Entrée en vigueur en 2020, la loi Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec) prévoit 100 % de plastiques recyclés en 2025 et veut imposer le réemploi des emballages. Mais les solutions techniques se font désirer.
Selon un sondage réalisé auprès des entreprises agroalimentaires et fournisseurs d’emballages de la région, 98 % se sentent concernés par la loi Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec). Et si les trois quarts ont eu vent des mesures associées à la mise en œuvre de ce texte, ils sont 96 % à souhaiter en savoir plus.
« Cette loi se décline en cinq grands axes : sortir du plastique jetable, mieux informer le consommateur, lutter contre le gaspillage et pour le réemploi solidaire, agir contre l’obsolescence programmée et mieux produire. Le premier et le dernier nous impactent particulièrement », commente David Allain, directeur du Centre technique pour la conservation des produits agricoles (CTCPA), à Bourg-en-Bresse (sur Alimentec). Un site qui constitue le pôle emballage du centre technique industriel, également estampillé Institut technique agro-industriel (ITAI), avec deux laboratoires. L’un orienté chimie : tests de migration et autres évaluations des teneurs résiduelles au sein du matériau pour certifier sa compatibilité avec un contact alimentaire. L’autre axé sur la performance, notamment en matière d’étanchéité, de résistance mécanique, de scellage, etc. « Ces compétences nous conduisent à intégrer la réflexion sur le recyclage, à travailler sur les vernis de boîtes de conserve, à réaliser des prédictions de durée de vie ou encore des tests de vieillissement accéléré. De fait, nous sommes acteurs de l’adaptation à la loi Agec et son décret d’application dit 3R (réduction, réemploi, recyclage), note David Allain. La réduction de l’impact environnemental de l’emballage et de l’aliment emballé est une thématique que l’on étudie beaucoup. »
Un texte ambitieux
Le texte est extrêmement ambitieux. Il fixe non seulement l’abandon des plastiques à usage unique pour davantage de réemploi à l’horizon 2040, mais plus encore un objectif de 100 % d’emballages recyclables mis sur le marché en 2025. Autant dire demain.
« Réutiliser, pourquoi pas, remarque le directeur local du CTCPA, mais nous allons avoir des impacts liés au nettoyage de contenants pour lesquels il faudra de toute façon envisager une fin de vie vertueuse, autant que possible. Les premiers industriels qui ont commencé à intégrer les nouveaux systèmes nous alertent sur le coût extrêmement élevé du nettoyage, à ce jour, et sur la nécessité d’avoir des solutions de proximité pour limiter le transport. »
Aujourd’hui, le verre, le métal et l’inox paraissent les mieux placés pour le réemploi car « ils tiennent dans le temps, sont lavables et sont recyclables à l’infini. Mais, les emballages sont consommateurs d’énergie et émetteurs de gaz à effet de serre tout au long de leur cycle de vie. C’est leur impact global qui devrait être pris en compte », insiste le spécialiste.
Côté plastiques, « nombre d’industriels et de metteurs en marché y réfléchissent, mais les questions sont nombreuses : le réemploi peut-il s’envisager avec des contenants en polyéthylène ? En d’autres résines ? Combien de réutilisations vont être possibles ? Le CTCPA est en train de mettre en place des tests pour essayer de répondre à toutes ces interrogations ».
Les changements qu’introduit cette loi « impliquent non seulement les producteurs, mais également les consommateurs, enchaîne le directeur. Avec davantage de vrac et de réemploi, c’est même le modèle de la grande distribution qui est remis en question ».
Recyclage et matières
Quant au recyclage, il pose un vrai problème de tri pour avoir un rendement efficace. « En France, nous sommes davantage orientés vers un recyclage mécanique, plutôt que chimique comme certains de nos voisins, par exemple l’Espagne. Ceci explique que les consignes de tri ont été étendues un peu partout dans l’Hexagone, sous la pression de Citéo (NDLR : l’éco-organisme financé par les entreprises du secteur de la grande consommation et de la distribution). Il s’agit d’augmenter les gisements », remarque David Allain.
Qu’en est-il par ailleurs de la question de l’alimentarité des matières recyclées ? « Nous avons beaucoup travaillé sur le polytéréphtalate d’éthylène (PET), afin de valider notamment, le process de décontamination et de regranulation pour la production de plastiques inertes, souligne David Allain. Sur les autres résines (polypropylènes, polyéthylènes, etc.), nous planchons sur les moyens de les remettre dans une économie circulaire. On commence à trouver des polypropylènes recyclés en usage alimentaire, mais le gros des utilisations aujourd’hui sont hors agroalimentaire. »
Du côté des producteurs d’emballage, on se débat aussi pour savoir si son produit rentre dans la définition du plastique à usage unique, à savoir les matières « fabriquées avec des polymères naturels modifiés » et « fabriquées à partir de matières premières d’origine biologique, fossiles ou synthétiques n’existant pas naturellement dans l’environnement ».
Une définition qui exclut les celluloses, notamment la cellophane, mais inclut l’acétate de cellulose. Pour aider les filières à y voir clair, une réflexion baptisée Stratégie 3R a donné lieu à une étude de 260 pages qui tâche de voir pour chacune d’elles, si les objectifs sont atteignables ou pas, et d’identifier des solutions. « Je pense que nous allons vers un remodelage du décret 3R par filière », en déduit David Allain. À suivre.
70 %
Des financements de l’Ademe jusqu’à 70 % sont disponibles pour accompagner études et expérimentations, et jusqu’à 55 % pour aider aux investissements.
Les industriels refroidis
Les industriels de l’agroalimentaire ne sont pas très chauds pour s’exprimer sur les implications de la loi Agec sur leurs activités. Ceux que l’Eco a essayé de joindre se sont tous montrés frileux à l’idée que leurs clients, notamment de la grande distribution, puissent avoir vent de leurs difficultés à trouver des réponses. Le problème n’est pourtant pas simple. « Les options techniques manquent à ce jour, confie l’un d’eux sous couvert d’anonymat. Les solutions papier-carton ne sont pas adaptées à nos produits, à cause des graisses. Et nous sommes confrontés à des problématiques de scellage. »
Selon le sondage réalisé auprès des acteurs régionaux, les entreprises agroalimentaires attendent un annuaire des fournisseurs, un éclairage sur les filières de recyclage actuelles et à venir, ainsi que sur les innovations disponibles, la mise en place d’un système d’achats groupés et un point sur les dispositifs de financement État-Région sur la thématique de l’emballage.
Sébastien Jacquart








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