Entre replantations, lutte contre le réchauffement climatique et amélioration de la collecte forestière, la sylviculture doit faire face à de nombreux enjeux qui constituent autant d’opportunités dans le cadre des aides de l’État.
Nous l’indiquions la semaine dernière dans nos colonnes : en trois ans, dans les forêts publiques des montagnes de l’Ain, les forestiers ont dénombré plus de 150 000 arbres atteints de dépérissements et près de 120 ha de forêt décimés, entre sécheresses et invasions de scolytes. Contre cet insecte ravageur, le préfet de région a pris un arrêté délimitant des zones de lutte obligatoire, lutte assortie d’aides financières pour l’exploitation et la commercialisation des bois concernés.
« Le département est particulièrement touché », assure Valérie Chevalon, directrice de la Fédération interprofessionnelle du bois de l’Ain (Fibois 01). Cette situation a conduit l’Office national des forêts à engager, dès cet automne, un programme de replantation de 105 ha, avec 85 000 résineux et 60 000 feuillus. Mais, la forêt privée n’est pas en reste, avec des prévisions de replantations de 350 à 500 ha, sur les deux à trois ans à venir, dans le cadre du plan de relance.
Pour prendre la pleine mesure non seulement de ces enjeux, mais aussi de ceux du morcèlement de la forêt privé et de la desserte forestière, ainsi que du dynamisme de la filière bois dans le département, Michel Sinoir, directeur régional de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt (Draaf), et Catherine de la Robertie, préfète de l’Ain, ont visité, mardi 27 avril, un chantier de replantation conduit par l’ONF et financé dans le cadre du plan France Relance, puis le pôle bois de Cormaranche-en-Bugey. L’occasion d’échanger, outre l’office, avec le Centre régional de la propriété forestière, l’association des communes forestières, la charte du massif du Bugey, les coopératives CoForêt ou encore, le groupement des exploitants et scieurs.
Un dispositif complet
À l’échelon national, le plan de relance flèche 200 millions d’euros en direction de la filière, dont 150 pour le renouvellement forestier.
« On comptait jusqu’alors beaucoup sur la régénération naturelle pour le développement de la forêt française. Mais là, on entend procéder à des replantations massives pour reconstituer les zones dépérissantes, relève Valérie Chevalon. On parle beaucoup de ces sommes dédiées à la sylviculture. Il est vrai que c’est la plus grosse partie de l’enveloppe et que le public est sensibilisé aux problématiques de dépérissement. Mais, le dispositif est plus complet que cela. Il prend en compte l’amont et la nécessité de produire des plants pour alimenter les parcelles – un secteur déjà pénurique dans certaines régions et sur certaines essences, d’où les aides aux pépiniéristes –, comme l’aval, avec des financements pour la modernisation des scieries. Il s’agit de mieux exploiter la ressource, d’aller vers des produits à plus forte valeur ajoutée, notamment de répondre aux besoins de la construction. Nous avons de grandes scieries qui n’ont cessé d’investir et sont tout à fait modernes, s’orientant même vers la deuxième transformation. Mais, nous comptons aussi pas mal de scieries petites et moyennes qui ont des besoins, qui font encore, pour certaines, seulement du bois brut de sciage et qui doivent investir dans des séchoirs, dans des raboteuses, des déligneuses… Autant d’outils nécessaires à produire des bois répondant à la demande en produits davantage finis, voire traités et prêts à l’usage. Certaines également sont correctement équipées, mais doivent renouveler leurs matériels avant qu’ils ne deviennent obsolètes. Et cela représente des sommes assez importantes. On observe une forte augmentation des demandes d’aides à l’investissement, en lien avec les pressions sur la matière première. »
Mobiliser la ressource
Catherine de la Robertie s’est plu à rappeler la position de l’Ain : premier département d’Auvergne-Rhône-Alpes sur la première transformation, notamment pour le sciage de sapins/épicéas, et le deuxième pour la récolte de feuillus. Pour autant moins de 30 % de l’accroissement naturel de la forêt est récolté chaque année. Pour l’État, l’une des clés pour une meilleure mobilisation de la ressource repose sur le foncier forestier, c’est-à-dire la lutte contre le morcèlement des parcelles.
Sur l’ouest du département, en particulier, on compte 36 000 propriétaires de parcelles qui possèdent, en moyenne, 1,7 ha. L’investissement dans la desserte forestière est un autre levier important. Dans le cadre du Plan de développement rural Auvergne-Rhône-Alpes, une mesure permet de mobiliser des fonds Feader pour financer des travaux dans ce domaine, soulignent les services de l’État. Si les enjeux sont nombreux et les situations diverses, les opportunités ne manquent donc pas, à travers ces différents dispositifs.
35 %
La forêt représente plus de 35 % de la superficie du département, avec plus de 200 000 ha, dont les deux tiers en forêt privée.
38 Mm3
La forêt dans l’Ain représente 38 millions de mètres cubes de bois sur pied.
Des besoins inédits en emplois
La Fédération interprofessionnelle du bois Auvergne-Rhône-Alpes organise ce jeudi 6 mai, de 18 h à 19 h, une visioconférence destinée aux entreprises de travaux forestiers, au cours de laquelle seront abordés les enjeux de la replantation forestière, les chiffres prévisionnels, les besoins des donneurs d’ordres, le cadre réglementaire et les compétences à mobiliser sur les chantiers de plantation.
« L’une des particularités du plan de relance est qu’il fixe des échéances très courtes, tant pour le dépôt des dossiers que pour la réalisation des chantiers, décrypte Valérie Chevalon, directrice de Fibois 01. La filière va donc représenter un gisement d’emplois encore plus important, en particulier sur la partie sylvicole. » A l’échelon aindinois, la fédération compte répondre à cet enjeu en développant la formation, notamment pour les adultes en reconversion, avec de nouvelles sessions dès octobre.
Sébastien Jacquart








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