Le président du Conseil départemental de l’Ain fait le point sur les dossiers chauds de cette première rentrée, de la nouvelle mandature.
Le Conseil départemental réunit sa première session de la rentrée le 27 septembre. Vous allez commencer à mettre en application les cinq priorités annoncées le 19 juillet, lors de votre discours de politique générale, après que vous-même et la grande majorité des conseillers départementaux sortants avez été reconduits. Pouvez-vous nous les rappeler ?
Il y aura d’autres actions, bien sûr, mais nos cinq chantiers prioritaires sont la démographie médicale, la sécurité, en particulier celle des pompiers lors de leurs interventions, les actions en direction des collégiens, la préservation des ressources en eau et forestières et le RSA. Sur ce dernier point, après les brigades antifraude, nous voudrions développer le bénévolat comme manière de redonner confiance aux gens et de leur mettre le pied à l’étrier, notamment vers l’emploi. Pour la démographie médicale, nous avons élaboré un plan très ambitieux, quand bien même la santé n’est pas dans nos compétences, mais dans les prérogatives de l’État. Avec l’installation de cabines de télémédecines, nous avons répondu à l’urgence. Et nous avons commencé à préparer l’avenir, en obtenant une première année de médecine à Bourg-en-Bresse, pour la rentrée 2022. C’est acté. Elle accueillera une cinquantaine d’étudiants, aindinois exclusivement. D’autres actions sont à venir, elles seront annoncées le 27 septembre.
Ces chantiers prioritaires, définis pour la première moitié du mandat, nous ont conduits à repenser les délégations. Le social notamment, cœur de compétence des départements, a été séparé en trois pôles. Preuve de son importance, la démographie médicale est attribuée à la première vice-présidente, Martine Tabouret [anciennement aux collèges, NDLR]. L’enfance et la famille ont été confiées à Hélène Maréchal (5e vice-présidente), l’insertion et l’emploi à Clotilde Fournier (9e vice-présidente). Nous avons voulu étaler la charge. Jean-Yves Flochon, par exemple, reste à l’agriculture et à la forêt, mais il n’a plus la contractualisation, confiée à Romain Daubié. Les délégations ne sont pas des chasses gardées. Je souhaite davantage de transversalité et d’échanges, que tout le monde participe dans les réunions de bureau.
Pourquoi n’avoir défini vos priorités que jusqu’à la moitié du mandat ?
Il est difficile, aujourd’hui, de raisonner à cinq ou six ans. Qui aurait pu prédire, quand j’ai pris la présidence au Conseil départemental en 2017, que nous aurions à affronter deux ans de pandémie. Nous avons donc préféré nous fixer des ambitions à court terme. De plus, nous ne savons pas quel sera le projet de l’État pour les départements. Nous verrons cela après la présidentielle. Notre échelon a pourtant montré toute sa pertinence pendant la crise. Fourniture de masques, gel, dépistage, vaccins… Les départements ont joué leur rôle, montré qu’ils sont tournés vers les citoyens, qu’ils sont des collectivités de proximité. On a beaucoup parlé du couple maire-préfet. Les Régions sont puissantes également. Mais, le duo le plus opérationnel aura été le couple département-préfecture.
Justement, vous venez d’être nommé vice-président de l’Association des départements de France. Vous allez pouvoir porter le message.
D’autant plus que j’en suis le porte-parole. C’est une belle reconnaissance pour l’Ain et une fierté personnelle. Et, cerise sur le gâteau, nous aurons l’honneur d’accueillir sur notre territoire, les assises des Départements, les 1er, 2 et 3 décembre. Elles seront l’occasion de faire passer à nos gouvernants et aux candidats à la présidentielle, des messages forts : Nous sommes proches des citoyens, que l’on arrête de nous empêcher d’agir !
Chaque Département est un laboratoire d’idées, mais ces dernières ne remontent jamais suffisamment. Nous allons donc les compiler et les porter aux devants de nos gouvernants actuels et futurs.
D’autres assises doivent avoir lieu, en lien avec une autre de vos priorités, la forêt. Pouvez-vous nous parler de ce rendez-vous prévu pour le 21 octobre ?
C’est un sujet qui me tient à cœur. La forêt relève d’un enjeu à la fois écologique et économique de préservation de la ressource. C’est une source de revenus pour les collectivités et les familles. Mais, la forêt est malade. Il faut la soigner et la valoriser. Il n’est pas normal que des grumes partent à l’export sans être transformées en France. Ce n’est pas du protectionnisme, mais du bon sens.
Nous avons un problème de prix qui empêchent les propriétaires privés et les communes forestières de tirer un revenu correct de leurs forêts, alors même que les bois transformés ont pris 30 %. En résineux, les bois sur pieds sont moins chers aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Entre les sécheresses et les insectes ravageurs, un patrimoine disparaît sous nos yeux. C’est dommage. D’autant que je suis persuadé que la construction bois a de l’avenir.
Vous parliez également de préserver la ressource en eau ?
Une prise de conscience collective est nécessaire. Nous devons apprendre à préserver l’eau qui nous tombe du ciel, pour notre agriculture, nos entreprises ou nos bâtiments publics. Pourquoi utiliser de l’eau potable pour les sanitaires des collèges par exemple ? Un système de récupération des eaux pluviales aurait en plus pour vertu de sensibiliser les jeunes.
Des jeunes qui figurent également dans vos priorités.
Tout à fait. Nous avons déjà mis en place à destination des collégiens des récompenses pour les parcours méritants – non pas pour les meilleurs élèves, mais pour ceux qui ont produit un véritable effort – et des formations aux premiers secours. Il reste à conduire des actions de sensibilisation à l’environnement, notamment dans le cadre du plan vélo, qui peut aussi recouvrir un volet sur la sécurité routière. Il faut également expliquer aux jeunes à quoi servent les collectivités, en particulier les départements, si l’on veut qu’ils puissent voter en connaissance de cause et lutter contre l’abstention. Enfin, on sent un manque de repères chez certains jeunes. Il faut réapprendre le vivre ensemble. Nous souhaitons notamment établir un plan de lutte contre le harcèlement à l’école.
Toutes ces propositions sont issues des remontées que nous avons eues du terrain, lors de la campagne électorale. C’est de la proximité que doivent venir nos idées.
Propos recueillis par Sébastien Jacquart








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