Le cumul de deux jours fériés à la suite, Victoire et Ascension, pourrait faire le bonheur des sites de loisirs, culturels, etc.
La succession de deux jours fériés consécutifs, 8 mai et Ascension, est susceptible de donner des suées à plus d’un manager (lire ici). Elle n’est heureusement pas si courante (lire là). En revanche, elle pourrait être une très bonne affaire pour le secteur du tourisme.
Directeur du Parc des oiseaux de Villars-les-Dombes et d’Aintourisme, Emmanuel Visentin en est persuadé. « Compte tenu du calendrier, les destinations et sites touristiques ont devant eux, une enfilade de cinq semaines, du 15 avril au 20 mai, sur laquelle va se jouer la saison. D’autant que cet été, on risque de voir la clientèle se réserver pour profiter des grands événements sportifs, notamment des Jeux olympiques. Si l’on ajoute le championnat d’Europe de football (14 juin-14 juillet, NDLR) et le Tour de France (29 juin-21 juillet), le public pourrait bien rester devant sa télé. »
Du coup, le directeur du Parc des oiseaux a concentré 65 à 70 % de la communication du site sur ce printemps. « Ce qui est pris est pris. Si le temps est beau, cette saison pourrait être historique, surtout après un hiver morose, pluvieux et dépourvu de neige », anticipe-t-il. En 2016, le parc avait battu un record de fréquentation sur une configuration de ce type.
« Les 1er et 8 mai tombaient un dimanche. Tout le monde s’est concentré sur le week-end de l’Ascension. Et nous avions reçu 6 300 personnes le jeudi, se souvient Emmanuel Visentin. Cette année, le 1er mai est tombé un mercredi. Donc, les gens n’ont pas fait le pont. Et comme le 8 mai et l’Ascension constituent un gros week-end, il devrait cette fois encore, rassembler de nombreux visiteurs. Et le week-end de la Pentecôte, traditionnellement assez fréquenté, fermera la marche le 20 mai. »
Du côté de l’Union des métiers et industries de l’hôtellerie de l’Ain (Umih 01), l’enthousiasme est plus modéré. L’organisation professionnelle a sondé les restaurateurs de l’agglomération de Bourg-en-Bresse, en prévision du 44e Congrès national de la Fédération française pour le don de sang bénévole (FFDSB), qui se tient précisément ce week-end de l’Ascension, du 9 au 11 mai à Ainterexpo.
« La veille de l’ouverture, nous accueillons 700 congressistes en restauration libre, le repas n’étant pas prévu par les organisateurs de l’événement », explique Vivien Campion, directeur de l’Umih 01. De ce sondage, il ressort qu’une dizaine d’établissements sont fermés pour le week-end. Les autres ouvrent diversement, soit le 8, soit le 9 mai, parfois les deux jours mais seulement le midi, parfois seulement le soir.
Bref, les restaurateurs locaux ne semblent pas avoir particulièrement flairé une bonne affaire. Mais cela tient peut-être à la typologie des établissements burgiens, qui tournent habituellement avec la clientèle des salariés, le midi, en semaine. « Sur un secteur plus rural, le pari sur ce week-end peut se vérifier davantage », estime Vivien Campion qui rappelle au passage, les difficultés de personnel du secteur. « Pour ouvrir, il faut du monde. »
6 300, c’est le nombre de visiteurs du Parc des oiseaux, en 2016, pour le jeudi de l’Ascension. Un record !
Un petit mois d’août
L’enchaînement des jours fériés nuit-il gravement à la productivité ou les entreprises savent-elles les anticiper et y faire face ? « Ce mois de mai ne sera pas beaucoup travaillé, reconnaît Agnès Bertillot, présidente de la Confédération des petites et moyennes entreprises de l’Ain (CPME 01). D’habitude, il s’en trouve toujours un sur avril ou juin. Là, ils sont tous sur mai. Les entreprises vont devoir s’adapter et demander à leurs salariés d’en faire autant. Il n’y a pas eu de pont pour le 1er mai, qui tombe en plein milieu de semaine. Le vrai sujet, c’est le vendredi 10 mai, que beaucoup prendront en congé ou en RTT. La conjoncture est difficile à tous points de vue sur ce début d’année et ce mois de mai particulièrement compliqué en matière d’organisation n’aidera pas. Alors qu’il s’agit d’anticiper la période estivale, traditionnellement plus creuse. »

Pour Stéphane Rostaing, président du Mouvement des entreprises de France 01 (Medef de l’Ain), mai est assimilable à un petit mois d’août. « Finalement, ce dernier n’est creux que sur la première quinzaine, observe-t-il. Pour un certain nombre de secteurs d’activité, les chiffres d’affaires sont assez similaires sur les deux périodes. Mai, c’est souvent le moment où le personnel solde ses congés, ses récupérations, etc. Les entreprises en ont pris leur parti et s’organisent en conséquence, le plus souvent en anticipant. »
L’entreprise Rostaing, qui produit des gants de jardinage à Villieu-Loyes-Mollon, connaît en plus un afflux de commandes au printemps. « Et cette année, en plus, la saison a été tardive, eu égard à la météo de mars. Les industriels du secteur du loisir et du vert produisent et vendent en début d’année. Les commerces écoulent à partir de mars. En mai, ils passent des commandes en réassort », explique le président.
Des permanences vont donc être nécessaires pour faire face à d’éventuelles commandes. Mais le dirigeant de temporiser : « On a connu des situations parfois plus complexes, quand les jeudis fériés s’enchaînent avec des ponts systématiques, par exemple. Finalement, en 2024, tout se concentre sur la semaine de l’Ascension. Ce n’est pas le plus compliqué en matière d’organisation. »
Sur les 11 jours fériés que compte la France, le mois de mai en cumule quatre cette année, comme en 2023. Mais, ils ne seront que trois en 2025, comme en 2022.
Une configuration rare
L’Église fixe la date de Pâques au dimanche qui suit la pleine lune de printemps, pour un équinoxe considéré au 21 mars. Ce peut donc être entre le 22 mars et le 25 avril. Le jeudi de l’Ascension tombe 40 jours plus tard et la Pentecôte 50. La Victoire de 1945 étant célébrée à date fixe, est-il courant d’enchaîner comme cette année, le 8 mai et l’Ascension ? Au cours des décennies passées, on trouve des précédents en 1991, 2002 et 2013. Mais cette configuration ne semble pas se retrouver de sitôt. Elle sera inversée en 2043 et 2054, où l’Ascension, le 7 mai, précédera la Victoire.
Il arrive bien plus souvent que les deux fêtes tombent le même jour. Autrement, il se produit quatre fois par siècle que les deux dates se succèdent un mardi et un jeudi, ce qui n’est guère plus favorable en matière d’organisation. Les prochaines fois tomberont en 2029 et 2040. On aura aussi un mardi 1er mai précédant un jeudi 3 mai de l’Ascension, en 2035 et en 2046.
Sébastien Jacquart








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