Les Championnats de ski alpin, organisés à Courchevel et Méribel, vont faire vibrer la France et le monde entier. L’opportunité rêvée de rassembler toute une nation autour du ski et d’assurer la promotion et la notoriété de la Savoie – et, au-delà, de la montagne française – pendant douze jours.
Les Championnats du monde de ski alpin, qui se tiendront à Courchevel et Méribel du 6 au 19 février, créent l’événement. Un événement interplanétaire qui se jouera quatorze ans, jour pour jour (ou presque), après les derniers Mondiaux organisés en France, à Val d’Isère, en 2009 (après ceux de Chamonix en 1937 puis 1962). Ainsi l’a confirmé la Fis (Fédération internationale de ski) lors de sa huitième et dernière inspection (sur quatre ans), en octobre dernier. Chaque poste, chaque détail a été passé au crible. À ce stade, l’erreur n’a pas sa place.
Encore aujourd’hui, à seulement quelques jours du début de la compétition, l’organisation travaille d’arrache-pied pour que ces Mondiaux soient une réussite totale : le graal pour Perrine Pelen et Bernard Front, respectivement directrice générale (et triple médaillée olympique de ski) et président du comité d’organisation.
« On attend beaucoup de cet événement sportif – un des trois internationaux organisés en France en 2023-2024 avec la Coupe du monde de rugby et les JO de Paris –, après une période difficile marquée par le covid », pointe Bernard Front, qui parle de ces Mondiaux comme de « l’événement de la relance ».
La pression est grande. La délégation interministérielle qui gère les grands événements sportifs (Diges), suit le protocole et la sécurité et s’assure que le cahier des charges de l’organisation imposé par la Fis est appliqué à la lettre.
Une organisation au cordeau, qui fait suite aux finales de la Coupe du monde de ski accueillies en mars 2022. Lesquelles ont servi de test grandeur nature pour la répétition générale. Et le jeu en vaut la chandelle, à la hauteur des enjeux. Pour ces Mondiaux, les chiffres tutoient les sommets. D’un côté, 600 compétiteurs (l’élite de la planète ski) de 75 nations. De l’autre, 150 000 spectateurs sur les deux sites, 1 800 médias accrédités, 1 000 heures de retransmission dans plus de 110 pays, 500 millions de téléspectateurs…
Un événement XXL que Perrine Pelen conçoit comme « un héritage, dans la droite ligne des Jeux olympiques d’Albertville. »

51 millions d’euros de budget

Alors, forcément, le budget est colossal : 51 millions d’euros, au lieu des 42 millions estimés au départ (sans compter les 6 M€ de l’épreuve test des finales de Coupe du monde en mars 2022). « On scrute chaque dépense mais il est hors de question de dégrader cet événement international », assume l’ancienne championne du monde de slalom, pour qui « c’est un merveilleux challenge, porté par l’émulation de tout un écosystème ». Sur ce total, la Fis participe à hauteur de 33,2 millions d’euros, en reversant au comité d’organisation une partie des droits télé et marketing dont elle est propriétaire. S’y ajoutent certains droits rachetés comme l’hospitalité (notamment l’accueil de VIP), la restauration, la vente de produits dérivés et la billetterie grand public. Le comité d’organisation a également négocié la possibilité de solliciter des partenaires nationaux, à l’instar de la Caisse d’épargne Rhône‑Alpes, et des partenaires officiels pour boucler le budget (lire ci-contre). Environ 6 millions d’euros ont été récoltés à mi-janvier et d’autres contrats sont en cours de signature. Car doper les recettes marketing dans le contexte économique actuel relève du parcours du combattant. Le revers de la médaille.
« Les temps sont durs. Et les mondiaux, bien que très importants pour l’économie de la montagne française, font figure de Petit Poucet au regard d’événements sportifs comme les JO de Paris. De fait, les gros partenaires, déjà largement sollicités par l’État et le comité d’organisation des Jeux, sont moins nombreux. C’est un travail au corps de chaque instant », explique Bernard Front.
D’importantes retombées
Dans le détail, la billetterie grand public devrait rapporter 800 000 euros, l’objectif visé. Quant au remplissage des loges VIP, il atteignait, à la mi-janvier, 65 % (sur la base de 1 200 places à Méribel et 1 500 à Courchevel). Enfin, les produits dérivés pourrait augmenter les revenus de 370 000 euros, avec les ventes de la mascotte Toya (un chamois) et des tee-shirts, mugs et autres produits (en collaborations avec Opinel, Le Grand Tétras, Head…) aux couleurs de l’événement commercialisés chez une trentaine de revendeurs et deux boutiques officielles, dans les deux stations.
Et ce n’est pas tout. Pour les soutenir, et booster le territoire de la Savoie et la France, l’État et les collectivités déroulent le tapis rouge et allouent 14,7 millions d’euros. L’État finance à hauteur de 3,5 M€, la Région Aura, 2,5 M€, et le Département de la Savoie associé au conseil Savoie Mont-Blanc, 2 M€.
De leur côté, Courchevel et Méribel, stations organisatrices, investissent 6,7 M€, à parts égales. Elles se sont aussi engagées à mettre la main à la poche si les recettes s’avéraient inférieures aux prévisions. « Elles nous garantissent un budget à l’équilibre », précise Bernard Front. Car, en termes de notoriété et d’aura, les enjeux sont de taille. Pour le maire de Courchevel, Jean‑Yves Pachod, les retombées économiques directes liées à la fréquentation vont bénéficier aux 3 Vallées jusqu’à Albertville, en passant par Brides (où sont logés notamment les médias) et La Tania.
« Plus de 20 000 personnes sont attendues par jour ; voire plus, selon les résultats des skieurs français, qui jouent à domicile. Ces prévisions s’inscrivent dans la lignée des finales de la Coupe du monde, dont la fréquentation était supérieure à nos objectifs. L’attrait de toute la montagne française, et du ski, est en jeu. Il faut vraiment que l’on réussisse cet événement pour montrer au monde que nous avons un véritable savoir-faire et les équipements », poursuit Jean-Yves Pachod.
L’élu rappelle aussi que la réalisation de ces Mondiaux a permis de mettre en place la fibre privée et d’améliorer le pôle multimodal de Moûtiers.
« Écoresponsables »

Le volet “responsabilité sociétale” (RSE) de l’événement – en premier lieu, la préservation de l’environnement – n’a pas été négligé. Perrine Pelen y tient même particulièrement, car c’était déjà, pour elle, une préoccupation capitale lorsqu’elle supportait, en 2011, la candidature d’Annecy pour les JO 2018.
« La RSE est dans l’ADN du projet depuis la constitution du dossier de candidature, dans lequel l’organisateur prenait quinze engagements écoresponsables », souligne la directrice générale de Courchevel Méribel 2023.
« Aujourd’hui, nous allons plus loin encore. Notre démarche est très structurée, avec un comité RSE qui travaille avec les associations environnementales pour coconstruire la politique et les plans d’action. » Avec, à la clé, la certification ISO 20121 et deux bilans carbone. « On essaie d’être le plus vertueux possible et de profiter de ces Mondiaux pour mettre en place des actions (plan mobilité, traitement des déchets…) qui dureront dans le temps », insiste Perrine Pelen (cf. encadré p. 32).
Une étude d’impact pluridimensionnelle (environnement, économie, social et média) sera d’ailleurs réalisée par la suite, pilotée par le ministère des Sports.
Spectacle grandiose
Enfin, au-delà du sport, tout est fait pour que le spectacle soit grandiose. Partout, des animations et des concerts animeront les rues après les compétitions (en accès libre). Les fans de ski ne manqueront pas de se rendre sur la Medal Plaza, à Méribel-La Chaudanne, où, chaque soir, se tiendront la remise des médailles et le tirage au sort des dossards pour le lendemain.
FOCUS

Des équipements hors normes
Tout d’abord, les pistes de ski. À Courchevel, l’Éclipse reste l’équipement phare de ces Mondiaux, s’élançant sur 3,2 kilomètres, à deux pas du col de la Loze, à 2 234 m d’altitude, jusqu’au Praz (1 290 m), avec un dénivelé de 945 m. Spécialement construite pour les épreuves de vitesse masculines, cette piste réputée exigeante, qui alterne grands sauts, murs et courbes longues, a été dévoilée lors des finales de la Coupe du monde, l’hiver dernier. Dans l’autre station, à Méribel, la piste du Roc de Fer, dont le tracé a été dessiné pour les JO d’Albertville, accueillera, comme à l’époque, les épreuves féminines ainsi que les épreuves parallèles. La partie basse (au niveau du stade de slalom) a été nivelée sur toute sa largeur pour répondre aux nouvelles normes.
Des travaux importants, financés en grande partie par les communes de Courchevel et Méribel, qui ont injecté en propre 13,7 M€ TTC (dont 13 M€ pour Courchevel, selon le maire). De leur côté, les sociétés de remontées mécaniques qui exploitent les domaines skiables – à savoir la S3V, pour Courchevel et Méribel-Mottaret, et Méribel Alpina (CDA) à Méribel-Les Allues – ont investi 10,2 M€ supplémentaires (retenue collinaire et réseau d’enneigement des pistes, chalet technique, rénovation de télécabine, etc.).
Dernière infrastructure majeure à avoir vu le jour : le bâtiment 2023 de 500 m2 érigé à Courchevel-Le Praz, au pied de l’Éclipse, pour abriter le comité d’organisation (coût : 3 M€ pour la commune, dont 1,2 M€ de subventions de l’État et de la Région). Il sera transformé, une fois les Mondiaux terminés, en espace sportif polyvalent.

Partenariats et sponsors, une manne qui vaut de l’or
Pour un événement de cette envergure, les partenariats et sponsors sont le nerf de la guerre. Avec, en première ligne, les sponsors majeurs internationaux (Longines, Würth, Generali…) apportés par InFront, mandatée par la Fis pour gérer les droits télé et marketing, avec à la clé un montant de 33,2 millions d’euros pour le comité d’organisation. À ce niveau de l’échelle, le ticket d’entrée démarre à 1,5 M€. « En contrepartie, ils ont une importante visibilité sur la piste. Pour eux, les Championnats du monde de ski, c’est un plan média à part entière », explique Céline Prévost, responsable “marketing et revenus” de Courchevel Méribel 2023.
S’y ajoute un unique partenaire national, la Caisse d’épargne Rhône‑Alpes (Cera), qui engage plus de 500 000 euros. « Ce partenariat, qui s’inscrit dans la continuité de notre stratégie “montagne”, vise à nous conforter comme leader, grâce au rayonnement et à la notoriété de ces championnats qui sont une magnifique vitrine », se félicite Marie Aussenac, directrice “communication” de la Cera, aussi partenaire de la FFS depuis vingt‑six ans. De quoi gagner en visibilité mais aussi en “hospitalité” puisque la banque peut inviter 30 clients par jour, sur les douze jours de compétition, dans sa loge VIP, et dispose de 240 places en tribune pour ses clients et collaborateurs sur un jour de compétition. « Notre objectif est de faire vivre à tous des moments d’exception. C’est aussi un formidable levier de business auprès des socioprofessionnels locaux. »
Viennent ensuite les partenaires dits « officiels ». Ils sont quatre – Stef, Poma, Bonneval et Les Fromages de Savoie – à soutenir l’événement à hauteur de 200 000 euros chacun. Pour David Merle, fondateur de Bonneval : « Ce partenariat, qui mixe échange marchandise et partie financière, a du sens, car Bonneval est l’eau de la Savoie. Quel meilleur engagement que ces Mondiaux qui célèbrent le ski et la relation entre l’homme et les ressources (la neige et l’eau) de ce territoire ? » Depuis décembre, l’exploitant a livré 200 000 éditions spéciales (dont la dotation prévue au comité d’organisation).
Enfin, le Club 2023 est composé de quinze entreprises locales investissant 10 000 ou 20 000 euros. Pour les mettre en relation et faciliter le réseautage, trois temps forts ont été organisés spécialement.
Seize partenaires techniques complètent le pool, dont Kässbohrer France, qui met à disposition (sous forme de prêt et de location) six dameuses, des fraises à neige et des prestations de service. Un partenariat que son dirigeant, Didier Bic, évalue in fine à 130 000 euros.
Pour boucler la boucle, l’organisateur s’est rapproché de l’Union Sport & Cycle pour créer un village de marques de ski. Sept ont joué le jeu – Salomon, Rossignol, Dynastar, Atomic, Head, Kästle et Bollé Brand –, pour 15 000 euros chacune.

Une stratégie RSE ambitieuse, accélérateur de changement
Dans sa feuille de route “responsabilité sociétale des entreprises” (RSE), Courchevel Méribel 2023 s’est fixé quatre engagements et neuf objectifs, « dans la lignée de la charte des 15 engagements écoresponsables du ministère des Sports signée en 2018, et renouvelée en décembre 2021 », explique Émilie Meynet, en charge de la RSE. La volonté affichée : organiser des Championnats du monde de ski respectueux de l’environnement, porteurs de sens et inclusifs. Avec, pour chaque enjeu, des objectifs chiffrés à la clé.
Sur le plan environnemental, le but est de réduire de 20 % la projection faite à partir du bilan carbone des finales de la Coupe du monde organisées l’an dernier sur les mêmes sites. Celui-ci était de 1 957 tonnes de CO2 émises. Soit 192 kg par spectateur. « Nous voulons faire mieux en visant 100 kg de CO2 », annonce la responsable.
Un plan “mobilité” favorise les transports collectifs pour accéder aux sites des compétitions. C’est RATP Dev, mandataire d’un groupement de douze transporteurs (dont six locaux), qui a remporté l’appel d’offres. La flotte sera de 90 véhicules (dont 17 roulent au bioGNV, moins polluant) pour assurer les liaisons régionales (depuis Lyon, Grenoble, Chambéry, Albertville et Annecy), locales (à l’échelle de la Tarentaise, depuis Bourg-Saint-Maurice) et intersites (une navette toutes les 15 minutes). La capacité de transport est de 3 000 à 5 000 personnes par jour. Quatre parkings relais sont proposés aux automobilistes.
S’agissant de la restauration, l’organisation a choisi un traiteur lyonnais pour servir les 2 000 repas par jour des bénévoles et ceux des VIP. Pour le public, les repas ont été confiés à des traiteurs locaux. La priorité a aussi été donnée aux emballages recyclables. Ainsi 80 % des déchets seront collectés et recyclés, en lien avec la communauté de communes Val Vanoise.
Côté électricité, l’organisateur a privilégié le raccordement au réseau électrique plutôt que d’utiliser des groupes électrogènes, très énergivores. Et 100 % de la neige de culture est produite à partir d’électricité renouvelable. Par ailleurs, 60 000 jeunes, parmi lesquels des scolaires, sont sensibilisés à la protection de la montagne et au réchauffement climatique. Sur ce thème, deux villages ont été créés, au Praz et à Méribel, pour favoriser les échanges avec les associations environnementales (parc national de la Vanoise, Mountain Riders, Mountain Wilderness, Protect our Winters et Water Family).
Enfin, et parce que cet événement doit être inclusif, 25 % du public devraient bénéficier de tarifs réduits ou de gratuité. Pour privilégier les locaux et les clients des stations, six fans zones gratuites sont accessibles à ski le long des pistes pour suivre les épreuves.
Autant d’actions visant à laisser un héritage positif en faveur de la transition écologique et sociétale.

1 200 bénévoles très impliqués
Ils seront 1 200 bénévoles, appelés aussi “équipiers”, à œuvrer sur le terrain pour accueillir le public et participer à l’organisation de l’événement. Suite à la campagne de recrutement lancée en juin 2022 sur le site Courchevel Méribel2023 (via un questionnaire d’intérêts très détaillé), ils ont afflué en masse, très motivés. « Toutes les candidatures ont été étudiées à la loupe pour opérer la sélection et affecter les bonnes personnes aux bons postes, en fonction de leurs compétences : restauration, communication, sécurité, contrôle d’accès, accréditation, hébergement, entretien des pistes… », détaille Coline Dheyriat, responsable du programme “équipiers” sur les Mondiaux 2023, qui reconnaît avoir privilégié ceux qui étaient disponibles les quinze jours de compétition et disposant d’un hébergement sur place. Soit 600 personnes, les autres étant logées majoritairement en résidences de tourisme (un partenariat a été conclu avec Odalys), à l’internat de Moûtiers et au centre Lionel-Terray, à Courchevel.
Si l’on analyse les profils dans le détail, 30 % (dont 5 % d’étrangers) sont des habitués qui reviennent d’événement en événement, 30 % sont des sportifs issus du ski, d’autres sont des personnes expérimentées ou des jeunes en formation. La majorité, à savoir 60 %, habite la région, dont 40 % en Savoie et en Haute-Savoie. Parmi eux, 60 % sont des hommes et 40 % des femmes. Et 20 % ont plus de 65 ans, quand la même proportion a moins de 25 ans.
Concernant le budget alloué aux équipiers, il s’élève à près de 1,2 M€. L’hébergement et la restauration représentent respectivement 400 000 et 300 000 euros, les animations et la formation 180 000 euros, et les tenues de ski 300 000 euros. Car, en contrepartie de leurs bons et loyaux services, l’organisation prend en charge, pour chacun des équipiers, la tenue de ski complète, les repas du midi et l’hébergement (quand nécessaire).
Dossier réalisé par Patricia Rey









Pour y avoir participé en tant qu’équipier bénévole ,ce fut une expérience incroyable, côtoyer les athlètes du top niveau comme ceux des nations moins habituées à ce niveau, intervenir sur la préparation des pistes, une organisation au top niveau , si la France accueille les J.O. je suis volontaire.