Gilets jaunes, covid, énergie… Après trois années de crises successives, le Centre des jeunes dirigeants (CJD) de l’Ain a décidé de placer sa plénière 2023 sous le signe de l’inattendu.
« La vie, c’est l’imprévu. » À travers ce thème, les trois coprésidents du Centre des jeunes dirigeants de l’Ain (CJD), Vianey Eschbach, David Berthillier et Gaël Vieux, ont voulu offrir, lors de leur plénière, jeudi 27 avril dans le cadre magnifique mais frigorifique de l’église de Brou, une pause à leurs 581 invités, acteurs économiques du territoire, « une soirée de réflexion pour prendre du recul sur les événements qui nous ont perturbés ces trois dernières années, qui ont chamboulé notre quotidien, nos vies, nos entreprises ».
Et pour étayer la réflexion, trois « intervenants de haut vol » avaient été mobilisés, Elsa Godart, philosophe, Bernard Thellier, ancien négociateur du GIGN, et Thomas Comte, repreneur, il y a deux ans, d’une entreprise promise à disparaître, Clecim (fabricant de laminoirs et de lignes de parachèvement de tôles et bobines à Savigneux, Loire (220 personnes, 60 M€ de chiffre d’affaires)). La première se sera attachée à démontrer que la vie est imprévisible par essence. « Naître, c’est être plongé dans un contexte d’incertitude dont on ne sait rien, dont on n’attend rien. Nous sommes jetés dans le monde et totalement dépendants de l’autre, le parent en premier lieu », a-t-elle exposé, paraphrasant Freud. De cet état de dépendance naît une première angoisse, celle d’être séparé de l’autre, de l’abandon. D’où cette peur du noir que connaît l’enfant et, plus tard, cette volonté de se projeter pour se rassurer. « Toute forme de changement rappelle cette peur archaïque », à laquelle s’en ajoute une autre : celle de la mort. Face à ces angoisses, l’un des réflexes est de vouloir tout contrôler. « On a des agendas bien remplis. Rien ne nous échappe. Rien n’est laissé au hasard. Mais, ce n’est bien sûr qu’une illusion. » Une autre tentation réside dans la quête effrénée du sens. « Peut-être faudrait-il admettre que la vie n’a pas de sens ou peut-être le chercher ailleurs », a suggéré la philosophe, avant d’évoquer le concept stoïcien de thérapie du jugement. « Maladie, licenciement économique… Certaines choses ne dépendent pas de moi. Il faut avoir l’humilité de les accepter. En revanche, c’est un devoir d’agir sur ce qui dépend de moi. » Et d’inviter à envisager l’espoir, à espérer l’imprévu, à l’organiser même, plutôt que de l’appréhender. « Il peut exister de bonnes surprises. Un adage assez violent de la finance affirme que gérer, c’est prévoir. Moi, je crois que manager, c’est recevoir. »
Accepter l’incertitude
Accepter l’imprévisibilité, c’est peut-être un des éléments qui aura permis à Bernard Thellier de connaître 100 % de réussite dans ses négociations. « Au GIGN, on essaye d’envisager un maximum de scénarios, mais l’on sait qu’il est impossible de tout prévoir. Les seules choses qu’il faut maîtriser absolument, ce sont ses émotions, pour garder l’esprit clair et prendre les bonnes décisions. Si l’on se laisse dominer, au lieu que l’amygdale transmette les émotions du système limbique au cortex pour vous permettre de trouver des solutions, c’est le cerveau reptilien qui prend le relais. Ne subsistent plus alors pour alternatives que l’agression, la soumission ou la fuite. »
Une autre clé de réussite est de savoir s’entourer. « Avec le temps, j’ai appris à me défaire des gens toxiques. Ils ont tellement peur que vous réussissiez, ils vont vous rabaisser », a-t-il estimé avant de donner un dernier conseil : « Dans l’incertitude, il faut oser. Le passage à l’action transforme la peur en adrénaline. N’attendez pas le bon moment, il ne viendra jamais. Si vous n’osez pas aujourd’hui, d’autres, peut-être moins compétents, le feront pour vous. Et puis, la crise d’aujourd’hui sera la blague de demain. »
La crise d’aujourd’hui sera la blague de demain
Bernard Thellier
Et pour ce qui est d’oser… Clecim perdait de l’argent depuis 10 ans et s’apprêtait à être lâchée par son groupe japonais, quand Thomas Comte – qui, las d’être cadre dans un grand groupe métallurgique, cherchait une aventure entrepreneuriale – s’est laissé convaincre de la reprendre, avec l’appui d’un fonds allemand spécialisé dans les restructurations. « Ce n’était pas mon métier, mais l’idée de partir d’une feuille blanche pour faire revivre un savoir-faire centenaire m’intéressait. On s’est donné 100 jours pour établir un plan d’action, redessiner le modèle, savoir de qui on voulait s’entourer, identifier les leaders du changement. En fan de Johnny, je dirais qu’il fallait donner aux équipes “l’envie d’avoir envie”, “rallumer le feu”. » En écho aux propos de Bernard Thellier, l’entrepreneur a évoqué la nécessité de bien s’entourer ou encore, d’analyser de manière très factuelle les raisons de l’échec pour prendre les bonnes décisions. Cette approche a permis de repenser tout le modèle. La R & D est devenue consulting. Le service a été développé, de sorte que les produits ne dépendent pas des lignes et à combiner différents cycles d’activité. « De toute façon, quand vous récupérez une boîte dans cet état, l’imprévu devient la norme. Il ne faut pas en avoir peur, mais s’organiser en conséquence et notamment, prévoir des espaces dans votre agenda pour le gérer, si vous ne voulez pas finir tous les jours à minuit. »
Forte de ce témoignage, Elsa Godart pouvait conclure : « La notion d’espoir est à remettre au cœur de nos vies. C’est faire le pari de la vie sur celui de la mort. »
30 : Le CJD de l’Ain compte une trentaine d’entrepreneurs adhérents. Ils sont 6 000 en France à vouloir, comme eux, diriger autrement, replacer l’homme au cœur de l’entreprise.
Du mouvement au CJD de l’Ain
Le CJD « n’est pas un club de business, mais une école du dirigeant. Ce soir, nous ne vous parlerons pas de croissance, de recrutement, ni même de retraite, mais des hommes et des femmes, et des entrepreneurs qui s’engagent pour leur épanouissement » ont introduit les coprésidents de la section aindinoise, Vianey Eschbach (gérant de 3A Assurances à Châtillon-sur-Chalaronne), David Berthillier (gérant de Pelut Installation à Jasseron) et Gaël Vieux (directeur chez Richardson à Bourg), lors de la plénière du 27 avril. Les trois hommes se préparent à passer le flambeau, en juillet, à Agathe Diaconu pour un mandat de deux ans. Celle-ci dirige depuis 2014, 7Fashion à Bourg-en-Bresse. Créé à la suite de la fermeture de Lejaby, cet atelier produit de la lingerie et des maillots de bain à façon pour différentes marques. De 24 salariés à la reprise, il emploie aujourd’hui 43 personnes.
Sébastien Jacquart








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