Si le département est relativement épargné par les pics de pollutions, un certain nombre de polluants sont présents de manière chronique, à des niveaux préoccupants. Les entreprises sont invitées à se saisir du sujet.
Vendredi 14 octobre c’est la sixième Journée nationale de la qualité de l’air. Un domaine dans lequel l’Ain n’est pas trop mal loti. « Si l’on regarde l’ensemble des paramètres, la situation s’améliore partout, y compris chez nous, sous l’effet du renouvellement des parcs automobiles, des moyens de chauffage, etc., vers des systèmes plus performants », explique Baptiste Dussutour, chef adjoint du service connaissance études et prospective de la Direction départementale des territoires (DDT). « Nous comptons peu de pics de pollution, à la différence des grandes agglomérations. Ceux que l’on a, essentiellement sur l’ouest du département, nous viennent d’ailleurs souvent des territoires voisins. »
Mais, comme le noterait une grande marque de produits agroalimentaires, « ce n’est pas parce que c’est déjà fait, qu’il ne faut rien faire ». Car si l’Ain échappe peu ou prou aux pics, les niveaux chroniques de certains polluants restent préoccupants, notamment les particules fines inférieures à 2,5 microns (PM 2,5) sur l’ensemble du territoire ou les oxydes d’azote (Nox) sur les secteurs à forte circulation automobile.
Les concentrations en ozone restent par ailleurs élevées. « Elles tendent à s’aggraver en Auvergne Rhône-Alpes et sur tout le sillon rhônalpin, note Baptiste Dussutour. C’est un polluant qui se recombine à partir d’autres, comme les oxydes d’azote ou les composés organiques volatils (COV), notamment sous l’effet du soleil. Il a également la spécificité d’être très mobile. Il faut donc agir sur l’ensemble des territoires pour obtenir un impact positif. Irritant, il peut aussi affecter les rendements agricoles car il ralentit la croissance des végétaux. »
Enfin, dans un tout autre registre, les pollens d’ambroisie figurent au nombre des préoccupations en hausse. Cette plante invasive et très allergisante remonte vers le nord du département où l’on compte désormais quelque 40 jours par an de risque allergique significatif.
Les sources de pollution peuvent se recouper, mais globalement, à chaque secteur son ou ses polluants. Les Nox trouvent essentiellement leur origine du côté du trafic routier, d’où l’importance de choisir des véhicules moins ou non-polluants.
Les particules fines telles que les PM5 et PM10, sont plutôt issues de fumées de chauffage ou du brûlage des déchets verts. Ce dernier étant interdit, le principal levier est à chercher dans l’amélioration des équipements de chauffage au bois. « Les collectivités agissent à travers leurs Plans climat-air-énergie territorial (PCAET) qui visent à répondre aux enjeux locaux de lutte contre le changement climatique, d’amélioration de la qualité de l’air et de la transition énergétique. Autant de sujets qui se recoupent », observe encore le représentant de la DDT. C’est d’ailleurs cette transversalité qui pousse l’État à relayer davantage cette Journée nationale de la qualité de l’air à un échelon plus régional.
Des entreprises forces de proposition ?
Élaborés avec les forces locales, au premier rang desquelles les acteurs économiques, ces PCAET cherchent à agir sur les champs de l’habitat, de l’agriculture, de la mobilité ou des entreprises. De nombreuses activités industrielles sont soumises à des normes en matière de rejets atmosphériques dont la direction régionale à l’environnement (Dreal) vérifie le respect. Aussi, les entreprises sont plutôt invitées à agir sur le volet des transports, notamment à travers les Plans de mobilité employeurs, pour les trajets domicile-travail comme pour les trajets professionnels proprement dits.
« Ces plans contribuent à la mise en place solutions alternatives : covoiturage en interne, installation de bornes de recharge, incitations à l’utilisation du vélo ou des transports en commun…, énumère Baptiste Dussutour. Sur ce dernier point, les entreprises, en concertation les unes avec les autres, peuvent d’ailleurs être force de proposition auprès des collectivités pour la définition des circuits ou des arrêts. On peut même imaginer qu’elles puissent prendre en compte ces éléments dans leurs choix d’implantation. C’est aussi un vecteur d’attractivité pour elles. »
Des entreprises engagées
Dix structures du bassin de Bourg-en-Bresse – entreprises, administrations, collectivités et services publics – ont participé à l’automne 2019, à une action pilote pour rendre les déplacements domicile-travail moins émissifs, notamment en planchant sur le télétravail et les moyens de formaliser et faciliter le covoiturage. Parmi celles-ci, on retrouvait aux côtés de la Direction départementale des territoires, Dynacité. Pour le bailleur social, qui compte aujourd’hui quelque 580 collaborateurs, cette expérimentation avait pris la forme d’une information à l’ensemble des salariés du siège et au comité social et économique, puis d’un speed dating du covoiturage. Un certain nombre de pistes d’action en avaient émergé, hélas mises à mal par la crise sanitaire. Reste que Dynacité a continué de participer crescendo au Challenge de la mobilité. En 2022, pas moins de 114 membres du personnel sont venus au travail autrement, pour un cumul 1 684 km (dont 1 375 en covoiturage).
7 à 10 %
Selon Atmo, structure chargée de surveiller la qualité de l’air, l’Ain a contribué à hauteur de 7 à 10 % des émissions de polluants en région, 7 % pour le dioxyde de soufre, 9 % pour les COV, les Nox et les PM 2,5, 10 % pour les PM10 et l’ammoniaque.
Au Pipa, la preuve par les lichens
Par deux fois, en 2009 et en 2018, le Parc industriel de la Plaine de l’Ain (Pipa) a évalué sa qualité de l’air à travers une étude des lichens. Conduite par Aair Lichens sur la base de 118 relevés de flore, elle avait conclu à une amélioration, alors même que le parc n’a cessé de se développer dans l’intervalle. Seulement 15 % des zones mesurées avaient un air notablement modifié par l’activité humaine alors que 58 % affichaient un air de bonne, très bonne ou excellente qualité. L’aménagement du parc avec ses larges avenues permet une bonne aération pour évacuer les polluants tandis que ses 326 hectares d’espaces verts font office de barrière naturelle et de filtre. Depuis, le Pipa a continué d’agir entre lignes de covoiturage, hubs de mobilité, vélos à assistance électrique en libre-service ou encore tout récemment, lignes de transport à la demande (lire Eco de l’Ain du 15 septembre). De quoi faire progresser encore sa performance.
Sébastien Jacquart








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