Dénommée « pôle d’échanges multimodal transitoire », la nouvelle gare de Saint-Jean-de-Maurienne, étape du Lyon-Turin, vient d’être inaugurée.
« Cette gare transitoire montre les apports que peut avoir le Lyon-Turin pour le territoire » analyse Sébastien Fournier, chef de projet SNCF Réseau, responsable de la maîtrise d’ouvrage. Le pôle d’échanges multimodal (PEM) transitoire de Saint-Jean-de-Maurienne, autrement dit gare temporaire, accueille les voyageurs depuis le 14 juin, en remplacement de la gare historique de la ville, située quelques centaines de mètres plus loin. Une réalisation qui symbolise, si besoin était, l’avancement des travaux de la ligne Lyon-Turin.
Tout en longueur, le nouveau bâtiment, qui fait la part belle au bois et qui vient d’être inauguré après un an et demi de travaux, sera à son tour remplacé par la gare internationale TGV définitive de Saint-Jean-de-Maurienne en 2027. Mais d’ici là, de nombreux autres chantiers auront changé quelque peu la physionomie des 4 kilomètres séparant la ville de l’entrée du tunnel située à Saint-Julien-Montdenis. « Nous avons un gros programme de travaux à réaliser d’ici 2030, détaille Sébastien Fournier, pour un montant global de 680 millions d’euros. De nombreux ouvrages seront construits sur ces 4 kilomètres pour l’interconnexion entre la ligne existante et la nouvelle. »

C’est d’ailleurs en prévision de la construction de l’un d’entre eux que le PEM a vu le jour. L’entrée du tunnel étant à une dizaine de mètres plus haut, il est en effet nécessaire de construire des rampes et autres ouvrages pour permettre l’interconnexion ferroviaire. Un viaduc va ainsi être bâti sur l’Arvan pour sept voies ferrées (contre quatre aujourd’hui). « La préfabrication du tablier de ce viaduc sera réalisée sur l’emplacement de la gare historique, poursuit-il, c’est pourquoi il fallait construire le PEM qui permet la poursuite de l’exploitation jusqu’à la mise en service de la gare internationale TGV définitive. » La gare historique de Saint-Jean-de-Maurienne va quant à elle être démolie d’ici la fin de l’été.
Nettement agrandie, très lumineuse et beaucoup plus confortable, la gare temporaire a aussi été pensée pour s’adapter aux flux de voyageurs. En période basse, une partie peut être fermée sans gêner l’exploitation par SNCF gares et connexions. Le pôle regroupe également la gare routière (avec 8 quais abrités), un parking, un espace pour les taxis, des places pour les motos et pour les vélos. Son coût de 7 millions d’euros a été entièrement financé par Telt (Tunnel euralpin Lyon-Turin).
Si l’équipement change la physionomie de la ville, ses accès modifient également les habitudes des riverains. Telt et SNCF Réseau ont mis en service de nouveaux axes routiers pour mieux desservir les quartiers environnants et rendre la gare plus accessible. Telt a réalisé une nouvelle section de route permettant un accès direct, depuis la RD 906, à la gare et à la nouvelle base travaux du Lyon-Turin. Celle-ci se connecte via un nouveau rond-point à trois rues existantes dont les tracés ont été modifiés par SNCF Réseau : Louis Sibué, Bastille et René Cassin. Cette dernière emprunte désormais le nouveau pont-rail, installé en novembre 2020, chargé d’accueillir les voies ferrées de la ligne historique entre Chambéry et Modane, ainsi qu’une voie supplémentaire d’accès fret dédiée à l’usine Trimet.
Un peu plus loin, à Villargondran, SNCF Réseau a, depuis fin 2021, modifié le plan de circulation, situé à 2,5 km du PEM transitoire. Cette opération s’inscrit dans un chantier plus global visant à créer, d’ici au printemps 2023, l’espace nécessaire à la réalisation des futures voies ferrées entre l’Arc et la gare de Saint-Jean-de-Maurienne.
D’ici 2030, d’autres modifications seront intervenues dont la création de 30 kilomètres de voies ferrées entre la gare et l’entrée du tunnel, la construction du viaduc sur l’Arvan, la création d’un poste d’aiguillage informatisé, la construction d’un « saut-de-mouton » pour permettre le croisement dénivelé futur de la ligne nouvelle et de l’ancienne, l’édification de deux ponts pour permettre le passage de la RD 906 sud sous les voies ferrées, et la modification des voiries voisines pendant la durée des chantiers.

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Renforcement du réseau électrique
Le réseau électrique de Maurienne va aussi être restructuré. RTE (réseau de transport d’électricité) et la société d’économie mixte Sorea (Société des régies de l’Arc) viennent de signer une convention de partenariat visant à réorganiser le réseau. Concrètement, le poste de la régie Sorea « Le Col », implanté actuellement au col du Télégraphe à Valloire, sera reconstruit en fond de vallée. Il sera alimenté par une future liaison souterraine à 225 000 volts depuis le poste de Longefan (Saint-Jean-de-Maurienne) qui remplacera l’actuelle ligne aérienne à 150 000 volts. Le futur poste assurera toujours une alimentation sécurisée des stations de sport d’hiver grâce à de nouvelles liaisons souterraines. Il permettra également d’anticiper les futurs besoins d’électricité de la Maurienne. «Le développement du réseau de RTE est nécessaire pour alimenter en énergie électrique la section transfrontalière de la future liaison ferroviaire du Tunnel Euralpin Lyon-Turin », explique Gilles Obrecht, responsable du projet pour RTE. Un projet estimé à 125 millions d’euros avec une mise en service prévue en 2029.
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Sur le front des excavations
Les chantiers d’excavation du tunnel progressent. A Saint-Julien-Montdenis, les excavations sont en cours : il faut enlever environ 120 000 m3 de matériaux et renforcer les sols par la projection de ciment à haute pression. Environ 700 colonnes sur 850 ont été réalisées. A Saint-Martin-la-Porte, suite au creusement des 10,5 km du tunnel de base, les opérations de consolidation continuent durant tout l’été. Sur la plateforme de La Praz, l’excavation des niches le long de la descenderie existante (nécessaires au retournement des engins), se poursuit. Le 30 juin, la réalisation de la cinquième niche a été achevée. Au chantier de Villarodin-Bourget/Modane et Avrieux, environ 50 % de la galerie de ventilation est réalisée.
A noter qu’en mars 2022, les chantiers Telt et SNCF Réseau représentaient 1 115 emplois. Au 31 décembre 2021, 32 % des entreprises sous-traitantes travaillant sur les 4 chantiers étaient mauriennaises (60 sociétés pour 40 ME de contrat), 6 % d’autres régions de Savoie, 24 % d’ailleurs en Auvergne Rhône-Alpes, 31 % d’ailleurs en France et 7 % de l’étranger.








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