Nouveau bureau, nouvelle édition de leur salon burgien, boutique éphémère en fin d’année… Après une année blanche, les artisans d’art de l’Ain repartent du bon pied.
Quelle drôle d’assemblée générale que celle de l’Association des métiers d’art de l’Ain, jeudi 25 février à la Chambre de métiers et de l’artisanat ! Après une année blanche, vierge de tout événement, de toute dépense (exception faite des assurances) et de toute recette, l’appel à cotisation n’ayant pas été lancé, le bilan a porté sur l’année 2019 tandis que les perspectives et nouveautés pour 2021, et même pour 2022, sont nombreuses. Un peu comme si 2020 n’avait pas existé, finalement.
La crise sanitaire n’est pas la seule explication. La présidente, Sylvie Berry, modéliste à Ceyzériat, et le trésorier, Thierry Geoffroy, mosaïste à Chalamont, souhaitaient passer la main, après cinq ans à la tête de la structure. « Le changement de bureau est une étape cruciale pour l’association. C’est aussi un moyen de laisser une page vierge, aux nouveaux dirigeants, pour monter leur projet », a expliqué ce dernier.
Page vierge
Si la page est vierge, la boîte à idées est pleine et la trésorerie confortable, équivalente à deux années de budget. « Il n’en faut pas davantage. D’abord, ce n’est pas la logique d’une association. Et puis, il serait difficile, au-delà, de justifier nos demandes de sponsoring et de subventions, pour l’organisation de nos événements », a prévenu le trésorier sortant.
Biennal, le Salon de l’artisanat d’art de l’Ain a eu lieu pour la dernière fois, en novembre 2019. La prochaine édition devrait donc se tenir cette année. Mais, les incertitudes liées à la crise sont encore fortes. « Il faut arrêter les dates, réserver la salle des fêtes de Bourg-en- Bresse, la communication en quatre par trois, les flyers… Le risque, c’est d’engager des frais pour rien ou de devoir tout gérer au dernier moment », a craint Sylvie Berry. « Il est par ailleurs difficile de mobiliser des sponsors, en cette période », a abondé Thierry Geoffroy. Tous deux ont donc suggéré de reporter la prochaine édition d’un an et, en contrepartie, d’ouvrir une boutique éphémère à Bourg, sur les mois de novembre et décembre prochains. « L’association a la puissance financière pour prendre la location des locaux à sa charge, charge aux exposants d’organiser une rotation pour tenir boutique, assure l’ex-trésorier. Ça ouvre des perspectives et laisse tout le temps au nouveau bureau, d’organiser un beau projet pour l’année prochaine. »
Opportunités
Et en attendant la fin 2021, les adhérents auront du grain à moudre. La Communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse, CA3B, prépare un événement à la Ferme-musée de la Forêt à Courtes, début juillet, où les artisans d’art pourront exposer. La commune de Marboz projette également ment un rendez-vous en mai, avec des stands à l’extérieur ou sous chapiteau. L’office de tourisme de Bourg a ouvert une boutique et cherche des artisans d’art pour concevoir des produits à l’effigie du poulet de Bresse qu’il pourrait distribuer. Il souhaite par ailleurs référencer les ateliers d’art susceptibles d’accueillir des visites. Enfin, il est question d’exposer sur un stand commun, avec Ateliers d’art de France, au Louvre, en 2023. « C’est typiquement le genre de projet que nous pourrions financer », a relevé Vincent Gaud, président de l’ex-Chambre de métiers de l’Ain, fraîchement régionalisée.
Hors événements, les artisans ont également des opportunités à saisir du côté de la communication de l’association. Une communication revue en partie à la faveur du dernier salon (notamment avec un nouveau site internet sur lequel les adhérents ont été invités à transmettre ou mettre à jour leur fiche de présentation), mais où il reste à faire. Le prestataire, Hervé Goyard de l’agence burgienne Made In Com, a rappelé le projet, aujourd’hui en stand-by, d’un dépliant en trois volets, à laisser dans les offices de tourisme, mais aussi l’idée d’une pochette de fiches de présentations des membres, plus facile à mettre à jour qu’un livret. Bref, les pistes ne manquent pas. Le nouveau bureau n’a pratiquement plus qu’à suivre la voie tracée. D’autant que les sortants, qui ont promis de rester présents et actifs, pourront les appuyer.


Hommage à André Chapuis
L’AG de l’Association des métiers d’art s’est ouverte par une minute de silence en la mémoire d’André Chapuis, l’un de ses administrateurs, décédé fin 2020. Vannier à Péronnas, l’homme s’était illustré en 2015, en tentant le concours “Un des meilleurs ouvriers de France” dans sa spécialité… à 75 ans. D’abord droguiste-marchand de couleur, puis éducateur spécialisé, il avait appris la vannerie sur le tas et s’était lancé dans l’artisanat d’art sur le tard, à l’approche de la retraite. Passionné par la vannerie fine de Thiérache (Aisne), il s’était constitué une collection de plus de 800 pièces anciennes qu’il avait restaurées et présentées dans différentes expositions nationales et internationales.
Le nouveau bureau
Céramiste à Châtillon-sur- Chalaronne, Lara Vermeulen, précédemment secrétaire, devient présidente, Guillaume Noël, ébéniste à Marboz, secrétaire, et Pascale Grumet, rempailleuse à Izernore, trésorière.
250
L’Ain compte 250 professionnels reconnus en qualité d’artisan d’art et six maîtres artisan d’art. L’association des métiers d’art de l’Ain fédère une trentaine d’entre eux.
17 000
L’organisation biennale du Salon des métiers d’art de l’Ain, à Bourg-en-Bresse, a représenté en 2019, un budget d’environ 17 000 euros, pour quelque 18 500 euros de recettes.
Rue Thomas-Riboud à Bourg, un échec relatif
La-mise à disposition de boutiques par la ville et l’agglomération n’a pas permis la redynamisation espérée pour le centre-ville. Mais, les artisans d’art ont su capitaliser sur cette expérience.
En 2016, la Ville et la Communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse (CA3B) imaginent une solution pour redynamiser le centre-ville et particulièrement la rue Thomas-Riboud, alors en totale perte de vitesse. Fortes de la présence sur place d’une entreprise d’artisanat d’art renommée, Jeanvoine et ses fameux émaux bressans, elles se proposent de louer des boutiques pour y installer d’autres artisans, à tarif préférentiel, avec une évolution progressive du bail sur trois ans, vers le prix normal.

Deux ans plus tard, l’inauguration d’une deuxième boutique, Crea6on, laisse penser que l’opération est un succès. « Cette expérience fait des émules et commence à être déployée dans d’autres communes », se réjouit alors Michel Fontaine, vice-président de la CA3B. Hélas, force est de constater que l’offre a depuis fait long feu. Les collectivités ont mis un terme au partenariat. Et la rue Thomas-Riboud a retrouvé sa torpeur, la crise sanitaire n’ayant sans doute rien arrangé.
Faut-il pour autant parler d’échec ? Tout n’est pas négatif, loin de là, dans le bilan de cette expérimentation. Trois artisanes présentes au lancement de la boutique Crea6on (Nadège Reverdy, Geneviève Parreno-Talon et Virginie Perret) ont poursuivi l’aventure, rejointes par Nadine Josserand. Elles ont simplement déplacé leur vitrine, en septembre 2019, vers un axe plus fréquenté, la rue Pasteur.
« Nos membres sont plutôt enthousiastes à l’idée de poursuivre ce genre d’expérience, mais sur une autre artère. Celle-ci n’est pas assez passante », confirme Anne-Astrid Brunet, l’une des anciennes présidentes de l’Association des métiers d’art de l’Ain. Aussi et surtout, les artisans d’art n’ont pas sorti de nulle part, le projet d’ouvrir une boutique éphémère en centre-ville, pour pallier le report d’un an du salon des métiers d’art. Enfin, la rue Thomas-Riboud n’a pas dit son dernier mot. Une céramiste, Virginie Belle, doit prochainement installer au numéro 4, sa boutique et son atelier.
Par Sébastien Jacquart








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