Si les nuages (pénuries, inflation, prix de l’énergie) s’amoncellent, des carnets de commande pleins laissent la Fédération du bâtiment et des travaux publics de l’Ain envisager l’avenir avec une relative sérénité.
Tout à son bonheur de se retrouver en présentiel après deux ans de pandémie, la fédération départementale du bâtiment et des travaux publics (BTP Ain) a conduit, vendredi 20 mai, une assemblée générale tout entière tournée vers le futur, malgré de sérieuses ombres au tableau. « Après deux ans de covid, nous attendions une embellie. La croissance était bien partie. Mais la guerre en Ukraine a tout remis en question. Nous vivons une période de grande tension, génératrice de lassitude. L’environnement est complexe, entre la flambée des matériaux,de l’énergie et des salaires (qui ne fait que commencer), les difficultés de recrutement et les problèmes de marges. Mais, il reste une bonne nouvelle : nous avons des carnets de commandes bien garnis. Et certaines mutations en cours appellent de l’activité supplémentaire. Nous pouvons donc être raisonnablement optimistes », a résumé son président, Pierre Convert.
À l’échelon national, la Fédération du bâtiment (FFB) a adressé 85 propositions aux candidats aux législatives, « pour une France de bâtisseurs ». Celles-ci sont bien évidemment relayées localement, avec une urgence, pour Pierre Convert : « Nous travaillons auprès des maîtres d’ouvrage et des maîtres d’œuvre pour que les marchés intègrent des clauses de révision. Car les entreprises ne peuvent pas être la variable d’ajustement entre le prix des marchés et le prix des matières premières. Il en va de leur survie. »
L’énergie, nerf de la guerre
Mais, au-delà de ces questions de prise en compte de l’inflation, envisager l’avenir pour le BTP, c’est d’abord relever les défis de l’énergie. « Le bâtiment et les travaux publics représentent 44 % de la consommation énergétique nationale et 25 % des émissions de gaz à effet de serre. Le secteur joue un rôle qui dépend des donneurs d’ordres, en particulier des collectivités, a rappelé Martine Tabouret, vice-présidente du Conseil départemental de l’Ain. Le Département a mis en place des actions telles que le choix d’émulsions nécessitant moins de chauffe pour l’entretien des routes, un audit de l’ensemble de nos bâtiments en vue de travaux d’amélioration ou encore, la construction de collèges répondant au référentiel E3C1, le plus haut niveau de performance environnementale. »
Pour Patrick Martin, président délégué du Medef, dirigeant du groupe burgien Martin Belaysoud Expansion (distributeur professionnel en sanitaire, chauffage, électricité, fourniture industrielle et équipements de protection individuelle), aux 350 milliards d’euros d’investissements annuels nécessaires pour la transition énergétique, il conviendrait d’ajouter 30 à 40 milliards pour décarboner l’économie. Autant de marchés dont le BTP pourrait être bénéficiaire. « Le Medef est favorable à une planification écologique car nous avons besoin de visibilité, a-t-il considéré. Mais, il faut garder une variabilité technologique, faire confiance aux acteurs économiques sans les enchâsser dans des réglementations qui très vite se périment. »
De même, Pierre Convert a estimé qu’il faudrait peut-être amender la réglementation environnementale (RE) 2020. « C’est une très bonne idée de décarboner le secteur de la construction. C’est une opportunité pour nos entreprises de montrer leur savoir-faire. Mais, les mesures ont été décidées avant la flambée des prix et les pénuries. Le timing n’est plus le bon. On ajoute des surcoûts aux surcoûts », a-t-il lancé « inquiet que le marché ne puisse plus absorber les hausses de prix ».
Les ardeurs de la RE 2020
Un écueil a notamment été relevé par François Turland, président du bureau d’études Bastide-Bondoux à Chaponost : la tentation de certains donneurs d’ordre d’anticiper les prochains jalons de la réglementation. « Or, a-t-il expliqué, si différentes étapes ont été définies, c’est justement pour permettre au tissu économique de s’adapter. À trop anticiper, on risque de créer des difficultés, alors qu’il s’agit de tirer tout le monde vers le haut. » Celui-ci a rappelé d’ailleurs qu’en termes de sobriété énergétique (l’un de ses trois objectifs avec la décarbonation et l’intégration des notions de confort, notamment d’été), la RE 2020 visait déjà une surperformance de 30 % par rapport à la RT 2012. Une surperformance dont Patrick Martin s’est demandé si elle était bien justifiée. « Nous estimons que le prix de la tonne de CO2 devrait se situer autour de 150 euros. Avec la RE2020, la tonne de carbone se situerait plutôt autour des 800 euros. On ne s’est pas inquiété de la capacité à suivre de la filière, ne serait-ce qu’à trouver des compétences. Nous avons besoin d’une étude d’impacts sur le plan écologique, économique et social. » Et le président délégué du Medef d’insister sur le besoin d’évolutivité de la norme, d’adaptabilité aux technologies.
Pierre Convert reste cependant confiant sur la capacité à faire face à la réglementation, « pourvu que nous ayons les matériaux et les solutions techniques ». S’il demande que la RE 2020 puisse être amandée, c’est seulement pour tenir compte de la crise actuelle.
Des projets porteurs
Pour envisager l’avenir avec optimisme, BTP Ain avait invité Pierre Boyer, directeur de la centrale du Bugey, et Franck Ramillien, directeur du site d’Etrez de Storengie, le premier pour évoquer l’éventualité de nouveaux réacteurs nucléaires dans l’Ain, le deuxième pour parler du stockage d’hydrogène en cavités salines. Concernant Bugey, parce que le Président Macron a décidé la construction de trois paires de réacteurs à eau pressurisée (EPR) pour 50 milliards d’euros, voire encore quatre de plus, EDF s’est mis en quête de terrains. Il lui faut trouver 150 ha et obtenir les certificats d’urbanismes nécessaires auprès des collectivités. Pour le BTP, c’est la promesse de 10 à 15 ans de travaux, notamment en génie civil et gros-œuvre, pour 2 000 personnes en moyenne, avec des pics à 3 500. Quant à l’expérimentation du stockage d’hydrogène, elle a déjà généré des travaux de terrassement et d’équipement pour deux entreprises locales, Floriot et Soteb, avec un premier chantier en juin.
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Dans le cadre du Plan de relance, 72 milliards sont dédiés à la rénovation des bâtiments
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Le bâtiment représente 10 % du PIB français, selon Olivier Salleron, président de la FFB.
Sébastien Jacquart








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