Les premières Assises départementales du bois ont mis au jour les menaces qui pèsent sur la ressource forestière aindinoise, mais aussi les atouts de sa filière.
L’année 2020 a été la plus chaude jamais enregistrée dans l’Ain, avec des chaleurs estivales hors normes. De fait, les attaques d’insectes ravageurs (les scolytes) se sont renforcées sur les épicéas. Les sapinières, déjà fragilisées, se sont dégradées. Quant aux feuillus, ils ne sont pas davantage épargnés, avec des rougissements précoces des hêtraies, liées à la sécheresse. Sans parler de la mortalité des buis, face à la pyrale. Aussi, le Conseil départemental a réuni, jeudi 21 octobre, ses premières Assises du bois et de la forêt, avec pour objectif de poser les enjeux et d’y répondre en amendant, dès le printemps prochain, le livre blanc de la filière établi pour la période 2020-2023. Un événement articulé autour de trois tables rondes : “Comment concilier préservation et exploitation de la ressource forestière ?” “Quel est le rôle du reboisement ?” “Comment garantir un usage local de la ressource ?”
Une année de récolte perdue
Victimes d’attaques de scolytes, une centaine d’hectares d’épicéas ne trouveront pas d’autre issue qu’une coupe rase. Un coup dur pour les propriétaires publics et privés, avec des bois à 10 % de leur prix normal, même pas de quoi financer la replantation. « Les communes risquent de ne plus être capables de financer le fonctionnement de leurs forêts. Les plans d’aménagement sont perturbés », a commenté Lucien Maire, vice-président d’Haut-Bugey Agglomération (HBA), à l’occasion de la première table ronde. « Les dépérissements représentent aujourd’hui l’équivalent d’une année de récolte », a signalé Anthony Auffret, directeur de l’ONF Ain-Rhône-Loire. Pour lui, cette situation pose des difficultés de trois ordres : écouler les bois, adapter les forêts et rétablir l’équilibre avec le gibier, expliquer au grand public la transformation rapide des paysages, notamment la nécessité des coupes rases. HBA prépare d’ailleurs une réunion publique afin de faire connaître les enjeux de l’exploitation forestière.
La question du morcèlement des parcelles et des “biens sans maître”, qui entravent la bonne exploitation de la forêt et empêchent d’agir vite face aux dépérissements, a été abordée dès cette première table ronde et a monopolisé la deuxième. Tout juste a-t-on appris qu’en termes de reboisement, 200 M€ étaient prévus au Plan de relance et que 47 dossiers avaient été déposés, dans ce cadre, dans l’Ain, pour un montant de 1 M€ et quelque 150 ha de plantations. Pour le reste, une centaine de communes sont éligibles à la récupération des biens dits “sans maître”. Ces parcelles dont les propriétaires ne sont pas connus et pour lesquelles la taxe foncière n’a pas été payée depuis au moins trois ans représentent quelque 260 ha. Selon le sénateur Patrick Chaize, 170 à 180 ha ont déjà été repris par les communes forestières, mais le nombre de parcelles éligibles se renouvelle tous les ans.
Des capacités industrielles
Quant à “garantir un usage local de la ressource”, Christian Collard, président de l’Association des architectes de l’Ain, note que le passage de la réglementation thermique 2012 à la réglementation environnementale 2020 devrait aider. « Elle prend en compte l’énergie grise du bâtiment sur 50 ans. Pour répondre à ses exigences, tout ce que l’on dessine aujourd’hui contient du bois. Mais, pour que ce bois soit local, nous devons trouver sur place, des chaînes de fabrication de produits techniques. » Cyrille Ducret, président des exploitants forestiers et des scieurs de l’Ain, répond que le département dispose d’une vraie capacité industrielle. Xylofutur se charge de son côté d’encourager les entreprises à innover et fabriquer les produits attendus par le secteur de la construction. « En 16 ans d’existence, notre pôle a labelisé 256 projets et obtenu des financements pour 175 d’entre eux, pour un total de 261 M€ », relève Stéphane Vives, président du comité territorial de Xylofutur. Jean-Yves Flochon, vice-président du Département en charge de la forêt, retiendra d’ailleurs en conclusion, que l’Ain dispose d’un socle sur lequel s’appuyer.
Dépérissements : les réponses ?
Chargée de territoire Nord-Est de l’institut technique FCBA (Forêt, bois, cellulose, ameublement), Nathalie Mionetto a évoqué plusieurs expérimentations conduites en réponse aux enjeux de la gestion forestière et de l’adaptation au changement climatique. Parmi elles figure un projet de caractérisation de l’aptitude à la transformation des épicéas scolytés, pour la construction. Il s’agit notamment de vérifier leurs propriétés techniques, d’identifier les éventuels traitements permettant leur utilisation ou de faire évoluer les attitudes face à certaines conséquences des attaques de scolytes, comme la teinte du bois. Des essais de sciage et de séchage sont réalisés ou en cours. Il reste à évaluer la qualité du collage et de la finition des bois. Un travail similaire pourrait d’ailleurs être conduit sur les hêtres dépérissants qui souffrent eux aussi des sécheresses à répétition. Quant au projet Boom, il veut évaluer les moyens de récolter les feuillus dépérissant, sans mettre en danger les opérateurs, face au risque de chutes de branche.
78
Avec 78 millions de mètres cubes, Aura s’affiche comme la première région en termes de gisement de sapin, devant le Grand Est (40 millions). Xylofutur et le pôle Fibres Énergivie évaluent le traitement par autoclave de cette ressource pour une utilisation en extérieur.
Sécurité : Des bornes en forêt
« Les usages se développent en forêt, mais également les incendies, peut-être à cause du réchauffement climatique », relève Jean Deguerry qui, en plus d’être le président du Conseil départemental, préside aux destinées de Haut-Bugey Agglomération. Cette dernière vient donc de signer une convention avec le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) et l’ONF, pour un bornage de ses forêts. Quelque 349 bornes, des « points de regroupements des secours », selon Hugues Deregnaucourt, directeur du Sdis, vont être installées, qui permettront de faciliter le signalement d’accidents d’exploitation ou de loisirs dans les bois, voire, les départs de feu. « Plus de 100 ha ont brûlé au cours de la dernière décennie. Et nous avons des feux de plus de 5 ha, depuis cinq ans, ce qui était auparavant exceptionnel. Heureusement, nous faisons partie des territoires qui ont investi dans des moyens de lutte », note le colonel qui espère voir ce bornage s’étendre à tout le département.
Sébastien Jacquart








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