Avec 366 millions de journées-skieurs, le Rapport mondial du tourisme de neige et de montagne, 17e édition, révèle une fréquentation en hausse dans les stations de ski.
« C’est loin d’être la débâcle, comme annoncée par les médias grand public », assène, un rien provocateur, l’expert suisse Laurent Vanat, en préambule de la présentation de son baromètre du tourisme de neige 2025 portant sur l’hiver 2023-2024. Une saison qu’il qualifie de « business as usual » (conforme à l’habitude en termes de résultats) pour la deuxième année consécutive.
« Avec 366 millions de journées-skieurs dans le monde, la fréquentation moyenne des trois derniers hivers post-covid est plus élevée que celles des années pré-covid (avec un pic à 380 millions de journées-skieurs en 2018-2019). Globalement on reste dans la moyenne des vingt derniers hivers », pointe le spécialiste, tout en soulignant que les conditions météo – neige et soleil – restent déterminantes et pèsent sur la fréquentation.
La France, 2e destination au monde
Parmi les enseignements délivrés : sur les 5 898 stations recensées dans 68 pays, seulement 730 enregistrent plus de 100 000 journées-skieurs sur une saison, soit 73 % de la fréquentation. « La saison 2023-2024 a connu des hauts et des bas », constate Laurent Vanat. Comme chaque année, certains pays ont moins bien performé que d’autres, à l’instar des États-Unis (1re destination ski au monde avec 60,4 millions de journées-skieurs), de la Russie et des Pays de l’Est, affectés par des températures douces et peu de neige, au contraire de l’Italie, qui a enregistré une deuxième saison historique en termes de fréquentation (32 millions), et de la Chine, qui sortait des restrictions liées à la covid.
La reprise a été aussi plus lente en France (en deuxième position avec 51,9 millions), comme en Autriche (50,1 millions), où certains massifs étaient à la traîne faute d’enneigement. Mais l’hiver 2024-2025 devrait, aux dires des exploitants, enregistrer de très bons résultats.
Sur la question du réchauffement climatique, Laurent Vanat assure qu’il n’y a pas, à ce stade, d’incidence directe sur la fréquentation mondiale. Exemple en Suisse, où 54 % de l’érosion des journées-skieurs constatée sur quinze ans est liée, selon lui, aux changements des modes de consommation, au recul des classes moyennes et aux nouvelles pratiques concurrentes du ski.
Le numérique, « la tarte à la crème »
Toutefois, tout n’est pas rose aux pays de l’or blanc. L’expert dénonce la « tarte à la crème » du numérique.
« En vingt ans, rien n’a vraiment changé. La digitalisation n’offre toujours pas un accès facile aux pistes et contribue peu à l’amélioration du parcours client. Il est difficile de fédérer tout le monde. »
Bilan : sur les cinquante plus grands domaines, dont une dizaine se situent en France (La Plagne, Les Arcs…), seuls 18 % proposent un guichet unique pour réserver en un seul clic tout son séjour. « La numérisation a encore du chemin à faire ! »
Forte hausse du prix des forfaits de ski
Autre point marquant : l’augmentation significative du prix des forfaits de ski, qui a bondi de 13 à 19 % en Europe sur deux ans, au lieu de 2 à 3 % en temps normal. En cause : la hausse des coûts de l’énergie, conséquence de la guerre en Ukraine. Au palmarès des tarifs élevés, les États-Unis devancent la Suisse, l’Italie et la France. Les forfaits multistations, type Magic Pass, connaissent un vrai succès. Pour Laurent Vanat, ils profitent surtout à ceux qui les déploient, comme les États-Unis ou la Suisse, mais ne créent pas d’émulation.

Enfin, s’agissant de la multiplication des activités dans les stations, « elle est indispensable mais il n’y en a pas une qui arrive à la cheville du ski », souligne l’expert. « On ne peut pas mettre tous les skieurs dans une piscine municipale. » Et de déplorer, « une tendance au copié-collé ».
Patricia Rey
Photo Une : La Plagne (ici le glacier de Bellecote) est la 2e station la plus fréquentée au monde, et la première en France – crédit Compagnie des Alpes









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