Le président du technopôle fait le point sur l’actualité du site, de ses résidents et des industries agroalimentaires en général.
Alain Chapuis, en tant que président du Syndicat mixte du technopôle Alimentec (SMTA), à Bourg-en-Bresse, quels retours avez-vous des entreprises aindinoises de l’agroalimentaire ? Comment vont-elles ?
Le secteur se porte bien. Comme pour tous les secteurs industriels actuellement, sa principale difficulté, c’est le recrutement. Aussi, nous avons établi différents dispositifs pour la formation des demandeurs d’emploi et leur mise en relation avec les entreprises qui embauchent. En 2018, Alimentec avait financé un parcours innovant qui permettait de former des primo-arrivants. Dix stagiaires avaient intégré le premier cursus, dont huit ont pu intégrer ensuite les entreprises participantes. Ce dispositif a été pérennisé et élargi aux demandeurs d’emploi en français langue étrangère. Une nouvelle session, commencée en septembre, vient de s’achever en mars, avec encore une dizaine de stagiaires.
Un deuxième axe concerne les scolaires. Nous misons sur les concours (Innov’Aliment, Futur’Alim…), élargis à de nouveaux publics, pour montrer aux collégiens et lycéens que les industries agroalimentaires nécessitent de nombreuses compétences. Nous espérons les inciter ainsi à s’orienter vers les métiers du secteur. D’ailleurs, je suis très satisfait que la Fête de la science revienne à Alimentec, en octobre. Jusqu’aux années covid, nous étions le principal sinon l’unique lieu d’accueil de ce rendez-vous de vulgarisation scientifique et technique. C’est un bel outil de valorisation des études dans ces domaines. Son retour me tenait à cœur.
Selon Alimentec, l’Ain compte plus de 200 entreprises de l’agroalimentaire. Le secteur fait figure de première industrie du département en termes de chiffre d’affaires.
Indépendamment de ces questions de recrutement, ce ne sont pourtant pas les sujets qui manquent. Par exemple, comment les industriels de l’Ain perçoivent-ils les dernières évolutions de la loi Egalim (loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire), qui permet de cesser de livrer la grande distribution pendant la phase de négociation des prix, si l’écart est trop grand entre l’ancien tarif et les coûts de production ?
C’est un peu tôt pour le dire, le nouveau texte vient juste d’être adopté. Et des annonces à la réalité… On pourra juger cet été. Si une entreprise produit, c’est pour vendre. C’est difficile de refuser de livrer, surtout si les concurrents le font. Tout va dépendre aussi du comportement des consommateurs. S’ils se tournent majoritairement vers les premiers prix et les marques de distributeurs…
Quoi qu’il en soit, c’est le rôle d’Alimentec d’accompagner les industriels dans les différentes évolutions, notamment sociétales vers le manger mieux, le manger sain et le manger local, très en vogue en ce moment. Naturalité, nutrition, végétalisation, réutilisation de produits dérivés comme les drèches de brasserie… Avec Novalim, notre branche dédiée à l’innovation, nous sommes fers de lance de ces thématiques. Nos activités de prestation ont triplé entre 2018 et 2022, ce qui nous a conduits à recruter deux personnes, après un départ à la retraite.
Du côté du manger local, l’un des travaux de Novalim vise aussi à trouver des solutions pour permettre aux producteurs de transformer, à travers des outils mutualisés. Ce serait l’usine qui se déplacerait à la ferme. Nous planchons sur ce projet avec le Centre technique de la conservation des produits agricoles (CTCPA), le lycée agricole des Sardières et la Chambre d’agriculture. C’est l’une des forces d’Alimentec que d’œuvrer en partenariat, de mutualiser les compétences.
Le CTCPA, justement, vient de publier à l’échelon national, avec l’Adepale (association de PME et ETI de l’agroalimentaire), un guide pour aider les industriels à répondre aux exigences de la loi Agec en matière d’évaluation du gaspillage et d’élaboration d’un plan de réduction. Alimentec est également présent sur ces questions ?
Nous veillons à travailler en complémentarité, à ne pas nous concurrencer entre résidents présents sur le technopôle. Cela étant, la loi Agec est très large et rejoint plusieurs des thématiques sur lesquelles nous travaillons. La valorisation des drèches en fait partie. Mais, l’on peut citer également un travail en cours autour de l’utilisation de légumes moches en lactofermentation ou encore celui qui a été conduit localement autour de la carpe, avec les communautés de communes de la Dombes et de la Plaine de l’Ain. C’est un produit qui n’était pratiquement plus consommé sur place, mais expédié vers les pays de l’est. À travers différentes actions, notamment en mettant la carpe au menu des cantines des collèges pour réhabituer les enfants à en manger et inciter les parents à la tester, on a contribué à la réhabiliter. C’est un bel exemple. L’Ain a des produits locaux de qualité et les filières de transformation. Si on peut consommer sur place, tout le monde est content.
Le Syndicat mixte du technopôle Alimentec emploie 12 personnes pour un budget de 1,5 M€.
Où en sont les travaux de modernisation du technopôle ?
Dans la précédente version du contrat de plan État-Région, 5,7 M€ de travaux avaient été programmés, dont 2,5 M€ ont déjà été réalisés. La nouvelle mouture a validé un nouveau phasage avec pour principal objectif de répondre aux besoins des résidents : de l’IUT Lyon I, du laboratoire départemental d’analyses ou encore, de l’institut technique Actalia. De nouveaux bureaux et laboratoires vont être créés, notamment pour le CTCPA et pour le laboratoire de recherche Biodymia.
La première phase visait à corriger les faiblesses de bâtiments aujourd’hui âgés de 30 ans, que ce soit en termes de gestion des fluides, de sécurité, de chauffage ou de réfrigération. Environ 70 % de ces travaux sont réalisés, portés pour l’essentiel par le Département. Sur la deuxième phase, les pertes énergétiques vont être ciblées prioritairement. Il s’agira en particulier d’optimiser la production de vapeur, pour laquelle on utilise la même chaudière depuis l’origine.
Les montages financiers et juridiques sont en cours. Nous allons tâcher de mobiliser les partenaires historiques : la CCI, Grand Bourg Agglomération, le Département… Et essayer de décrocher des fonds Feder. Mais, nous ne fermons pas la porte à des investisseurs privés, puisque l’un des objectifs est d’attirer de nouveaux résidents. Des résidents qui travaillent indépendamment les uns des autres, mais qui représentent, quand ils collaborent, une force d’innovation impressionnante.
Bio express
- 25 novembre 1970 : Naissance à Bourg-en-Bresse
- Début des années 1990 : Après un brevet de technicien agricole, Alain Chapuis passe un BTS en agroalimentaire, puis une licence de physique, avant d’intégrer une école de commerce.
- 1994-2004 : Responsable qualité et responsable clientèle chez Initial BTB.
- 2005 : Il passe un CAP-BEP en électricité pour se mettre à son compte.
- 2014 : Élu maire de Saint-Étienne-du-Bois, il arrête son entreprise.
- 2015 : Élu conseiller départemental, il devient président du Syndicat mixte du technopôle Alimentec.
Sébastien Jacquart








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