies, hรดtels et restaurants sur nos territoires, si les indemnisations nโaugmentent pas ยป, assรจne Jean-Luc Boch, prรฉsident de France Montagnes et de lโAssociation nationale des maires des stations de montagne (ANMSM). Et les filiรจres qui en dรฉcoulent sont tout aussi impactรฉes (cf. รco de la semaine derniรจre).
Rรฉunis en collectif, les รฉquipementiers de la montagne tirent, ร leur tour, la sonnette dโalarme. ยซ La non-ouverture des remontรฉes mรฉcaniques va nous faire perdre a minima 50 % de chiffre dโaffaires ร la fin de lโhiver. Et un retour ร la normale nโest pas envisagรฉ avant lโรฉtรฉ 2022, car les stations ne pourront pas investir ยป, constate Patrick GrandโEury, le prรฉsident du Cluster Montagne, pointant 450 adhรฉrents en pรฉril. Et de prรฉvenir : ยซ Si nos entreprises disparaissent, il ne se passera plus rien dans les stations de ski. ยป Mรชme si, ร moyen terme, il est persuadรฉ que ยซ la crise sera un accรฉlรฉrateur des changements ; mais dans les six ร dix-huit mois ร venir, il faudra traverser la tempรชte et limiter la casse ยป.
Pour cela, le salut des รฉquipementiers, qui devraient รชtre identifiรฉs comme des entreprises fermรฉes administrativement, passera par la prise en charge des coรปts fixes, du chรดmage partiel, et par des aides ร lโinvestissement. Pour les professionnels, lโรtat devra payer pour compenser lโarrรชt total de leurs activitรฉs. Les quatre milliards par mois annoncรฉs par Bruno Le Maire dรฉpendent en partie de lโUnion europรฉenne, qui nโa toujours pas donnรฉ son feu vert.
Par Patricia Rey








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