6 millions de français n’ont plus de médecin traitant en 2024. C’est le symptôme d’un système médical en crise et en mutation. Savoie et Haute-Savoie n’échappent pas à la règle.
«La difficulté d’accès aux soins reste un vrai problème, mais nous ne sommes pas les plus malheureux, assure René-Pierre Labarrière, président du Conseil de l’ordre des médecins de Haute-Savoie. Nous sommes passés de 1 100 médecins généralistes en 2010 à 1 360 en 2025, soit une progression de 23 % alors qu’au niveau national nous enregistrons… un recul de 1,4 %. La hausse est encore plus marquée pour les chirurgiens (+65 %) et les médecins spécialistes (+50 %). »
Situation comparable en Savoie : « Nous comptons 1 837 médecins actifs (ndlr : généralistes, mais aussi spécialistes, chirurgiens…), détaille Xavier Cressens, président de l’ordre départemental. 170 sont arrivés en 2024, 109 en provenance d’autres départements et 58 pour une première inscription. Sur l’année, 54 médecins sont partis. Le solde est donc bien positif ».
4 735 : c’est le nombre des médecins actifs en Savoie (1 837) et Haute-Savoie (2 898).
Ordre des médecins

Hausse insuffisante
De bons chiffres (avec 315,1 médecins pour 100 000 habitants, la Haute- Savoie est certes derrière le Rhône, 446 médecins, et devant l’Ain, 168,7), mais toujours insuffisants : pour de nombreux habitants, obtenir une consultation relève du parcours du combattant. En cause, le dynamisme démographique des territoires bien sûr, mais aussi l’évolution des pratiques de santé et d’exercice de la médecine.
« Le nombre des médecins intermittents a progressé de 71 % en 15 ans en France, explique Xavier Cressens. Les médecins ont tendance à travailler un peu moins ». « Il ne faut pas s’en plaindre, assure René-Pierre Labarrière. Ils ont droit comme les autres à une vie moins tournée vers le travail… et continuent à exercer en moyenne 52 heures par semaine. »
Mais surtout, la figure “médecin de famille” n’est plus aussi centrale qu’avant. Sur le plan national, un médecin sur deux (48 %) en était un il y a quinze ans. C’est 42 % aujourd’hui. Dans la même période, la proportion des spécialistes est passée de 40,8 % à 45, celle des spécialistes chirurgicaux de 11 à 12 % et le statut libéral perd 5 % au profit du salariat.

Progression des inégalités territoriales
Les déséquilibres sont donc flagrants dans cette démographie médicale. René-Pierre Labarrière refuse pourtant de dramatiser : « Les effectifs remontent depuis deux ans et nous devrions retrouver un équilibre autour de 2030. Les cinq prochaines années seront un peu difficiles, mais ça devrait aller mieux ensuite ». Ce sera vrai si les nouveaux médecins s’installent là où nous avons besoin d’eux. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. En Auvergne-Rhône-Alpes, les inégalités territoriales (entre les bassins les mieux lotis et les moins bien dotés) ont augmenté de 43,6 % en 15 ans. C’est 22,2 % en Haute- Savoie. D’où l’éternel débat : la nécessaire organisation des soins doit-elle aller jusqu’à une forme de contrainte ?

Philippe Claret
Cet article est issu de notre guide Savoie Mont Blanc en Chiffres 2025, disponible au format liseuse en ligne ou au format papier.










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