Les créations d’entreprise en très forte croissance et les défaillances toujours au plus bas traduisent la bonne santé économique de nos départements… mais l’avenir reste incertain.
Malgré le Covid, les entreprises des Pays de Savoie ont connu pour la plupart un net redressement de leur activité en 2021 et ce dynamisme a boosté la création d’entreprises : 7 120 en Savoie et 13 037 en Haute-Savoie. Les deux tiers sont des microentreprises dont la croissance s’accentue au fil des années, mais pas au détriment des sociétés commerciales qui progressent de près de 35 % par rapport à 2020.
« On n’a jamais vu des progressions pareilles, affirme Frédéric Mey, greffier du Tribunal de Commerce de Chambéry. Les créations d’entreprises progressent habituellement de 6 à 7 %. Pour les commerçants, on a atteint les 30 %. C’est considérable sachant que 2020 était déjà une année record ! Il ne s’agit donc pas d’un rattrapage suite au Covid. »
30 : c’est , en pourcentage, la hausse annuelle du nombre d’entreprises accompagnées par le réseau Initiative Grand Annecy en 2021, un record. Cela représente 150 entreprises financées, portées par 209 entrepreneurs. Au total, 380 emplois ont été créés et 2,2 millions de prêts ont été délivrés. Du côté de la Savoie, ce sont 121 projets qui ont été financés (+24,7 %), pour 313 emplois directs créés ou maintenus et 1,2 million d’euros de prêts d’honneur engagés.
Sources : Initiative Grand Annecy et Initiative Savoie


Créations en hausse dans tous les secteurs
Entre 2020 et 2021, tous les secteurs d’activité de nos départements ont enregistré une hausse de leurs immatriculations. La palme de la croissance revient aux activités de transport et d’entreposage (+101 % en Savoie et +109 % en Haute- Savoie). Parmi les secteurs les plus représentés au sein des immatriculations au Registre du commerce et des sociétés figurent les prestations en amont et en aval de l’immobilier, le transport routier lié à l’explosion des ventes sur internet, et la restauration rapide.
Parallèlement à ces créations, en 2021, 1 945 entreprises ont disparu du paysage savoyard et 3 037 en Haute-Savoie, près d’un quart dans le secteur du commerce. Les entreprises liées au tourisme ont beaucoup souffert en raison de la fermeture des remontées mécaniques et des diverses restrictions sanitaires, mais cela reste conjoncturel.

L’industrie mécanique en revanche semble faire face à des mutations beaucoup plus structurelles, en raison de la hausse du prix de l’énergie et des matières premières. Sans oublier que l’industrie automobile vit une révolution avec la fin du moteur thermique programmé pour 2035 d’où une inquiétude : la production d’un véhicule électrique nécessite six fois moins de pièces…
Défaillances en baisse continue
Point rassurant, les nombreuses radiations interviennent dans les secteurs qui sont aussi les plus dynamiques en termes de création. Ainsi, pour les activités immobilières, le commerce, le transport et l’entreposage, le solde reste largement positif. Les entreprises existantes résistent bien et les défaillances en cascades auxquelles on aurait pu s’attendre après la crise Covid n’ont pas eu lieu.
« Nous assistons à une baisse continue depuis 2019, confirme Jean-Louis Perrin , président du Tribunal de commerce d’Annecy, et elle est encore plus flagrante dans les années qui précèdent : entre 2013 et 2015, on avait 450 ouvertures de procédures collectives par an pour le TC d’Annecy. On en a aujourd’hui trois fois moins (160). » Cette baisse ne veut pas dire pour autant que les entreprises en difficulté sont moins nombreuses. Elle s’explique d’un côté par les modifications temporaires de réglementation sur la cessation de paiements et de l’autre par l’ensemble des mesures publiques de soutien aux entreprises en difficulté.
25 986 : il s’agit du nombre de micro-entrepreneurs économiquement actifs à n juin 2021 : 9 374 en Savoie et 16 612 en Haute-Savoie. C’est 19,6 % de plus que six mois plus tôt. Les chiffres d’affaires trimestriels moyens s’élevaient respectivement à 4 586 euros et à 4 598 euros.
Source : Acoss-Urssaf

Des difficultés à prévoir
Si la situation s’améliore, il faut cependant la nuancer en ce qui concerne les ouvertures de procédures en redressement judiciaire : « La quasi-totalité se fait en liquidation, ce qui veut dire qu’il n’y a aucune possibilité de redressement parce que l’entreprise est trop obérée ou que le dirigeant a jeté l’éponge », souligne Jean-Louis Perrin.
Le nombre de liquidations judiciaires baisse (passant de 199 en 2019 à 115 en 2021 pour le TC d’Annecy), mais moins que les redressements judiciaires (37) et elles représentent tout de même 75 % des procédures. » 2021 a donc été une année atypique, car on ne mesure pas encore toutes les conséquences de la crise sanitaire, si ce n’est qu’au premier trimestre 2022, les ouvertures de procédures s’accélèrent. L’an dernier, les entreprises ont bien utilisé les facilités qui leur étaient offertes et ont eu recours au chômage partiel et au prêt garanti par l’État (PGE), pour se maintenir.
« Les PGE ont représenté une aide d’un quart de chiffre d’affaires annuel et il faut normalement les rembourser sur quatre ans. Les entreprises devront donc prélever 6 % chaque année sur leurs marges pour rembourser leur PGE », calcule Jean-Louis Perrin. Même pour celles qui ont les reins assez solides, les remboursements se feront au détriment des investissements. Dans l’industrie où les besoins en investissements sont très lourds, cela risque de poser problème.



Par Sylvie Piaget








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