Suisse / France : la mobilité, enjeu clé des politiques d’entreprise

par | 16 Juil 2025

La mobilité domicile-travail d’un collaborateur peut représenter jusqu’à 40 % de son empreinte carbone. Pour la réduire, de plus en plus d’entreprises adoptent des plans de mobilité, qui participent aussi à leur compétitivité et à leur image.

«La plupart des grandes entreprises ont des plans de mobilité depuis plusieurs années, la question se pose davantage pour les PME, constate Guy Suchet, directeur Social et Environnement à la Fédération des entreprises romandes à Genève (FER). La diversité des PME ne permet pas une solution uniforme. Mais la mobilité est une question locale à laquelle les entreprises vont être confrontées de plus en plus. Elles doivent pouvoir se déplacer, mais aussi être accessibles pour leurs collaborateurs et leurs clients. »

Un constat qui a été important dans le choix de l’emplacement du nouveau siège de Naef Immobilier, qui a quitté le quartier genevois de Champel pour l’Esplanade de Surville, à Lancy, avec une ambition : faciliter les trajets pendulaires de ses salariés tout en promouvant des déplacements durables. Responsable durabilité chez Naef Immobilier, Magali Scholaert précise : « Cette localisation stratégique, soutenue par des mesures concrètes pour les collaborateurs, encourage les trajets multimodaux. »

Les déplacements professionnels sont intégralement pris en charge, incluant l’accès aux transports publics et la mise à disposition de vélos et de voitures en autopartage. L’entreprise prévoit aussi 70 places pour les vélos, 27 places pour les deux-roues motorisés et 11 places pour les voitures pour un stationnement sporadique. Une démarche qui répond à une forte demande.

« Aujourd’hui, les collaborateurs s’attendent à pouvoir venir à vélo et à se parquer dans des lieux sécurisés, confirme Guy Suchet. Mettre à disposition des places pour les deux roues, en particulier pour les vélos électriques, est important. Il y a 20 ans, un employeur offrait une place de parking à un collaborateur pour être attractif. Maintenant, c’est plutôt disposer de stations de recharge électrique ou contribuer à l’abonnement de transports en commun. »

Étude de mobilité gratuite et sur mesure

En France voisine, la sensibilité face aux questions de mobilité grandit, comme le souligne Marianne Grassaud, chargée de mission services à la mobilité au Pôle métropolitain du Genevois français. « Le plan de mobilité n’est pas obligatoire, mais le nombre de demandes pour être accompagné dans cette démarche, que nous effectuons gratuitement, augmente. » Dans un territoire où la voiture est majoritaire en raison des distances et du manque de transports en commun, les actions en faveur du covoiturage sont les plus efficaces et les plus rapides à mettre en oeuvre.

« Après, il y a aussi l’autopartage, la mise en place d’une flotte de vélos ou d’une navette. » Le Pôle métropolitain a notamment accompagné le plan de mobilité collectif de huit entreprises du parc industriel d’Archparc, à côté de Genève, où travaillent 2000 personnes.

« Nous avons initié la démarche en 2023 pour des motifs environnementaux, mais aussi économiques en raison du coût que représentent les trajets domicile-travail pour les collaborateurs, explique Noël Mercier, responsable projets innovants et développement à Archparc. Notre plan d’action se situe à trois niveaux : les entreprises, le parc et les questions d’infrastructures où l’on travaille avec la Communauté de communes et avec le Pôle métropolitain. L’accompagnement et le développement du covoiturage donnent les meilleurs résultats. Ils bénéficient d’une politique incitative du Pôle métropolitain avec notamment des mesures financières. »

En covoiturant par le biais de plateformes soutenues par le Pôle métropolitain, le passager a son trajet financé intégralement ou cofinancé, et le conducteur reçoit une indemnité. Parmi les autres mesures, des stations de charge pour les voitures électriques ont été installées, la cadence à toutes les 20 minutes aux heures de pointe pour le bus et une flotte de deux voitures en autopartage ont notamment été mises en place. « En 2023, 86 % des trajets domicile-travail étaient en autosolisme contre 74 % fin 2024. »

Commune pionnière

À Genève, face à l’expansion rapide de la zone industrielle de Plan-les-Ouates (ZIPLO) et aux problèmes croissants de mobilité, la commune a créé, en 2011, une centrale mobilité, en partenariat avec la Fondation des terrains industriels, l’Office cantonal des transports et l’association des entreprises de la ZIPLO. L’objectif de ce projet, entièrement financé par la commune avec un investissement d’environ 3,7 millions de francs à ce jour, est de fournir des informations sur les alternatives à la voiture individuelle aux collaborateurs travaillant dans la zone.

« L’enjeu transfrontalier est important car de nombreux collaborateurs viennent de France voisine, ce qui pose des défis particuliers, note Mario Rodriguez, conseiller administratif de Plan-les-Ouates. Ils habitent dans des zones dispersées, rendant plus difficile l’organisation de solutions collectives. » Les résultats sont cependant probants avec, par exemple, le covoiturage et la création de navettes partagées entre collaborateurs de différentes entreprises.

Le renforcement du bus 272 depuis Annecy a aussi un effet positif de même que le Léman Express. Mais ces avancées sont freinées par le manque de parkings relais P+R bien situés côté français pour permettre un basculement efficace vers les transports publics en direction de Genève.

Thomas Jacobsen, porte-parole d’Infomaniak

« Outre la volonté de diminuer au maximum l’empreinte carbone de l’entreprise, il y a aussi un aspect économique car nous compensons à 200 % nos émissions de CO2. Nous avons instauré, par exemple, deux jours de télétravail par semaine et une prime annuelle qui est graduelle, en fonction du mode de mobilité, et limitée à 1 500 francs. Mais nous avons supprimé l’incitation financière pour le covoiturage car, à terme, nous ne voulons idéalement plus avoir de voitures. En 2023, pour la première fois depuis 2013, date à laquelle nous avons débuté le suivi des émissions de CO2, les transports publics sont numéro 1 pour les déplacements de nos presque 300 collaborateurs. Nous avons aussi un taux de 61 % de mobilité douce, un niveau que nous n’avions jamais atteint. Ici, il n’y a pas de fierté à parler de sa voiture, les gens se retrouvent plutôt autour du vélo. Mais notre approche n’est jamais culpabilisante ou moralisatrice. »


Odile Habel


Cet article est issu de notre magazine L’Extension Été 2025 disponible gratuitement au format liseuse en ligne ici >>

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