Basé sur l’accès aux services essentiels en 15 minutes à pied ou à vélo depuis chez soi, le concept de la ville du quart d’heure inspire la Savoie et la Haute-Savoie. Explications de Stéphan Dégeorges, directeur du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) de Haute-Savoie.
Qu’entend-on par la ville du quart d’heure ?
C’est une notion assez conceptuelle dont l’objectif est de rapprocher les choses entre elles. Dans les enjeux de décarbonation et d’apaisement sociétal, l’hypothèse de la ville du quart d’heure est de faciliter la remise en lien des différentes fonctionnalités urbaines entre elles. Cela équivaut à disposer d’un travail et de commerces à proximité ou à avoir la capacité de loger non loin de commodités qui simplifient la vie quotidienne. Ce concept s’oppose à une vision un peu excessive que l’on a eue ces dernières années de la ville de l’hypermobilité où l’on passe son temps dans les transports et à s’éloigner des fonctions régulières de la vie quotidienne.
« Le Léman Express s’inscrit parfaitement dans la ville du quart d’heure. »
Stéphan Dégeorges

Mais ne reste-t-on pas enfermé dans son quartier ?
Non, car l’enjeu n’est pas là. Il ne s’agit pas de chercher à tout faire dans le quart d’heure, mais de ramener à la notion de vie quotidienne. Ce qui, par ailleurs, n’empêche pas de disposer d’un certain nombre de facilités pour aller à la découverte du monde. Mais la vraie question est de savoir à quelle nécessité impérieuse répond ce besoin de rapprochement. L’objectif principal vise à limiter les mobilités. Par exemple, la situation transfrontalière impacte fortement la Haute-Savoie et même la Savoie. On se retrouve aujourd’hui contraints à une forme d’excès de déplacements, principalement liés à la relation logement-emploi, qui génère un trafic surabondant sur l’ensemble des routes. Ce surplus génère de la pollution, de la production carbone, de la fatigue et de la pression sociale. La ville du quart d’heure peut permettre d’aller vers une vision de l’aménagement du territoire qui soit plus favorable au ménagement et du territoire et des personnes. En fait, prendre un peu plus soin de tout le monde et rapprocher les choses qui sont génératrices de qualité sociale en limitant les mobilités non désirées.
Comment le faire concrètement ?
Cela suppose de mettre en place de nouvelles stratégies territoriales et les collectivités territoriales s’y emploient. Au CAUE de Haute-Savoie, nous avons accompagné deux démarches de prospectives territoriales à Annecy et au Grand Annecy. L’objectif d’une prospective territoriale est de donner une trajectoire au long cours, au moins à 30 ans, et de voir comment définir cette ligne d’horizon qui consiste à penser l’aménagement du territoire différemment, vers un territoire qui soit plus favorable à l’avènement de cette ville du quart d’heure. Ces stratégies-là signifient conforter l’offre d’emploi répartie sur le territoire dans un premier temps, créer les conditions favorables à un logement accessible à tous, mettre en place des stratégies de mobilité qui facilitent le lien entre le logement, l’emploi et le commerce, c’est-à-dire redéployer des commerces un peu partout pour que les habitants ne soient pas obligés d’aller dans les grandes zones d’activités économiques. Annemasse Agglo se pose cette question de la ville du quart d’heure avec des stratégies qui consistent à dire qu’elle ne peut pas être simplement la ville dortoir de Genève. Annemasse, mais aussi Genève, ont intérêt à ce que, de part et d’autre de la frontière, il y ait des territoires actifs en matière d’hébergement accessible, mais aussi de commerce et de vie active. Le maintien d’une offre d’emploi, industrielle et de service, de chaque côté de la frontière est le gage d’un territoire transfrontalier apaisé nécessitant moins de mobilité et plus apte à offrir un cadre de vie de qualité et équilibré.

Odile Habel
Image à la une : vision prospective du Grand Annecy proposée par AREP.








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