Depuis mardi 28 avril, la JL Bourg est championne d’Europe en remportant l’EuroCup 73-71 face au Besiktas Istanbul, à Ekinox. Ce titre historique lui offre un ticket pour l’EuroLeague. Julien Desbottes, son président, revient sur l’émotion, les enjeux et les choix à venir. Interview.
Qu’avez-vous ressenti au coup de sifflet final ?
Émotionnellement, il se passe énormément de choses. Pour être sincère, cette victoire, c’est d’abord un moment de partage avec ses proches. Voir leur bonheur, c’est encore plus fort que le sien. Et puis il y a le bonheur collectif, celui de toute une salle, de tout un territoire. Celui-là est absolument magnifique. Il n’y a pas d’autres mots.
Ce titre change-t-il la dimension du club ?
Objectivement, ce n’est pas une révolution. C’est plutôt une continuité. Quand on change de division, on doit changer beaucoup de choses. Là, c’est une récompense, un trophée du plus haut niveau, la concrétisation d’années de travail. Nous étions déjà structurés, déjà professionnels. Ce qui change, c’est la notoriété, la crédibilité. Petit à petit, cela montre l’importance que peut avoir la JL Bourg.
L’EuroLeague est désormais à portée. Envisagez-vous d’y participer ?
Nous nous donnons un mois pour décider. C’est une réflexion menée avec la direction sportive, administrative et financière, et avec l’EuroLeague. Un mois, c’est raisonnable. Et nous sommes des gens raisonnables. La passion nous pousse à y aller : je suis un enfant de la JL, cela fait 45 ans que j’y suis. J’ai tout fait : joueur, coach, arbitre. Je n’ai jamais rêvé mieux que JL-Barcelone ou JL-Belgrade. Ces affiches sont extraordinaires. Mais la raison financière est incontournable. Les trois clubs français engagés en EuroLeague perdent beaucoup d’argent. Les masses salariales minimums sont très élevées : environ deux fois et demie à trois fois la nôtre. Aujourd’hui, nous avons une masse salariale d’environ 1,7 M€, alors que le seuil réglementaire pour la compétition européenne dépasse les 4 M€. Le calendrier impose aussi un rythme effréné : 38 matchs, parfois enchaînés dimanche – mardi – jeudi – dimanche. Il faut 16 joueurs, une organisation renforcée, une communication décuplée. Aujourd’hui, nous avons un budget global d’environ 8 M€. Pour être compétitifs en EuroLeague, il faudrait 16 à 18 M€.
Ekinox pourrait-il accueillir l’EuroLeague ?
Le plus haut niveau européen impose des standards très élevés. Il faudrait soit s’exporter, soit obtenir une dérogation. Mais il ne faut pas perdre notre âme. On doit savoir qui l’on est. On a construit ce club patiemment, avec une ligne directrice claire : pérenniser, structurer, respecter le travail de ceux qui étaient là avant. Même si la tentation est immense et que le côté passionnel est grisant, on ne peut pas brûler 15 à 20 ans de travail. La JL n’est pas un jouet. C’est une image forte pour le département. Quand je vois le bonheur que cette aventure a apporté dans la salle et au-delà, je me dis que cette responsabilité-là compte autant que le rêve sportif.
Comment vivez-vous personnellement ce moment historique ?
C’est un mélange de fierté, de lucidité et d’émotion. Renoncer serait très difficile pour moi. J’ai commencé à venir ici à 10 ans. C’est un ami d’enfance – aujourd’hui mon associé dans la vie professionnelle – qui m’a dit : « Viens faire du basket avec moi. » On se connaît depuis la maternelle. Hier (mardi 28 avril), il était là, lui aussi très heureux. C’est ça, la JL : une histoire de fidélité, de transmission, de passion. Et aujourd’hui, une histoire d’Europe.

Naissance de la JL
Fondée en 1910, la Jeunesse Laïque de Bourg-en-Bresse est d’abord une société omnisports ancrée dans la vie associative locale. Le basket y trouve progressivement sa place portée par des bénévoles et une identité forte : esprit familial, ancrage territorial et culture du travail. Au fil des décennies, la JL grandit patiemment, jusqu’à s’imposer comme un club structuré et respecté du basket français.

Les dates clés
2000 : Première montée en Pro A, l’élite du basket français
2014 : Inauguration d’Ekinox, nouvelle « arène » de la JL Bourg qui remonte en Pro A après avoir gagné les playoffs de Pro B
2017 : Retour durable en Pro A
2020 : Première compétition européenne
2024 : Vice-Champion d’Europe
2026 : Premier titre européen










0 commentaires