En visite dans l’Ain, la filière porcine hexagonale a mis en avant son caractère autosuffisant, mais aussi les menaces qui pèsent sur cet atout de notre souveraineté alimentaire.
Avec l’équivalent de 105 % de la consommation intérieure, la France se trouve en position d’autosuffisance en matière de production porcine. Une position qu’il convient toutefois de conforter, selon la filière, qui s’inquiète de la flambée actuelle des coûts de l’énergie, après un boom des prix de l’alimentation animale.
En 2021, les éleveurs hexagonaux ont produit 23,3 millions de porcs, soit 2,25 millions de tonnes équivalent carcasse (Mtec), qui vont donner 1,6 Mtec de charcuterie. La France se situe ainsi au 3e rang européen, avec 9,7 % de la production porcine de l’Union, derrière l’Espagne (21,6 %) et l’Allemagne (20 %). Mais, « avec un surcoût énergétique pouvant représenter jusqu’à 8 % du chiffre d’affaires en 2022, bon nombre d’entreprises de transformation ne pourront pas survivre », s’alarme l’Inaporc, en voyage de presse dans l’Ain jeudi 24 novembre (lire ci-dessous). « Une absence de mesures de plafonnement de l’énergie en France, comparables à celles de l’Espagne et de l’Allemagne, va immanquablement favoriser les importations de viandes et de charcuterie et par là même remettre en question la souveraineté alimentaire française en matière de produits porcins. Sur les sept premiers mois de l’année, les importations ont déjà progressé de 6,6 % ». À défaut de plafonnement, la hausse se répercutera peu ou prou sur le consommateur, avec le risque d’une baisse de la demande donc des cours. « Ce processus est déjà enclenché : le cours du porc est passé de plus de 2 €/kg cet été, à 1,81 €/kg au mois de novembre. »
« L’alimentation animale représente 75 % de nos coûts, avec des céréales à 400 €/t aujourd’hui, contre 240 €/t, 18 mois plus tôt, commente François Valy, président de la Fédération nationale porcine et vice-président de l’Inaporc. Mais même dans la perspective d’une détente des cours des céréales, il nous faudra compter une hausse de 10 à 15 €/t des aliments, entre l’inflation de l’énergie et des coûts de main-d’œuvre. Concernant l’énergie, l’essentiel des exploitations fonctionnent à l’électricité, la plupart avec des installations au-dessus de 36 kilovolts ampères (kVA). Certaines sont encore sous contrat voire sous contrats groupés. Mais même dans ce dernier cas, les renouvellements se traduisent par une multiplication par trois des tarifs, soit une hausse de 2 à 10 centimes par kilo de porc. Nous sommes inquiets car si l’aval ne parvient pas à répercuter ces hausses, les producteurs risquent d’être la variable d’ajustement ou de voir leurs clients se fournir à l’étranger, là où des boucliers tarifaires auront été mis en place, comme en Espagne. »
L’enjeu de souveraineté alimentaire se trouve là, à court comme à moyen terme. « La moyenne d’âge des éleveurs s’élève à 53 ans. Dans dix ans, la moitié des exploitations seront à renouveler. Cela nécessitera des capitaux, souligne François Valy. Aussi, il faudrait que nous ayons un minimum de contrats garantissant 10 à 30 % des achats au prix de revient. »
Les savoir-faire locaux mis en lumière
Depuis peu, La Bresse et la Ferme de Montburon sont partenaires dans la création d’une filière Porc de Bresse.

Si 75 % de la filière porcine française se trouve en Bretagne, c’est l’Ain que l’Inaporc a choisi pour montrer ses savoir-faire et évoquer ses enjeux, lors d’un voyage de presse organisé jeudi 24 novembre. Et pas seulement pour des raisons de facilités de transport depuis Paris. Reprise en 2019 par la coopérative Agrial, la charcuterie La Bresse, à Servas, est emblématique de l’industrie du secteur et la Ferme de Montburon, à Confrançon, avec laquelle elle travaille, un modèle en termes d’investissements, de bien-être animal ou encore d’environnement.
La Bresse, c’est 3 000 t de productions charcutières traditionnelles chaque année, pour un effectif de 80 personnes. Ici, l’on fait essentiellement du jambon cuit (30 % du total), des saucisses et du saucisson (18,6 et 11,8 %), mais aussi des produits régionaux : andouillette, civier, jambon persillé de Bourgogne (médaillé au Concours général agricole cette année), saucisson à cuire…
La Ferme de Montburon, c’est un élevage naisseur-engraisseur de 380 truies allaitantes pour une production de 10 500 porcs à l’année. Depuis qu’il a pris la suite de ses beaux-parents en 2017, Alexis Pugliese, associé à son beau-frère Jean-Vincent Chapaton, a investi plus de 2,60 M€ entre un nouveau bâtiment d’engraissage de 2 000 places, équipé d’un système de filtration et de lavage de l’air pour des locaux plus tempérés et moins d’odeurs, et deux “maternités liberté” de 48 places chacune, où les truies allaitantes disposent de 6 m² pour se déplacer librement pendant la phase d’allaitement. Quant aux lisiers, ils sont stockés pour alimenter en engrais naturel, les exploitations agricoles voisines, à hauteur de 450 ha.
Depuis mai, les deux structures sont partenaires autour de la création d’une filière Porc de Bresse. La ferme fournit l’intégralité de sa production à l’usine charcutière, dans le cadre d’un contrat qui prévoit une part variable de 30 % de porcs payés au coût de production. Cet accord permet à l’une et l’autre partie d’amortir les variations du cours de la viande. Mais, il va beaucoup plus loin que les attendus de la Fédération nationale porcine. Il s’agit là, en effet, d’une véritable filière intégrée et pas simplement des 10 à 30 % de contrats évoqués ci-dessus par François Valy.

2,3
La filière porcine a produit 2,3 millions de tonnes de viande en 2021, dont les trois quarts ont été transformés et vendus sous forme de charcuterie.
31,6
Avec 31,6 kg par habitant en 2021, le porc est la viande la plus consommée en France, devant la volaille (28,7 kg), le bœuf et le veau (22,1 kg).
Un soutien récent, mais conséquent
Réunie en congrès à Bourg-en-Bresse (déjà), au mois de juin, la Fédération nationale porcine avait alerté sur l’effet ciseau dont elle avait été victime, entre baisse de la demande pendant la crise sanitaire et hausse des prix de l’alimentation animale au moment de la reprise. Elle venait d’obtenir, pour la première fois de son histoire, une aide de 16 euros par porc (soit un total de 270 M€) pour y faire face, sur la période du 1er février au 30 septembre. Mais cette enveloppe était rapidement devenue désuète avec la guerre Russie-Ukraine et son cortège de nouvelles tensions inflationnistes, notamment sur l’énergie. Le Gouvernement avait alors mis en place, dans le cadre du Plan Résilience, une aide aux filières alimentaires jusqu’à 35 000 euros par exploitation. « Elle a été versée cet automne », relève aujourd’hui François Valy, qui salue la « forte réactivité de l’État ».
Sébastien Jacquart








0 commentaires