Les deuxièmes rencontres des professionnels de santé organisées par le Département ont une nouvelle fois débattu des enjeux d’attractivité.
« Le défi est de taille, non seulement dans le médical, mais dans le médico-social. Nous allons au-devant de grosses difficultés, il ne faut pas se le cacher. Les prévisions envisagent un creux dans le nombre de généralistes en 2028 », a relevé Sidonie Jiquel, directrice de la délégation aindinoise de l’Agence régionale de santé. Or, déjà, le département ne compte que 6,3 médecins pour 10 000 habitants, contre 8,4 pour la moyenne nationale.
Et c’est encore pire sur certains territoires et certaines professions. En Terre Valserhône, la population ne peut consulter que 1,8 dentiste pour 10 000 habitants ! Et pour ne rien arranger, 42 % des généralistes de l’Ain ont plus de 60 ans.
Les deuxièmes rencontres des professionnels de santé organisées par le Conseil départemental le 23 avril, après une première en 2024, ont donc nécessairement planché sur les questions d’attractivité.
« Le territoire a des atouts, avec trois écoles de soins infirmiers, une école de maïeutique et une première année de médecine à Bourg-en-Bresse, des établissements hospitaliers de qualité et une diversité de professionnels dont une centaine accueillent des stagiaires », a encore relevé Sidonie Jiquel. « Et nous avons des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) un peu partout, qui font le lien entre institutions, médecins et patients. »
Et de citer pour finir, les leviers à la disposition de l’ARS : la fin du numerus clausus et une hausse de 30 % du nombre d’internes, la délégation de tâches pour les médecins, l’exercice regroupé à travers le soutien aux maisons de santé ou encore, le renforcement de la prévention sous toutes ses formes.
Le Département, lui, a établi un plan d’action qui s’appuie sur quatre piliers : la formation, l’accueil des professionnels de santé, leur installation durable et l’innovation.
« Nous essayons d’agir à notre niveau, par exemple par la création d’un centre de santé à Nantua ou de cette première année de médecine à Bourg, par la mise en place de bourses d’engagement pour pouvoir accueillir des internes, par neuf rencontres de territoire pour faire remonter les besoins, par la labélisation de 16 structures France Santé ou par la relance de six cabines de télémédecine », a énuméré Damien Abad, vice-président à la démographie médicale.
Puis, tout en saluant l’engagement des médecins retraités qui « permettent de pallier les manques », il a considéré qu’il fallait « maintenant gagner la bataille du renouvellement des générations », « rebâtir l’offre sur les différents territoires en fonctionnant par grands bassins ».

Accompagner les nouvelles générations
Grand témoin de ces Rencontres des pros de santé, Olivier Revol (en photo ci-dessus), auteur et médecin, chef de service de neuropsychiatrie de l’enfant, est intervenu sur « Accompagner et soigner les nouvelles générations : les nouveaux codes ». Ses constats : quatre générations cohabitent aujourd’hui dans les entreprises, boomers, X, Y et Z, tous avec leurs références et fonctionnements propres. Et les plus jeunes, qui ont été globalement adulés, encensés, peu critiqués et protégés du sentiment d’échec, sont, de fait, perdus quand ils sont en difficulté.
Mais, de la pandémie, moment où « un étudiant en médecine sur quatre a ressenti un passage dépressif majeur », au conflit au Moyen-Orient, en passant par la guerre en Ukraine, ils ont connu des moments difficiles et montré leurs capacités de résilience. Aussi, le conférencier croit possible de « soigner la jeune génération », « à condition de comprendre et d’accepter qu’elle n’a pas les mêmes codes et qu’il faut convaincre plutôt que contraindre ».
Sébastien Jacquart








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