Bernard Folliet : « Je n’ai jamais considéré que l’entreprise était à moi »

par | 10 mars 2023

Bernard Folliet, PDG de Cafés Folliet et du Medef Savoie a accordé une riche (et rare) interview à ECO Savoie Mont Blanc. En complément des éléments paru dans Eco du 10 mars en version papier, retrouvez ci-dessous ses confidences sur son engagement et sur son avenir, tant à la tête de l’organisation patronale que de l’entreprise familiale.

Pourquoi vous être engagé au Medef ?

J’avais déjà eu divers mandats locaux et régionaux dans des structures patronales mais je m’en étais retiré suite au décès de mon frère, en 2000 (il était co-dirigeant de l’entreprise, NDLR). Il y a 6 ans, je suis allé voir Bruno Gastinne pour lui dire que, de nouveau, j’avais davantage de temps disponible et que je pouvais me réinvestir. Or il a ensuite été élu président de la CCI et c’est comme ça que je me suis retrouvé à la présidence du Medef… alors que je n’étais même pas au conseil d’administration jusque-là !

Ce n’est pas contradictoire de prendre une telle responsabilité quand, à titre personnel, on n’aime pas la lumière (sur ce point, lire l’interview paru dans ECO di 10 mars) ?

Non. J’étais très à l’aise pour défendre les idées du Medef de l’époque et je le suis encore plus aujourd’hui. Et puis c’était alors un petit Medef, peu sur le devant de la scène.

Vous vous êtes d’ailleurs appliqué à le faire grandir…

Oui. Il y avait une cinquantaine d’adhérents directs à l’époque et cinq branches professionnelles (les entreprises des branches adhérentes ne peuvent pas adhérer directement, NDLR). Aujourd’hui, nous sommes plus de 200 adhérents directs et 16 branches. D’être plus nombreux permet d’élargir les apports et les idées et, évidemment, donne plus de poids lorsque l’on va rencontrer le préfet, les élus, les administrations… Avec Marine Coquand (déléguée générale) nous avons beaucoup développé. Cela m’a aussi construit dans le rôle… et c’est pour cela que je suis resté plus longtemps que prévu.

« La Suisse, elle est effectivement proche mais dans une activité comme la nôtre, c’est complètement fermé ! L’export n’est donc pas un sujet à mes yeux. »

Que voulez-vous dire ?

C’est un mandat annuel et je ne comptais pas rester aussi longtemps. Il ne faut pas que cela devienne un club : maintenant, il faut que je lâche ! Je me donne un à deux ans pour trouver quelqu’un pour prendre la suite.

Et vous aussi, vous allez ensuite devenir président de la CCI ?

(Rires) Non ! C’est vrai que c’était presque une tradition, avec Charles Montreuil, XXX Tivoly, René Chevalier puis Bruno Gastinne. Mais ce n’est pas du tout dans mes projets.

Et prendre des responsabilités régionales ou nationale au Medef ?

Non plus. Si je poursuis mes engagements, ce sera plutôt sur la thématique du logement, au sein du Medef Savoie : nous sommes en crise importante sur ce plan-là. Ceux qui n’ont que leur salaire pour se loger vont avoir de plus en plus de mal. Cela entraîne des difficultés pour les entreprises mais c’est aussi une crise sociale lourde, comme les Gilets jaunes. Il va falloir trouver des solutions. En Savoie on ne construit pas assez, il n’y a pas assez de permis de construire car les maires sont trop frileux. Ils regardent trop à court terme quand le logement est un cycle long, de l’achat du terrain à la livraison de la construction.

Nous sommes dans une période de mobilisation sociale : comment concevez-vous les relations entre le Medef73 et les syndicats de salariés ?

Cela dépend. Certains sont plutôt dans la proposition d’autres plutôt dans le combat. Être dans le combat peut apporter adhérents… mais est-ce que cela permet vraiment de les garder ? Au niveau départemental, il n’y a pas de négociations directes avec les syndicats de salariés : c’est du ressort des entreprises ou alors des branches et du national. Ici, nous nous côtoyons surtout dans le cadre du paritarisme et cela se passe plutôt bien.

S’il ne négocie pas avec les syndicats, quel est le rôle du Medef départemental ?

C’est un lieu de services et d’échanges entre les entreprises. En Savoie, il y a beaucoup de “moins de 50 salariés” et il est important qu’elles puissent avoir un espace de dialogue. En outre, le Medef assume 97 mandats : aux prud’hommes, à l’Urssaf, à la Caf mais aussi à l’université, dans des organismes de formation… Cela permet de faire entendre la voix des entreprises dans ces structures. Et cela permet aussi aux dirigeants et dirigeantes qui les assument de vivre la vie locale à travers un mandat exercé au nom et au profit de toutes les entreprises.

« Si je poursuis mes engagements, ce sera plutôt sur la thématique du logement, au sein du Medef Savoie : nous sommes en crise importante sur ce plan-là. Ceux qui n’ont que leur salaire pour se loger vont avoir de plus en plus de mal. Cela entraîne des difficultés pour les entreprises mais c’est aussi une crise sociale lourde, comme les Gilets jaunes. »

Vous évoquiez les différences de positionnement des syndicats de salariés : c’est la même chose entre Medef et CPME ?

Non. Il n’y a pas de combat de valeur ni d’idée entre nos organisations. La CPME est davantage tournée vers les TPE et dès que les problématiques RH deviennent plus importantes, le Medef a davantage de poids. Mais nous travaillons bien ensemble : à la CCI ou aux prud’hommes nos mandats sont communs (il y avait une seule liste, d’union, lors des élections – NDLR). Nous avons la même fibre.

Vous avez indiqué votre intention de passer le relais au Medef : en ce qui concerne votre entreprise, vous y pensez aussi ?

Forcément : j’ai 68 ans et on me pose régulièrement la question en interne. Je ne suis pas sûr d’être assez vieux pour transmettre maintenant. Je pense plutôt faire encore grandir l’entreprise afin d’avoir un collectif de cadres capables de piloter l’opérationnel pendant que je me consacrerai à la gouvernance stratégique pour quelques années, avant une cession avec reprise en LBO (rachat par les cadres avec appui bancaire et emprunt, NDLR).

Vous ne privilégiez pas une transmission familiale ?

J’ai un fils qui travaille avec moi mais trois filles en dehors de l’entreprise : un partage juste serait impossible. En outre, actuellement, je ne possède que 40% de l’entreprise (le reste appartient à ses cousins, NDLR). Je porte les ambitions familiales et j’ai le bonheur de piloter cette belle entreprise tous les jours mais je n’ai jamais considéré qu’elle était “à moi”. Une sortie par le haut, avec transmission accompagnée me semble alors la meilleure solution.

Folliet incarne la réussite de la PME familiale… mais vous prônez pourtant l’intérêt d’ouvrir son capital (lire l’interview paru dans ECO du10 mars). Ce n’est pas contradictoire ?

Bien sûr que non ! Mon père a fait HEC, dans les années 1950. Pourtant, il est revenu travailler avec son père et sa mère dans une TPE qui, à l’époque, n’avait pas de vendeurs. Ça a été une très grande chance pour l’entreprise : il a apporté ce bagage culturel, cette ouverture, cette capacité à conduire et à faire grandir. Peu après que je sois rentré dans l’entreprise, nous avons racheté une société de la même taille que nous, c’est-à-dire 20 millions de francs (environ 3 M€) de chiffre d’affaires. Il y en a eu d’autres ensuite, si bien que nous sommes passés de 20 à plus de 400 personnes (en 2015, avant la revente de Tropico en 2018, NDLR) : nous n’aurions jamais pu soutenir une telle croissance dans la durée sans ouvrir notre capital.

Cafés Folliet a beaucoup grandi en France mais n’a jamais été à l’export, même pas en Suisse voisine. Pourquoi ?

Nous livrons tous nos clients et je ne suis pas sûr que nous saurions bien le faire à l’étranger : il faut les équipes, la connaissance des mécanismes et des habitudes propres à chaque pays. Quant à la Suisse, elle est effectivement proche mais dans une activité comme la nôtre, c’est complètement fermé ! L’export n’est donc pas un sujet à mes yeux.

Pourtant vous êtes présents… au Viet-Nam !

Oui, mais c’est une histoire différente. Suite à une formation, dans le cadre du Medef, avec l’Association pour le progrès par le management (APM), j’ai eu envie de tenter la création d’entreprise à l’étranger. Le hasard a voulu qu’au Viet-Nam je rencontre Jean-Luc Voisin, originaire… de Saint-Jean-d’Arvey (village au pied des Bauges, tout près de Chambéry, NDLR) ! Nous nous sommes associés pour créer, en 2000, les Bergers du Mékong qui transforment, dans l’usine de Kantho la production de fruits et de cafés de 5 000 petits cultivateurs. (l’entreprise compte 200 personnes pour 7M$ de CA ; Jean-Luc Voisin est associé minoritaire, NDLR). Les clients sont des grossistes d’Asie (Japon, Chine, Corée) et, un peu, de France, pour les purées de fruits. Et les cafés hôtels restaurants du Viet-Nam pour le café, les confitures, les jus. Nous sommes probablement les seuls à proposer une traçabilité complète de nos produits, incluant les arrosages, les engrais utilisés…

Vous semblez porter un attachement fort à cette entreprise…

C’est vrai. J’ai effectué plus d’une trentaine de voyages au Viet-Nam. C’est une belle aventure et nous avons une très grande fidélité des salariés : pendant le covid ils se sont relayés pendant trois semaines – sans qu’on leur impose ! – au sein de l’usine, pour éviter les dégradations. J’ai un immense respect pour cela. D’y penser me procure à chaque fois beaucoup d’émotion, presque des larmes.

Bio express

1954
Naissance, le 9 septembre

1975
École de commerce de Chambéry (aujourd’hui Inseec)

1975‑1976
Service militaire au 27e bataillon de chasseurs alpins (Annecy)

1977
Intègre l’entreprise familiale Cafés Folliet

2000
S’associe à Jean-Luc Voisin pour créer Les Vergers du Mékong (Viet-Nam), qu’il préside jusqu’en 2019

2017
Prend la présidence du Medef Savoie

2023
Est promu chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur (le 1er janvier)

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

Les subventions représentent 16,7 % du chiffre d’affaires agricole de la Savoie et 13,6 % de celui de la Haute-Savoie, contre 8,9 % en France métropolitaine.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

Tourisme : deux jours dans l’Avant-Pays savoyard

L’Avant-Pays savoyard pourrait être considéré comme l’antichambre des Alpes. Erreur d'appréciation : le statut de « pays avant  » implique de faire preuve d'une grande humilité tout en cultivant une identité forte. Ce terroir d'entre-deux...

Annecy : un nouveau siège pour NTN Europe

Après deux ans de travaux et 40 millions d’euros d'investissement, le groupe industriel NTN Europe s’installe dans des locaux pensés pour accélérer ses développements. À l’entrée d’Annecy, face à la rocade, l’immense bâtiment de bois ne passe pas inaperçu. Les...

Chaudronnerie : Satil Corporation se structure pour redresser la barre

Reprise dans le cadred'une procédure judiciaire en décembre 2024 par Damien Duranton et Romy Malnoue, Satil Corporation remonte en selle. Le jeune couple de dirigeants bat le fer tant qu'il est encore chaud pour sauver l'entreprise sexagénaire basée à Yenne. La...

Industrie : CTI&A a investi 1,4 M€ pour monter en puissance

Installée à Aiton, CTI&A est spécialisée dans la tuyauterie industrielle. La PME a plus que triplé la surface de ses ateliers en 2025 et commence à conquérir de nouveaux marchés. Fondée à Aiton en 2009 par Taner Salkim et son épouse Aysel, en charge de...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé